--- Not a bomb ---

Je ne suis pas une bombe - Caroline Rochet
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Mercredi 24 juin 2009
MARIE CLAIRE

Adieu Bling-bling !

Juillet 2009





Fallait s’en douter, avec la crise, on allait faire plus simple, moins tape- à-l’œil. Un retour aux sources qui, du mojito à la déco, s’impose comme la valeur classe 2009. Pour vivre vrai, suivez les nouveaux codes.
Par Elise Gruson-Godet et Caroline Rochet, avec Christine Lerche et Virginie Seguin.







L’AVIS DE L’EXPERT / DOMINIQUE LOREAU
«Vivre avec moins peut être une source de légèreté»
Marie Claire: Pensez-vous que la surconsommation a fait son temps?
Dominique Loreau*: Je ne pense pas que les mentalités changent aussi radicalement. Les gens, malheureu-
sement, n’ont marre ni du bling-bling, ni de la surabondance. Ils sont tout simplement acculés à y renoncer.
Mais s’ils comprennent, par cette période de crise «imposée», que vivre avec moins peut être une source
de légèreté et une nouvelle forme d’esthétique née de la retenue et de la sobriété, la crise aura eu du bon.
Vous dites souvent que trier, c’est laisser plus de place à ce que l’on aime vraiment...
Faire du tri, c’est faire des choix. Fréquenter moins de monde, avoir plus de temps pour tout simplement ne rien faire ou se «poser» afin de prendre conscience de la chance que nous avons de vivre, d’avoir des amis, de la nourriture, un toit... Il ne suffit pas d’avoir des plaisirs, il faut savoir les reconnaître! N’est-ce pas cela le bonheur?
A votre avis, ce phénomène va-t-il durer?
Je ne suis ni voyante ni engagée dans la politique. Je crois plutôt à la conscience personnelle. Plus
que la crise, c’est l’ampleur que la technologie prend dans nos vies qui m’effraie. Que deviendra-t-on lorsqu’on n’aura même plus à aller faire son marché pour se procurer des pommes? L’écolo- gie, ce n’est pas seulement protéger la planète. C’est aussi, et peut-être même surtout, veiller à ne pas perdre notre humanité, nos rêves, notre condition d’êtres infiniment plus intelligents et sensibles qu’un ordinateur ou un robot!
(*) Auteure de «L’art de la simplicité», best-seller mondial remettant en cause la société de consommation (éd. Marabout, 5,90€).



L’AVIS DE L’EXPERT / VINCENT GRÉGOIRE
«On cherche un nouveau zen, plus humain»
Marie Claire: Quoi de neuf côté mode et déco?
Vincent Grégoire*:D’une manière générale, on se tourne vers des tonalités neutres: du beige, du gris... Rien de radical: un canapé orange, un tail- leur rose pétard, c’est joli, c’est marrant, ça «fait du bien»... mais on n’irait pas le mettre chez soi non plus. Il y a une certaine méfiance face à l’excès. On cherche un nouveau zen plus humain, avec une grande qualité.
La tendance est-elle à la non-conso?
Je ne dirais pas cela. Bien sûr, la crise a un impact sur les gens: ils veulent consommer différemment et se posent davantage de questions («D’où cet objet vient-il?» «En ai-je vraiment besoin?», etc.). Même les people se calment sur l’os- tentation. Mais attention: nous restons, quoi qu’il arrive, dans une société de consommation, de consolation...
Mais chez les riches, il y a quand même un ras-le-bol du bling-bling?
Le bling-bling n’est pas parti, il a juste changé de visage. On voit l’émergence de deux tendances: celle du «faux pauvre», minimaliste, neutre, qui retourne aux essentiels chics, aux matières brutes de grande qualité; et celle du dandy surréaliste, qui reste dans l’ostentation mais avec moins d’arrogance, dans un esprit drôle et décalé. Dans l’un comme dans l’autre, il reste de l’excès, de la frime, du show. Il y en aura toujours.
Alors, au fond, la crise change quoi?
A chaque crise, il y a un avant et un après, de nouvelles habitudes, de nouveaux réflexes qui resteront. Economie, écologie, finances: on va de toute façon devoir tout remettre en question, et les gens l’ont compris. C’est une bonne chose!
(*) Directeur du département art de vivre de l’agence de style Nelly Rodi (www.nellyrodi.fr).


On se pschitte à l’eau de source
Chez les parfumeurs, on est tous d’accord: 2009 est l’année du retour en force des eaux fraîches et de la sacro-sainte Cologne! Simple, conviviale, tradi, l’eau sent-bon de nos grands-mères fait un come-back remarqué chez Dior (Escale à Pondichéry), Diptyque et, bien sûr, Prada avec son Infusion d’Iris qui cartonne depuis quelques mois. A adopter aussi: le dernier-né de Zadig & Voltaire, «La Pureté», dont le design est une ode à l’anti-bling-bling.

On se branche nature
Même l’hypissime «Technikart» s’est mis à l’heure du naturel, avec ce numéro spécial distribué lors de la dernière fashion week.


L’AVIS DE L’EXPERT / CLEMENT CHOVIN
«Du régressif plein la pub»
Marie Claire: Comment la crise a transformé la pub?
Clément Chovin*: D’abord par une économie de moyens... En période de crise, les marques évitent les
superproductions à trois millions d’euros tournées à l’autre bout du monde... Les mises en scène sont plus réalistes, on veut de l’humain à l’état brut. Côté discours, on se concentre non sur la marque mais sur son utilité. La Société Générale, par exemple, vient d’opter pour une stratégie rappelant sa fonction «service de proximité»: pour la dernière campagne, on est allé voir de vrais clients, prêts à raconter comment leur
banque les a aidés, et un photographe de reportage les a shootés sans stylisme ni maquillage. Ça change.
Quelles sont les valeurs qui marchent?
En temps de crise, on cherche toujours des valeurs refuges, rassurantes, émotionnelles... Il y a un retour du régressif aussi –on pense au succès de Petit Bateau ou de Bonne Maman. Ces derniers mois, à New York, le secteur qui a le plus grimpé est celui de la petite confiserie et du chocolat! Enfin, bien sûr, tout ce qui est simple cartonne: Pepsi et son modèle «Raw» (brut), au design épuré et à la formule plus nature; American Apparel avec ses modèles basiques et ses pubs «girl next door»... Mais attention, si la publicité a longtemps fait des promesses galvaudées sur le «goût des choses simples» (comme Herta et ses saucisses industrielles sous vide), aujourd’hui le consommateur n’est plus dupe: il attend des faits, des preuves. A nous de les lui donner.
(*) Directeur général adjoint de l’agence Saatchi & Saatchi.


On épure comme Beyoncé
Avant, la diva à paillettes ne sortait jamais sans sa quincaillerie porta-
tive.Et maintenant, fraîche et virginale, miss Knowles a intégré les nouveaux codes fashion. Attention, quelques strass sont restées collées sur ses stilettos...

On invite sans chichis
Déco
Eté 2008 - Concours de vaisselle hype, coupes en cristal et sautoirs de perlouses dorées sur 8km enroulés-jetés sur la table, le salon était sobre comme un sa- pin de Noël américain.
Eté 2009 - Dîner dans la cuisine, sur des sets et dans de la vaisselle en plastique.
Sur la table ou le bar, un bouquet de fleurs du jardin dans un pichet flashy.
Ambiance
Eté 2008 - On accueillait les copains avec Amy Winehouse (grand exemple de so-
briété). Puis, une fois sous vodka-trip, on sautillait sur Rihanna et Beyoncé, dont les tenues et les bijoux braillaient plus fort que leurs choristes.
Eté 2009 - On privilégie des chanteurs «frais»,comme l’adorable Québécoise
Cœur de Pirate puis, une fois la soirée lancée, on balance «Ça m’énerve» d’Helmut Fritz, qui fustige la passion du luxe avec un certain à-propos.
Apéro
Eté 2008 - On ruinait chez le traiteur, parce que c’était trop bon (et qu’on n’avait pas le temps de les faire nous-mêmes). Quant au rosé, on le choisissait à bulles, pour faire plus classe.
Eté 2009 - On oublie les bulles (c’est sur- fait), because vive le vin bio. Et on ne jure plus que par les produits bruts, d’une qualité de psychopathe étoilé: saucisson Conquet, burrata de la Coopérative Ita-
lienne, Mont-d’Or Hervé Mons... Résultat: ça coûte encore plus cher qu’avant, mais «ça fait vivre les petits producteurs».
Dîner
Eté 2008 - On pensait que plus notre plat était compliqué, plus on aurait assuré grave dans un «Vis ma vie» avec le chef Eric Fréchon.
Eté 2009 - On préfère le plat ultra-simple mais bien fait, comme un bœuf-carottes de compèt, autrement plus classieux qu’un plat cosmique nécessitant GPS et dico. D’ailleurs, Michelle Obama a récemment déclaré que les frites étaient son plat préféré.

On refait l’amour!
La crise,un retour aux vraies valeurs? Oui,et au lit
aussi! Depuis la fin de l’année dernière,les Français font plus l’amour (1),les Anglais citent le sexe
comme passe-temps favori (2), et les ventes de préservatifs et de sex-toys cartonnent.Allez hop, on pose tout de suite ce magazine et on suit la tendance.Un plaisir qui ne coûte rien.
1. Sondage Flagrants Délices. 2. Sondage YouGov.


On frime avec une anti-Rolex
«Si à 50 ans,on n’a pas une Rolex,c’est quand même qu’on a raté sa vie.» La phrase de Jacques Séguéla
a fait couler beaucoup d’encre,et l’intéressé lui-même a reconnu «avoir dit une immense connerie».Pas bégueule,le collectif Sauvons les Riches* lui a offert une montre Casio premier prix.Une idée à piquer: son look eighties et anti-bling la rend absolument cultissime.
(*) http://sauvonslesriches.fr.


L’AVIS DE L’EXPERT / ALEXANDRE CAMMAS
«La bouffe revit Mai 1968»
Marie Claire: Le retour aux basiques, une mode française ou générale?
Alexandre Cammas*: Générale! En ce moment, le maître
mot, c’est «frugality». Le monde change, on effectue tous un retour aux sens, au nécessaire, à l’utile. C’est fini l’époque «empire romain» où il fallait douze cuistots pour fabriquer un entremets... Idem pour la cuisine «labo» et les plats si compliqués qu’ils deviennent illisibles dans l’assiette. A Brooklyn, il y a un nouveau mouvement alimentaire très fort, une sorte de Mai 68 de la bouffe: marchés verts, restaurants bio et authentiques...
Qu’en pense le Fooding?
On est ravis! Rendre enfin leurs lettres de noblesse à des produits simples, bruts mais délicieux, c’est justement l’idée de base du Fooding. Il vaut mieux une bonne boîte qu’un mauvais cuisinier, et on teste aussi bien le meilleur chef de Paris que la meilleure pizza à domicile (plat récemment redevenu «noble»). On aime qu’un cuisinier fasse du très bon avec n’importe quelle matière première.
Et chez les grands chefs?
Il existe un mouvement de chefs malins, qui utilisent des ingrédients basiques et «cheap» (comme le chou) afin de pouvoir proposer des plats sublimes et créatifs sans ruiner les
clients. Il n’y a pas que la truffe dans la bonne gastronomie!
(*) Cofondateur du mouvement Fooding (www.lefooding.com).


On paie le juste prix
Payer le prix qu’on estime juste pour un bouquin, un CD, un resto ou une nuit d’hôtel? C’est possible.
Lancé en 2007 par le groupe britannique Radiohead, le concept d’acheter un album sur Internet au prix que l’on veut a fait des petits. Un hôtel (Singapour), des restaurants (Londres, Montréal, Marseille...), un éditeur (Faber & Faber), et même un site de ventes privées (BrandAlley), certains se sont rués sur cet intelligent levier marketing, d’ailleurs rentable: l’offre étant alléchante, elle attire beaucoup plus de clients qu’un prix «normal». Clients qui, plutôt que de profiter de la situation, semblent donner des sommes très correctes. Peut-être parce qu’après des années de grand n’importe quoi, où les prix n’avaient plus aucun sens, on se ré- approprie enfin l’acte d’achat? Jouer en vrai au «Juste prix», ça fait prendre conscience de la valeur des cho-
ses et nous redonne le pouvoir d’acteurs responsables dans le système
économique. A méditer.

Par Caroline Rochet - Publié dans : Société
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Vendredi 24 avril 2009


MARIE CLAIRE


Basta la crise

  Mai 2009


La résistance s'organise. Bons plans, ristournes, troc, on multiplie les astuces pour consommer mieux en dépensant moins. La radinerie serait-elle devenue tendance ? Analyse d'un phénomène et bonnes combines.


"RADIN, -INE, adj. Fam., pop. Qui lésine sur la dépense, avare." Autrefois péjoratif, voilà un terme qui pourrait bien gagner quelques lettres de noblesse. Crise financière oblige, les mentalités changent, les habitudes aussi. On a connu une époque bling-bling, toute d'or et de billets verts vêtue, où traquer le luxe était le nec plus ultra de la classe. Aujourd'hui, le vent a tourné. Ecoeurés par l'ostentation, fatigués par l'hyperconsommation, acculés par la baisse de leur fameux pouvoir d'achat, les Français changent leur fusil d'épaule. Et rivalisent d'imagination pour dépenser moins, avec plaisir.


EN QUOI C'EST NOUVEAU ?
L'Avare de Molière ne faisait pas envie. Aigri, calculateur, rigide, il accumulait des richesses pour en jouir dans son coin, sans même les dépenser. L’économe du XXI° siècle, enfant de la crise mais aussi de la surconsommation, a un tout autre profil : hédoniste, positif, il jouit de ses dépenses tant qu'elles sont intelligentes. Paradoxal ? « Le consommateur est un être humain qui a toujours besoin de plaisir, explique Danielle Rapoport, psychosociologue spécialisée dans les évolutions des modes de vie et de la consommation(2). Il arbitre ses choix en fonction de ses besoins, mais aussi de ses désirs, qui correspondent aujourd’hui à des achats astucieux, débrouillards, où il ne subit pas mais agit. » A noter, ce « radin 2009 » appartient à presque toutes les couches de la société (extrêmes exceptées). Les moins riches, qui ont toujours fait attention au porte-monnaie, se voient rejoints par les classe moyennes, alertées, et parfois même les plus nantis, devenus méfiants : dans la danse de la débrouille, tous les salaires valsent en choeur. Et si avant, être grippe-sou malgré un revenu confortable était assez mal vu, aujourd'hui, c'est naturel, voire valorisé. Ou comment Picsou est devenu un génie. "Le radin-rat, qui ne dépense jamais rien, et le radin-crétin, qui achète n'importe quoi sous prétexte que c'est en promo, laissent place au radin-malin, qui sait séparer le bon grain de l'ivraie, prend le contrôle de son porte-monnaie et augmente son pouvoir d'achat en dépensant mieux", explique Michel Droulhiole, journaliste et auteur du "Dico-Guide du Radin Malin"(1).


LOW-CONSOMMATEURS : DÉPENSER MOINS EN CONSOMMANT MIEUX
Mais attention, si l’économie est devenu un sport universel, tous les néoconsommateurs ne poursuivent pas le même but. Parmi les résistants à la récession, deux grandes familles se distinguent : ceux qui consomment moins, et ceux qui consomment rusé. Chez les premiers, il existe souvent une prise de conscience environnementale, qui colle très bien aux nouvelles habitudes du porte-monnaie. Locavores (adeptes des produits locaux), décroissants dits aussi "downshifters" (partisans d'une consommation moindre), créatifs culturels (prônant la faible dépendance aux modes de consommation industrialisés, soucieux de l'environnement et centrés sur l'humain), défenseurs du recyclage, des doubles-vitrages ou du covoiturage ... Dans la tribu des "low-consommateurs", économie et écologie vont souvent bien ensemble. « Aujourd’hui, épargner rentre dans la logique du développement durable, et la chasse au gaspillage n’a pas seulement une valeur matérielle », ajoute Danielle Rapoport. La planète souffre, nos finances aussi, et en aidant l'une, on soulage les autres.


RECESSIONISTAS : DÉPENSER MOINS EN CONSOMMANT AUTANT
La deuxième tribu des nouveaux acheteurs, moins portée sur la sauvegarde de la planète, n'a pas renoncé à l'achat et ne rejette pas la société de consommation. Au contraire. Faisant de la chasse aux bonnes affaires une religion, cette frange de la population est à l'affût du moindre bon plan pour garder ses habitudes malgré la crise. C'est le cas des fameuses "recessionistas", les fashionistas de la débrouille qui défraient la chronique dans les pays anglo-saxons. En France, elles cartonnent aussi : des ventes privées sur Internet aux trocs entre copines, des customisations aux marques cheap mais chic, ces dingues de mode économique jubilent quand le vintage redevient à la mode ou que Michelle Obama s'affiche en H&M (voir nos bons plans, encadré 1). Et la hype du low-cost s'étend à tous les domaines. Téléphone, alimentation, automobile, musique, décoration, vacances (nos astuces en encadré 2), tous les moyens sont bons pour se faire plaisir malgré la morosité financière ambiante, et garder un train de vie riche en plaisirs divers. Bien sûr, pour traquer les bons plans, le web a pignon sur rue (voir encadré 3).


LE RÈGNE DU NOUVEAU RADIN VA-T-IL DURER ?
Le livre de Michel Droulhiole est paru en septembre 2008, soit juste avant la crise. Le mouvement de la nouvelle radinerie serait-il né avant le fameux krach ? "C'est une tendance que l'on sentait déjà venir depuis quelques années, confirme l’auteur. En 1968, on était dans le refus de la société, et de la consommation. Aujourd'hui, c'est l'inverse : chacun veut devenir un bon petit gestionnaire. La France, qui a toujours eu un problème avec l'argent (quand on n'en gagne pas, ça ne va pas, quand on en gagne beaucoup, ça ne va pas non plus), est en train de le réapprivoiser." Quant à la pérennisation du mouvement, elle dépendra, bien sûr, de ce que l'économie mondiale nous réserve. Mais pas seulement ! La conscience écologique, qui ne risque pas de s'éteindre dans les années à venir, ainsi que le développement du web, ont tous deux leur rôle à jouer. "La toile, qui  offre aussi bien des produits à vendre, et des possibilités de réduction, que des blogs ou forums de consommateurs avec des échanges permanents et fouillés, laisse penser que la tendance du radin-malin va perdurer", ajoute Michel Droulhiole.


L’UNION FAIT LA FORCE
Ce qui donne un autre aspect plutôt positif aux économes de l'an 9 : la sociabilité. « La crise a favorisé un fort retour du facteur humain, précise Danielle Rapoport. D’abord en rendant la paupérisation visible, ce qui entraîne de la compassion envers ceux qui vont plus mal que nous. Ensuite en rassemblant ceux qui souhaitent s’en sortir, et s’échangent des tuyaux via des espaces consommateurs sur Internet, par exemple. Aux Etats-Unis, la récession a même un effet de rapprochement intergénérationnel, avec le retour des seniors appauvris dans la maison de leurs enfants ou petits-enfants. » Troc de fringues entre bloggeuses, conseils-débats sur les forums du web, ou encore rapprochement entre citadins et ruraux grâce aux réseaux de type AMAP(3) : la débrouille semble en effet passer d’abord par la communication avec l'autre. ou Qu'on se le dise, le nouveau radin est un bon copain.

(1) Ed. Leduc.s, 9 € 90 (2) www.rapoportconseil.com (3)Associations pour le Maintien d'une Agriculture Paysanne, mettant en rapport des agriculteurs avec des citadins pour des paniers de fruits et légumes en direct, rens. http://alliancepec.free.fr

 

ENCADRÉ : BONS PLANS SUR LE WEB

Envie de surfer sur la vague des économies fûtées ? Internet regorge d'astuces en pagaille. Notre sélection.


- Voiture : On n'hésite plus à covoiturer, et pas seulement en temps de grève (www.123envoiture.com, www.covoiturage.fr, www.envoituresimone.com), voire à partager sa place de parking en alternance (www.monsieurparking.com). Une idée maline en plus : faire transporter un colis, même encombrant, à un particulier en voiture, plutôt que d'utiliser la Poste. Moins cher pour l'expéditeur, avantageux pour le transporteur (www.colis-voiturage.fr). Pour connaître le prix de l'essence près de chez soi et trouver la station la plus économe, on fonce sur www.prix-carburants.gouv.fr. Enfin, pour contester un PV, il y a www.aaallopv.com.
- Téléphone : Bien sûr, on ne se lasse pas de Skype, qui permet de téléphoner via Internet partout dans le monde sans dépenser un sou (www.skype.com).
- Musique : Désormais, plus besoin d'acheter un album entier lorsqu'une seule chanson nous plaît, grâce à l'achat à l'unité de l'iTunes Store (logiciel à télécharger gratuitement sur www.apple.com/fr/itunes/download, puis 1 € la chanson environ). Pour ne rien payer du tout, on peut écouter tout ce qu'on veut sur Deezer, gratuit, efficace et légal (www.deezer.com).
- Meubles, objets divers : Pour trouver un canapé ou une lampe à l'oeil, on cherche sur les sites de don, sortes d'eBay gratuits (www.recupe.net, http://donnons.org).
- Sport : Les clubs Moving, dans la France entière, offrent 8 jours d'abonnement gratuit pour tester leurs salles (www.moving.fr) !
- Supermarchés : Pour connaître les promos des hypers, rendez-vous sur www.promoconso.net. Les promotions y sont classées par enseignes et par types de produits.
- Papeterie : Un grand classique des cartes de visite, tampons-encreurs et autres blocs notes personnalisés gratis : le site www.vistaprint.fr. Et pour otenir une cartouche d'encre à imprimante à 0 €, il y a www.inkclub.com.
- Divers : Enfin, pour obtenir des échantillons de produits, gagner de l'argent en surfant sur le web, trouver des bons de réduction et toutes sortes de divers services qui ne coûtent pas un sou, on se balade des heures sur les sites de radins assumés, très fournis (www.radins.com, www.lesradins.com, www.pasuneuro.com, www.blog-generation-debrouille.com), et on feuillette le "Dico-Guide du Radin Malin" de Michel Droulhiole (Ed. Leduc.s, 9 € 90).



Par Caroline Rochet - Publié dans : Société
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Mardi 10 mars 2009

MARIE CLAIRE


Mon patron m'a relookée

      Avril 2009
 




Coiffure, make-up, stylisme... Et si votre boss vous offrait un relooking? Les boîtes qui rendent belle, ça n’existe pas que dans le milieu de la mode ou au pays des fantasmes. Ça pourrait même vous arriver. Une chance ou pas?

Photos Grégoire Korganow.


Vous êtes propre et soignée, vous avez l’œil vif et le poil brillant. Vous êtes une fille, donc pas vraiment allergique au coiffeur ou à l’esthéticienne, et vous vous rendez rarement au boulot vêtue d’un jogging soldé sous le premier mandat de Jacques Chirac. Pourtant, un beau matin, stupeur: votre entreprise vous propose gentiment de participer à un atelier de «coaching image», nom politiquement correct du relooking. Vous auraient-ils confondue avec la fille illégitime de Shrek et de Zézette? Non, rassurez-vous: il s’agit seulement d’une coutume anglo-américaine qui atteint la France. Aux Etats-Unis, le concept existe depuis quarante ans. «Aujourd’hui, je dispense des formations en Espagne, en Israël et à Dubaï. Ici, nous sommes un peu à la traîne», souligne Nadine Jalmain, de la société Imag’ence(1). Prendre en main l’image de leurs salariés, c’est la nouvelle marotte des boîtes au top de la hype.


À QUI ON S’ADRESSE?
Autrefois réservé aux politiques et hauts dirigeants, le relooking pro, ou amélioration de l’image par le look et le comportement, concerne désormais hommes, femmes, jeunes, moins jeunes, hauts postes, bas salaires... Tout ce qui touche, en fait, aux métiers à clientèle. Des femmes de chambre aux big managers, des entreprises de bricolage aux avocats, des hauts cadres du bâtiment... aux chômeurs (voir encadré).Les tarifs de ces ateliers oscillent entre 700 et 1800€ pour un groupe de quatre à huit personnes. La bonne nouvelle, c’est que c’est le patron qui paie. Un «cadeau» pris sur un budget spécifique: celui de la formation professionnelle (Opca ou Dif)(2). Donc normalement accessibles à la plupart des entreprises, qui commencent à s’y intéresser de près. La mauvaise nouvelle, c’est que c’est tout de même une atteinte à votre intégrité physique.


PLUS T’ES BEAU, MIEUX TU VENDS
Si l’erreur de look n’est pas une faute professionnelle, l’image est reine: plus de 70% des messages qu’on envoie sont non verbaux, et on est vu avant d’être entendu. Dans notre société où la com, le marketing et leurs amis prennent de plus en plus d’importance, certains patrons, plus malins que pervers, souhaitent donc contrôler ce que dégagent leurs équipes. «J’ai toujours été convaincue de l’importance de l’apparence. Elle est capitale pour que nos employés aient davantage confiance en eux, explique Anne-Françoise Brambach, responsable du recrutement et de la formation dans un grand groupe hôtelier. Et puis, si nous voulons qu’ils chouchoutent nos clients, nous devons les chouchouter aussi!» Purement altruiste, la démarche? Pas seulement, bien sûr: l’entreprise a tout à y gagner. «Aujourd’hui, on sait bien qu’on ne peut pas recevoir un client dans un bureau sale ou mal décoré. Le raisonnement est le même pour le look: l’habit ne fait pas le moine, mais il peut fermer des portes... et des marchés», poursuit François Thibault, de l’agence FTConseil(3). Attention: vous devez non seulement donner envie, mais aussi coller à l’image de la société qui vous emploie. Car on ne représente pas une agence de pub comme un cabinet d’avocats.


UN CONCEPT GAGNANT-GAGNANT
Alors l’entreprise veut-elle nous cloner comme des produits? Doit-on perdre notre identité pour coller à sa charte? Devenir de vulgaires packagings? Hurlement collectif des coachs image: «Bien sûr que non! Même si nous travaillons dans l’esprit de l’entreprise qui les envoie, nous sommes d’abord là pour mettre les gens en valeur, selon leur personnalité et leurs atouts», martèle Aude Roy, formatrice en image professionnelle(4) comptant parmi ses clients Bouygues Telecom, Givenchy ou HEC. Si certains employés sont réticents au début (vexés ou pas convaincus), la plupart sortent de ces ateliers apparemment ravis: «C’est la première fois que quelqu’un me coupe lescheveux comme il faut. Je me sens tellement mieux... Et cette journée entière à s’occuper de soi plutôt qu’être au boulot, ce n’est franchement pas désagréable», reconnaît Marie, réceptionniste au Westin. Mais à part un cours de maquillage récréatif, des idées de fringues et une bonne poilade à regarder nos collègues mâles s’automanucurer, on y gagne quoi? Parfois une occasion de monter en grade: «Une personne peut être très compétente et bardée de diplômes, mais rater un entretien par manque de confiance en soi ou pour cause d’apparence négligée», insiste Corinne Bouet Venutolo, fondatrice de Co Relook’in(5). Sur le sujet «belle apparence =meilleur boulot», Kristof Bruand, conseiller en image(6), va plus loin: «C’est un peu rude de le dire comme ça, mais quelqu’un de mal habillé n’est pas crédible. Mon métier n’est pas de transformer les gens en fashion victims ni de les formater, simplement de les valoriser.» Charitable, il ajoute: «Ce qui leur fait aussi du bien dans leur vie personnelle...» Reste que tout le monde n’a pas forcément envie d’être décortiqué par le regard impitoyable d’un conseiller en image. Question de personnalité, de goût et d’identité. Alors c’est obligatoire? «Bien sûr que non! Dans la charte de déonto- logie de l’Association française de l’image personnelle et professionnelle (Afipp), explique Aude Roy, on s’engage à valider la demande de la personne elle-même lors de la première consultation.» Même son de cloche chez Anne-Françoise Brambach et son groupe hôtelier: «Les salariés ont entièrement le droit de refuser une formation, mais le cas ne se pose pas dans notre entreprise, puisque le “relooking” se fait uniquement dans le cadre du Dif, en formation. Ce sont eux qui s’inscrivent.» Attention, ce n’est pas le cas partout: chez Westin (voir «On a testé pour vous»),les filles de l’accueil sont obligées de s’y coller. Idem pour les sociétés avec lesquelles travaille Kristof Bruand: «Quand les formations sont prises en charges par l’employeur, les salariés doivent être présents. J’ai déjà eu des absents pour cause de maladie... Je ne sais pas si c’était vrai ou pas.» Au pire, si ça vous arrive, rappelez-vous que rien ne vous empêche d’y aller sans vous laisser transformer. Et profitez simplement de tous ces conseils beauté offerts par Big Boss. ■

1.www.imagence-relooking.com. 2.Opca: organismes paritaires
collecteurs agréés. Dif: droit individuel à la formation.
3.www.ftconseil.com. 4.www.auderoy.com. 5.www.co-relooking.com.
6.www.kristofbruand.com.



ON A TESTÉ POUR VOUS : LA JOURNÉE QUI REND (ENCORE) PLUS BELLE

Elles arrivent l’une après l’autre, silencieuses, intimidées, limite terrorisées. Marie, Jennifer, Lucille, Diana, Victoria et Marie-Charlotte sont réceptionniste, apprenties, agent d’accueil ou commis de restauration à l’hôtel Westin. Elles sont là pour une «journée beauté» et ne savent pas très bien ce qui les attend. Certaines d’entre elles sont même sur la défensive: «Quand mon patron, qui me reproche souvent de ne pas me maquiller, m’a parlé de cette formation, je l’ai mal pris: c’était quoi son message, que j’étais moche? Puis j’ai appris que tout le personnel y passait, et ça m’a rassurée», explique Victoria. Marie-Charlotte, plus détendue, ajoute: «C’est ma copine Lucille qui m’a proposé de le faire avec elle. On s’est dit que c’était une occasion de rigoler! En revanche, je n’ai aucune envie d’un relooking radical...»

Primo: se recoiffer le moral
Dans les locaux douillets du Bureau d’image*, Cynthia Cohen, jolie styliste devenue conseillère en image, commence par rassurer tout le monde: «Ne vous mettez surtout pas de pression. Vous êtes ici pour vous faire plaisir, et on ne va pas vous métamorphoser par un monstrueux tour de magie. A la fin de la journée, vous serez gagnantes.» Fatiha Nagmar, sa responsable beauté (sorte d’Eva Longoria), renchérit: «La formation est professionnelle, mais le bénéfice sera aussi privé. L’idée, c’est de vous fournir les outils pour reproduire chezvous ce qu’on vous fait aujourd’hui: sinon, ça ne sert à rien...

Deuxio: ce que je veux avec mes cheveux
Allez, on commence tout de suite avec les cheveux!» Rappel des bases, questions sur leurs habitudes, point sur les bonnes et les mauvaises marques de soins («Attention aux modes et aux pubs mensongères!»)... le ton de l’atelier est plus celui d’une réunion entre copines que d’un séminaire. Fatiha coupe trois mèches ici et là, montre quelques coiffures sublimes à faire en cinq secondes, les adapte aux tenues de travail des filles, blague à tout va et n’hésite pas à balancer son avis sur une coupe: «Argh, celui qui t’a fait ça, amène-le-moi!» Son credo: facilité, rapidité et glamour. «Je veux que vous soyez tous les jours comme quand vous sortirez d’ici.»

Tertio: un peu plus de bleu sur les yeux ?
Deux heures plus tard, Solène, son assistante, rejoint Fatiha pour l’atelier maquillage. Elles ont demandé aux participantes de venir avec leur matériel, histoire de leur montrer ce qu’elles peuvent faire avec: «On n’est pas ici pour pousser à l’achat, et si vous aimez vos produits, on ne va pas vous forcer à en changer.» Fatiha et Solène leur maquillent une moitié de visage, aux filles de faire l’autre. On réussit, on se plante, on rigole. Puis vient l’heure de la colorimétrie. Cynthia explique: «Peu connu, ce test permet de définir la gamme de couleurs d’une personne, celle qui lui donnera bonne mine et gommera ses cernes. Ce n’est pas parce que le violet est à la mode qu’il va à tout le monde...» La styliste explique à ses clients quelle est leur gamme, et leur suggère ensuite, dans son show-room, les vêtements qui correspondent à leur silhouette.

Ouf! Les mêmes en mieux
Plus on avance dans la journée, plus les filles embellissent et prennent confiance en elles. En bonne journaliste sceptique que je suis, je m’étonne de l’impact de ces ateliers sur l’attitude des filles, leur changement de ton, de démarche, d’humeur. Cynthia et Fatiha sont habituées: «Parfois, leurs DRH nous demandent d’un air ahuri: “Mais qu’est-ce que vous leur avez fait?” Nous, on se marre, on sait combien l’apparence change tout à l’intérieur...» Et moi je me demande si je ne vais pas prendre rendez-vous pour toute la rédaction.

*www.cynthia-cohen.com



--> COACHING IMAGE POUR CHÔMEURS
L’image est capitale lors d’un entretien d’embauche. Afin d’aider
les chômeurs paumés devant leur miroir et ayant perdu toute
confiance en eux, l’ANPE propose l’atelier «Communiquer par
votre image»(1), pour apprendre à s’adapter aux entreprises choi-
sies et donner une bonne «première impression». Dans un genre
plus axé beauté, l’association Force Femmes(2) propose, entre
autres conseils de pros aidant au retour à l’emploi, des ateliers
soins et maquillage pour les chômeuses âgées de plus de 45ans.
1.Gratuit et libre d’accès à tous les demandeurs d’emploi, www.anpe.fr.
2.www.forcefemmes.com.



Par Caroline Rochet - Publié dans : Société
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Vendredi 13 février 2009
MARIE CLAIRE

Mobile, Wifi, Bluetooth ... Les ondes vont-elles nous tuer ?

   Mars 2009



Et si le high tech était le prochain scandale sanitaire ? De la  migraine à la tumeur, certains effets néfastes sont prouvés. Entre industriels rassurants et scientifiques affolés, notre enquête sur un sujet ultrasensible.




Ca peut vous arriver du jour au lendemain. Grosse fatigue, maux de tête, insomnies, irritations des yeux … Des symptômes qui empirent dans les lieux fréquentés (métro, gare, bar), face à votre ordi ou en passant un coup de fil. Vous n’y comprenez rien, votre médecin non plus, et pourtant cette curieuse maladie porte un nom : l’électrosensibilité. Autrement dit, un rejet physique des champs et ondes électromagnétiques qui nous entourent. Vous n'en aviez jamais entendu parler ? Préparez-vous à ce que ça change, car ça pourrait bien être un des scandales sanitaires du siècle.

DE QUOI PARLE-TON ?
L’électrosensibilité (ou "hypersensibilité électromagnétique"), dont le doux nom pourrait signifier un penchant particulier pour la musique électro, est un fléau bien identifié. Elle caractérise les problèmes de santé dûs à l'exposition aux champs électro-magnétiques, soit les antennes-relais de téléphonie mobile, lignes à haute tension, écrans d'ordinateur, wifi, et autres téléphones portables - bref, tout notre environnement "naturel" (!) du XXI° siècle. Les symptômes, ultra variés, peuvent être bénins, ou si gravement affecter les gens qu'ils sont obligés de totalement changer de vie. Comme Matthias Moser, dit "Matthias des Bois", ancien instituteur qui ne peut plus vivre en agglomération et réside désormais dans un champs, sous une bâche ... Si on entendait peu parler de ce phénomène il y a quelques années, le buzz prend de plus en plus d'ampleur : les études scientifiques se multiplient (mais sont souvent étouffées), certains gouvernements le reconnaissent officiellement comme handicap (Suède), et selon les pays, les proportions d'électrosensibles varient de quelques personnes par million à 8 % des personnes interrogées. En France, la résistance s'organise : procès intentés aux opérateurs ou aux immeubles autorisant la pose d'antennes (Sabine Rinckel, à Strasbourg), lutte contre les d'antennes-relais trop proches des écoles (voir encadré), lanceurs d'alerte, syndicats en lutte (les bibliothécaires de la Ville de Paris souffrant du wifi) ... On s’affole.


QUAND NOTRE CORPS PASSE AUX MICRO-ONDES
Pour qui n'est pas scientifique, ça peut paraître abstrait, mais le principe de l’électrosensibilité est simple. On l’utilise d’ailleurs tous les jours via notre four à micro-ondes. Les ondes électromagnétiques, absorbées par les molécules d'eau de notre corps, les entraînent à se frotter, ce qui produit de la chaleur - d'où l'impression d'oreille qui chauffe parfois ressentie lors d'un appel prolongé sur le portable ... Bien entendu, ces micro-ondes ne sont pas fortes au point de nous cuire comme un poulet, mais parfois bien assez pour provoquer les symptômes décrits plus hauts. Peut-être parce que les normes d'émission maximale de ces ondes dépassent monstrueusement ce que l'ensemble des scientifiques préconise ? S'ils estiment qu'elles ne devraient pas excéder les 0,6 V/m pour préserver notre santé, la loi française les a fixées à ... 41 V/m ! Point besoin d'être expert pour comprendre qu'il y a là un problème au niveau des chiffres. Surtout quand l'ancien responsable de ce sujet à l'OMS(1)  reconnaît que ce taux n'a pas été fixé en fonction des données scientifiques, mais selon des accords avec ... les industriels. Oui, ceux-là même qui nous vendent des téléphones.


DANGER : MAIS QUE FAIT LA POLICE ?
Le nombre de personnes souffrant de ces maux monte en flèche, et la communauté scientifique donne l’alarme. Pourtant, quand on interroge l'OMS ou le Ministère de la Santé sur le sujet, c'est le black-out : même s’ils reconnaissent le syndrome, et recommandent un « usage modéré » pour les enfants, ils estiment qu’aucune étude scientifique n'a encore réellement prouvé le lien entre l'exposition aux champs électromagnétiques et les symptômes des électrosensibles. Et l’OMS d'ajouter : "S'il y avait de quoi s'alarmer, on vous le dirait." Vraiment ? Pourtant, en 2007, un rapport d'experts scientifiques du monde entier a fait l'effet d'une bombe : le rapport BioInitiative, fruit de 1500 travaux internationaux sur les champs électromagnétiques, validé par l'Agence Européenne de l'Environnement. Les conclusions sont accablantes : perte d'étanchéité de la barrière sang/cerveau, génotoxicité (cassures de l’ADN), perturbation des cellules, effets sur le système immunitaire, troubles du comportement et du sommeil, formation de tumeurs au cerveau, leucémies ... Les faits sont là. Le Professeur Leif Salford, chercheur en neuro-cancérologie (Lund, Suède), a carrément déclaré : « Un adolescent qui a un portable contre la tête une demi-heure ou plus par jour aura un Alzheimer à trente ans ». Et selon le Professeur Belpomme(2), éminent cancérologue, il n'y a plus de débat : "Il faut arrêter de botter en touche ! Le lien est fait entre téléphones portables et cancer du cerveau : il y a un risque de développer une tumeur cérébrale ou du nerf acoustique après dix ans d’utilisation plus d'une heure par jour. Si le risque individuel est faible, l’utilisation du portable s’est tellement généralisée que ce risque est important en termes de santé publique. Il est également prouvé que les enfants vivant à proximité de lignes à haute tension développent plus de leucémies. Nous sommes dans un déni scientifique, comme à l'époque où les marques de cigarettes tentaient d'étouffer ceux qui voulaient avertir le public des dangers du tabagisme."


UNE ECONOMIE QUI PESE LOURD
Un avis partagé par l’association Robin des Toits(3), qui se bat pour obtenir une réglementation compatible avec la santé publique : "Que fait l'Etat ? Pourquoi ne baisse-t-on pas les taux d'exposition aux ondes face à de telles preuves ? Et où sont les campagnes de prévention ?", s'interroge Etienne Cendrier, leur porte-parole(4). Aux dernières nouvelles, l’INPES(5) préparerait enfin une campagne. Lors du Grenelle de l'Environnement, une proposition de l’association, visant à baisser le seuil d’exposition aux ondes à un niveau respectueux de la santé, avait été retenue. Depuis, elle semble avoir été reléguée aux oubliettes. Récemment, Etienne Cendrier s'est vu répondre par le secrétariat d'Etat au développement de l'économie numérique (Eric Besson) qu'il n'y avait "aucune volonté politique d'abaisser les seuils d'exposition. » La raison ? « Les opérateurs ne sont pas d'accord." ... Ca laisse sans voix. Serait-ce à Bouygues Telecom, SFR et Orange de décider de notre santé ? C'est que le marché de la téléphonie mobile pèse lourd : 52 millions de clients, 21 milliards d'euros de chiffres d'affaires, soit une contribution à la richesse nationale non négligeable. Sans oublier l’amitié liant Martin Bouygues à notre président de la République. A noter : ces industriels financent 95% des études scientifiques sur le sujet (le rapport BioInitiative n'en faisant pas partie, bien sûr). Etudes qui, selon l’épidémiologiste américain George Carlo, « ont six fois plus de chances de ne rien trouver que celles financées de façon indépendante. » Remarquons au passage que ces opérateurs n'ont pas donné suite à nos demandes d'interview. C’est bien dommage.


UNE SOLUTION
Bonne nouvelle : nous pourrions parfaitement garder un réseau impeccable, et le confort du téléphone mobile avec, sans pour autant se ruiner la santé. La parade ? Multiplier les antennes-relais, ce qui permettrait de baisser drastiquement leur niveau d'émission. Mais là encore, les opérateurs refusent : c'est qu'installer une antenne coûte cher ... 100.000 euros environ. Et qu'il est plus aisé de booster leur puissance (au détriment de notre santé) que d'en produire de nouvelles. Pourtant, en 2003, la moitié des Français se déclaraient déjà inquiets face aux antennes-relais, et selon une étude récente, un Français sur trois pense que le téléphone mobile est dangereux pour la santé(6). Rappelons que selon l'article 1er de la Charte de l'Environnement, "Chacun a le droit de vivre dans un environnement équilibré et respectueux de la santé." Il serait temps d’honorer cet article avant qu’il ne soit trop tard.


(1) Michael Repacholi (2) Professeur de cancérologie, président de l'ARTAC (Association pour la Recherche Thérapeutique Anti-Cancéreuse www.artac.info), et auteur de "Avant qu'il ne soit trop tard" (Ed. Fayard, avril 2009)  (3) Association Nationale pour la sécurité sanitaire dans les technologies sans fil, www.robindestoits.org (4) Auteur de "Et si la téléphonie mobile devenait un scandale sanitaire ?", éd. du Rocher, 9€90. (5) Institut national de prévention et d’éducation pour la santé (6) TNS SOFRES



TEMOIGNAGES :

ANDRE, MUSICIEN, MARIE, DEUX ENFANTS DE 9 ET 10 ANS
« C'est arrivé d'un coup, il y a deux ans. Maux de tête, trous de mémoire, vue trouble, insomnies, mal dans les os ... Ca a très vite dégénéré. Je n'ai pas compris tout de suite, et les médecins non plus, évidemment. Quand j'ai remarqué que ça allait mieux hors de mon appartement, j'ai fait le lien avec ces antennes-relais UMTS(1) que des ouvriers installaient sur mon toit, et la carte wifi que je venais de mettre dans ma freebox. J'ai alors cherché des informations et ai découvert l'association Robin des Toits. Avec l’électrosensibilité, ma vie a changé : musicien, je ne peux plus assurer ni concerts, ni tournée. Et encore, j'ai de la chance, puisque j'ai trouvé le moyen de continuer à vivre de la musique en restant chez moi - certains doivent totalement renoncer à leur métier, leurs passions ... J'ai également changé d’alimentation pour limiter les dégâts : je bois une eau spéciale, me nourris bio et fais des cures de compléments alimentaires. Tout ça, je l'ai découvert en tâtonnant, selon ce qui réduisait ou augmentait les symptômes. Ma casquette et mon gilet sont tapissés d'une feuille d'argent, pour blinder le passage des ondes. J'ai aussi dû équiper mes fenêtres de rideaux protecteurs et recouvrir les murs de mon appartement de feuilles d'aluminium. Aujourd’hui, je suis responsable du réseau Electro hypersensibilité chez les Robin des Toits, qui met en relation les gens comme moi. Dieu merci, ma femme est mes enfants ne sont pas électrosensibles … Mais du coup, ils sont très au courant des risques des technologies sans fil ! »
(1) Qui permet la 3G et le web sur les téléphones portables, encore plus puissante que les classiques, NDLR


SILVANA, 31 ANS, ATTACHÉE DE PRESSE
« Mon cas n'est pas très grave, mais assez clair pour être gênant. Depuis que j'en parle, j'ai découvert que beaucoup de gens en souffrent. Tout a commencé par des migraines terribles, surtout la nuit, qui se sont soldées par l'explosion d'une petite veine dans ma tête. A l'hôpital, ils m'ont fait des examens, et  lors de l'IRM, les douleurs ont repris. Je vis dans un immeuble composé uniquement de studios, et au mois de septembre, plein d'étudiants avaient emménagé, apportant avec eux ... leurs box internet. Je recevais une quinzaine de réseaux wifi chez moi ! Surtout, ma voisine avait installé son émetteur contre la paroi jouxtant mon oreiller. Quand j'ai fait le lien, j'ai été voir tous mes voisins. Certains n'y croyaient pas, mais la plupart ont bien voulu revenir à la connexion filiaire : depuis que je ne reçois que deux ou trois réseaux chez moi, tout va bien. L’impact des ondes est scandaleux. Il faut en parler. Il faut que les choses bougent. »




ENCADRÉ 1 : LES FEMMES ENCEINTES ET LES ENFANTS D'ABORD

Les scientifiques sont unanimes : c'est pour les enfants et le foetus que le danger est le plus grand. Le cerveau des petits, moins protégé que le nôtre en raison d'une paroi crânienne plus fine, est non seulement plus sensible aux ondes électromagnétiques (il en absorbe 60% de plus que nous !), mais en plus, il est en plein développement. Sans oublier que contrairement à nous, ils sont "nés dedans" et y seront exposés toute leur vie. En 2006, 70% des petits Européens de 12-13 ans et 23% des 8-9 ans possédaient déjà un mobile. Ne contentant pas de s'en servir pour téléphoner, ils l'utilisent en continu pour envoyer des sms, prendre des photos, jouer ... Evidemment, le marché fait tout pour les "draguer", tant du côté des opérateurs (en 2007, SFR proposait une offre "renversante" pour équiper les petits) que des fabricants de téléphones (le MO1 d'Imaginarium, dès 6 ans). Une aberration qui, heureusement, pourrait changer : suite au Grenelle, l’éventualité d’une interdiction de ce type de publicité pour les enfants est actuellement examinée. A souligner : la console de jeux Wii (un carton chez Nintendo, utilisant la technologie du Bluetooth) ou le lapin Nabaztag (fonctionnant par wifi) les exposent également aux ondes. Concernant les antennes-relais, des associations se battent pour les éloigner des écoles, comme le collectif lyonnais Ecole Sans Antennes. On se remémore l’affaire de St Cyr l'Ecole, où 11 cas de cancers ont été relevés en 12 ans (soit deux à trois fois plus que la normale, dont deux décès par la très rare tumeur du tronc cérébrale) dans un établissement scolaire coiffé de quatre antennes-relais. A Grasse, SFR a été condamné a déplacer une antenne proche d'une école suite à des troubles de santé des enfants. A Courbevoie, le maire a fait supprimer toutes les installations wifi des écoles de sa commune. Si les enfants sont particulièrement vulnérables, le fœtus l’est aussi : ses cellules, tout comme l'eau du placenta, sont très sensibles à l'énergie dégagée par un téléphone mobile. Le Pr Belpomme, dont les risques de cancer chez les enfants ou chez les futurs adultes, suite à une exposition à des facteurs environnementaux durant l’enfance, sont le cheval de bataille, insiste : si les femmes enceintes ne doivent jamais approcher un portable de leur ventre, l'idéal est de cesser complètement de l'utiliser pendant la grossesse, et de supprimer toute source de wifi de leur domicile. Avis aux futures mamans …



ENCADRE 2 : QUE FAIRE POUR SE PROTEGER ?

Si notre article vous a fait paniquer, rassurez-vous : il existe des solutions pour réduire les risques en attendant que la loi change. Notre top ten des conseils des experts.
1 - Pas de portable pour les enfants avant 15 ans !
2 - Ne téléphoner que quand le réseau est très bon (sinon, le téléphone rayonne encore plus fort pour fonctionner)
3 - Pas de portable en voiture, train, métro ... Le mouvement obligeant le téléphone à sans cesse chercher du réseau, augmentant la puissance d'émission des ondes, et la structure métallique autour les emprisonnant et les répercutant sur vous (effet cage de Faraday).
4 - Utiliser systématiquement un kit-piéton (avec fil).
5 - Désactiver le wifi sur les "box" internet et préférer une connection filiaire.
6 - Reprendre l'usage du téléphone fixe ... mais pas un sans-fil ! Un bon vieux combiné classique. Ca tombe bien, ils en font de très beaux en ce moment.
7 - Ne pas porter votre téléphone portable contre le coeur, l'aisselle, la hanche, ou près des parties génitales (oui, on oublie les poches).
8 - Limiter le nombre et la durée des appels (l'idéal : pas plus de 5 appels de 3 mn par jour !)
9 - Eteindre votre téléphone portable la nuit (vous verrez, votre sommeil changera radicalement).
10 - Penser au "téléphonisme passif" ... Eloignez-vous de vos amis quand vous passez un coup de fil !


Photos Christian McManus, portraits Franck Courtès
Par Caroline Rochet - Publié dans : Société
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Vendredi 7 mars 2008

MARIE CLAIRE

Le grand retour de la Rock Attitude

Avril 2008

Un slim, un Perf', une clope, le tout saupoudré d'un brin de nonchalance et hop, on s’imagine être hyper rock. Erreur, la rock'n roll touch est bien plus complexe. Suivez-nous backstage :
on va vous décrypter une légende plus que vivante.



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Attention, ne montrez pas ce papier à un authentique rocker, il se mettrait aussitôt à hurler comme un damné (même sans micro). Car l'esprit rock, évangélisera-t-il une main sur le coeur, est une révélation, un mystère. Pas une recette toute faite, ni une formule qu'on bricole en suivant des règles. C'est même exactement l'inverse : foncièrement rebelle, le rock n'a jamais-jamais-connu-de-loi. Certes. Il n'empêche qu’on constate chez tous ses adeptes quelques subtiles points communs ... Style, allure, comportement, langage, look, la rock attitude – état d’esprit cool parmi les cools - n'est pas plus réservée aux musicos qu'aux VIP, et convertit des millions de fidèles depuis plus d'un demi-siècle. Ces dernières années, elle a même vécu l'un de ses réguliers retours en grâce, envahissant de nouveau salles de concerts, podiums, rue, musées, politique, cours d'école et salons des happy few. Ce qui ravit secrètement ses survivants de la vieille école, un peu affolés face à la pénurie de vrais rebelles garantis doublés cuir à l’époque actuelle. La rock attitude en 2008, mythe ou réalité ? La réponse dans notre décryptage, des principes fondateurs aux people-totems en passant par le portrait robot. Et si un chevelu indigné vous accuse de sacrilège, répondez-lui d'un air blasé que vous n'êtes pas du genre à vous encombrer de principes. Que voulez-vous, c'est votre côté rock'n roll.



--> PRINCIPES FONDATEURS DE LA ROCKITUDE


1. LA ROCKITUDE IGNORE LE MOT "CONTRAINTES"
Imaginez un président qui s'auto-augmente de 172% et se marie dans la foulée avec un top-model, elle-même mangeuse d’hommes décomplexée et ex girlfriend de stars musicales planétaires. S’il n’était pas si … sarkozyste, cet homme pourrait sembler bien rock’n roll. La première règle de la rock attitude, merveilleusement hédoniste. est en effet de faire ce que vous voulez, quand vous le voulez, sans trop vous soucier du reste. Patrick Eudeline, éminent critique, écrivain(1) et figure de la scène rock française, dit de l'esprit rock qu'il est "avant tout une envie". De quoi ? De tout. Une sorte de joyeux appétit, "une manière de voir le monde avec des lunettes colorées. Enfin, noires, mais colorées" - on saisit l'idée. Bob Dylan le disait lui-même : "Un homme a réussi sa vie s'il se lève le matin, va se coucher le soir, et fait ce qu'il veut entre les deux". On aime bien l'idée.


2. LA ROCKITUDE NOURRIT UNE CERTAINE TENDRESSE POUR LA PROVOCATION
Si, dans ses « envies », l’esprit rock se heurte à quelques obstacles (lois, limites, règles de bienséance), c'est encore mieux : rien de plus excitant que de commettre l'impensable. Brûler un pascal à la télé (Gainsbourg), rouler en moto dans un couloir d’hôtel (Led Zeppelin), chanter "Nique la Police" sur un refrain d'Edith Piaf (NTM, rappeurs 100% rock'n roll), plonger sa limo dans une piscine (Keith Moon) : la provoc' show-off est un art subtile que la rock attitude maîtrise à la perfection. Et pour cela, point besoin d'être une star de la scène musicale. Le fonctionnaire des PTT qui prend sa journée sans prévenir personne, la modeuse ultra pointue qui, un jour de déraison, arbore un jean neige, sont bien évidemment total rock’n roll. Comme disait Brassens (autre référence du genre), "Non les braves gens n'aiment pas que, l'on suive une autre route qu'eux". Les rockeux sont les champions des itinéraires Bis.


3. LA ROCKITUDE EST TRÈS JEUNE DANS SA TÊTE (DANS SON CORPS, MOINS)
Si être rock, c'est expérimenter ce qui nous fait envie dans l'excès et la rébellion, cela rappelle étrangement une certaine période de la vie ... Philippe Manoeuvre, rédacteur en chef de Rock & Folk, voit le rock comme « un truc fait pour les adolescents(2) ». Selon lui, quand on ne vibre plus, on est devenu adulte - Dieu nous en préserve. Johnny ne sera jamais un vieillard, Mick Jagger encore moins : la rockitude est l'anti-rides de l'esprit. En revanche, elle est plus cruelle avec le corps. Entre substances illicites, affres de la célébrité et vie à cent à l'heure, mieux vaut avoir une bonne constitution physique - ce que résume Tom Waits avec un flegmatique : "Tous mes amis sont morts, ou alors, il ne se sentent pas très bien". Selon une récente étude britannique(3), une rock star a deux fois et demi plus de chance de mourir dans les premières années de sa gloire qu'un Européen moyen. La bonne nouvelle, c'est qu'on peut être rock ET Européen moyen. Suffit d'éviter le show-biz.


4. LA ROCKITUDE PENSE QUE L'ADDICTION, AU FOND, FAIT PARTIE DE LA VIE
Et par addiction, on entend alcool, drogue dure, chocolat, travail ou presse people – peu importe. L'idée, c'est que le rocker a beau faire son fortiche, un énorme talon d'Achille le rend fragile comme un chaton : sa dépendance. Elle peut entraîner sa perte (Jim Morrison, Sid Vicious, Kurt Cobain, Tim Buckley, Janis Joplin, Elvis … on continue ?), mais aussi contribuer à son succès : Amy Winehouse a vendu des millions de disques en chantant son refus d'aller en « rehab » (désintox), et Kate Moss a boosté sa carrière en sniffant un rail. Cependant, Patrick Eudeline tempère : "On n'est pas obligé de se balader avec une seringue dans le bras pour être rock'n roll" (nous voilà soulagés). Nicolas Ullmann, comédien, musicien et maître des nuits rock à Paris(4), renchérit : "Pour se lâcher, certains ont besoin de substances, d'autres non. Personnellement, j'ai passé des soirées assez incroyables avec des verres d'eau". En même temps, être accro aux verres d'eau, ça reste une addiction.


5. LA CHASTETÉ LAISSE LA ROCKITUDE PERPLEXE
L'origine du mot "rock'n roll" ? Un argot du blues des années 30 qui signifie « faire l'amour ». C'est peut-être pour ça qu'Elvis le Pelvis choquait l'Amérique avec ses déhanchements lascifs, que Ian Dury inventa le fameux leitmotiv « Sex and Drugs and Rock and Roll », et que cette musique donne furieusement envie de. On l'aura remarqué, ses adeptes ressemblent rarement à des Cisterciens de la Stricte Observance, et les Perfecto, même pourvus de chaînes, ne sont jamais livrés avec une ceinture de chasteté. En revanche, le look smocky eyes + chevelure en bataille proclame clairement : « Salut, je sors tout juste du lit". Nicolas Ullmann sourit : « Une fille rock, c'est une fille qui n'a pas honte de répondre à ses envies ». « Elle est libre, égale aux hommes, tout en aimant être une femme - une féministe en bas résilles, si vous voulez », ajoute Patrick Eudeline. Bref, on ne se demande plus ce que Dick Rivers voulait dire quand il chantait « Je cherche la ville du rock'n'roll, le pays où les filles sont folles ». Malin, le Dick.


6. LA NONCHALANCE DE LA ROCKITUDE N’EST QU'UNE COUVERTURE
Attention, les esprits rock sont fourbes. Sous leurs airs insouciants, soigneusement travaillés, se cache en réalité une redoutable ambition doublée d'un cerveau surchauffé. Généralement passionnés par leur art (à noter : ils sont rarement experts-comptables), ils bossent comme des dingues et savent freiner leurs dérives pour atteindres les sommets - la médiocrité n'étant pas leur genre. "Pete Doherty, excellent musicien, est tout sauf un crétin, même si la presse people semble l'oublier. D'une manière générale, personne d'intéressant ne peut être totalement spontané : ces gens-là travaillent !", appuie Patrick Eudeline. Madonna, si rock'n roll à la scène comme à la ville, a toujours mené sa carrière d'une main de fer ; Virginie Despentes, l'écrivaine total rock ("Bye-bye Blondie", "Mort aux Ramones !") a décidé d'arrêter de boire pour protéger son écriture ; et Kurt Cobain, icône punk, expliquait doctement dans son journal qu'un groupe se devait de répéter minimum cinq jours par semaine pour arriver à quelque chose. Qu’on se le dise, la rock touch n’est pas une fille facile.

(1) Son prochain roman, saga dans le milieu du show biz français, sort à la rentrée prochaine chez Grasset.
(2) Dans une interview de Diego sur AzurFM (P.Manoeuvre ayant refusé notre entretien pour cause de "magazine féminin"… Moyen rock'n roll, à notre avis).
(3) Université John Moores de Liverpool, 2007
(4) Prochaines soirées : ROCKSPELL au PARIS PARIS les 19 mars et 2 avril (www.myspace.com/ullmanncabarock, www.myspace.com/ullmannkararock)

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ENCADRE 1 : PORTRAIT ROBOT DE LA FILLE ROCK

On ne va pas se mentir, la rock attitude passe aussi par l'image. Revue de détails.

◊ Physique type :
Les spécialistes sont formels, l'Homo Rockus possède certaines caractéristiques physiques précises : bouche démesurée (Mick Jagger, Lou Doillon), chevelure sombre et fournie (la blondeur étant autorisée uniquement par peroxydation, type Blondie ou Courtney Love), et teint allergique aux UV - tel un vampire, le rockeux vit la nuit. Last but not least : toute rondeur corporelle est fortement déconseillée (oui, c'est très agaçant, et oui, ça vaut aussi pour les seins). Longues cannes maigres, absence de formes, silhouette brindille : l'androgynie est reine. Et ce ne sont ni les figures de proue du London sixties, ni Rankin (photographe ô combien rock'n roll, confondateur du magazine Dazed & Confused) qui vous diront le contraire.

◊ Look :
Evidemment, la rockeuse sait qu'avec un slim cuir, du noir et des low-boots qui jettent, voire une micro-jupe et des leggings flashy, elle tient direct sa panoplie concert. Mais gare aux clichés et autres uniformes : arborer fièrement un t-shirt "Ramones" - comme la quasi totalité des minet(te)s de lycée - est évidemment anti-rock au possible. Et sur les podiums ? Marie-Noëlle Demay, notre rédac-chef mode, est formelle : le style rock est revendiqué par de plus en plus de maisons (pour rajeunir leur image), et ne disparaît jamais vraiment des collections (Gucci, Burberry's, Galliano, Hedi Slimane ou Ann Demeulemeester étant, chacun dans leur style, des références du genre). Mais il ne s'agit pas, là non plus, d'ajouter trois clous à un blouson : le créateur authentiquement rock sera surtout celui qui ose et se trouve là où ne l'attend pas. Genre Lagerfeld tout foufou chez H&M. Rage against the machine à coudre ?

◊ Maquillage :
Toute rockeuse qui se respecte sait que teint blafard + smocky eyes = je suis née une guitare à la main. Mais attention : au printemps 2008, les yeux sont plus "salis" d'argent que profondément dark, et la peau, loin d'être maladive, affiche une transparence fraîche et healthy (non Manson, tu n'es pas rock, mais gothique, retourne dans ton cercueil). Elle porte du vernis bleu (Chanel), des faux-cils cloutés (Shu Uemura) et le parfum XS Black de Paco Rabanne, à l'envoûtante rose noire. Les jours d'audace, elle a la bouche très rouge et les yeux tout nus - contraste avant tout.


Image-12.png ENCADRE 2 : A QUELLE FAMILLE ROCK APPARTENEZ-VOUS ?
Comme toutes les religions, la rockitude a ses églises. Découvrez la vôtre.

◊ Les rock-chic
Classe, élégante, racée, la famille rock-chic est profondément rebelle mais allergique à la trashitude, extrêmement libre mais point déjantée. Un peu comme si le rock faisait la concession d'être adulte pour mieux profiter de la vie – et passait de la bière au champagne. A noter : les filles rock-chic sont souvent en couple avec de vrais rockers.
People-totems : Carla Bruni (+ Mick Jagger, Eric Clapton, Louis Bertignac, et ... son président qui fait ce qu'il veut quand il veut), la famille Birkin (Jane + Serge, Lou + Thomas-John Mitchell, rocker et père de son bébé), Kate Moss (ex de Pete Doherty), Emmanuelle Seigner (avec Ultra Orange).

◊ Les rock-bobo
Beaucoup moins rebelle, la famille rock-bobo manque un peu de fougue, mais apprécie le style rockeux. Toujours artiste, mais plus pépère, voire consensuelle. Attention : parfois, ce n'est qu'une apparence cachant à peine un passé trash.
People-totems : Vanessa Paradis + Johnny Depp, , Zazie.

◊ Les rock-trash
Royale, la famille trash est composée des dignes héritiers des maîtres rock ascendant punk (Sid Vicious et autres Kurt Cobain). Complètement borderline, excessifs et talentueux, ils ont la folie rock dans le sang. De purs joyaux, amochés comme il faut.
People-totems : Amy Winehouse, Pete Doherty, Virginie Despentes.

◊ Les rock-old-school
C'est le club des anciens combattants. Restée coincée il y a 40 ans, la famille old-school a beau sembler ringarde, elle rassemble d'authentiques rockers purs et purs, dont le refus de sacrifier à la mode prouve bien leur légitimité. Patinés, revenus de tout, ils brillent de l’aura particulière de ceux qui ont survécu. Même alités aux Hespérides, même dans une pub Optic 2000, ils continuent à se coiffer en banane et crooner sur une gratte. Respect.
People-totems : Dick Rivers, Johnny Halliday, et, en vieux mais pas ringards,
Johnny Cash (mort en 2003 mais rock’n roll jusqu’au bout), Keith Richards, Jimmy Page et autres Robert Plant.





Par Caroline Rochet - Publié dans : Société
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