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Société

MARIE CLAIRE

Attention, shopping masqué

Novembre 2009




Un bus, un night-club, un musée ... ? Non, une nouvelle boutique conçue exprès pour nous faire oublier la crise et flamber la CB. De Paris à New York, suivez notre guide des stores les plus concepts.



Quelques portants, des étagères, deux cabines d'essayage, une caisse ... Apparemment, ça ne suffit plus pour vendre. Aujourd'hui, de New York à Tokyo en passant par la France, un vent de créativité folle souffle sur les magasins. Métamorphosés, travestis, parfois même totalement décalés, ils rivalisent d'idées ingénieuses, comme si les marques ne savaient plus quoi inventer pour appâter le chaland. Les raisons de ce déchaînement de nouveaux concepts ? Lassitude de la surconsommation, déploiement de l'achat sur Internet, mouvement des alterconsommateurs (locavores, décroissants, écolos ...) et, bien entendu, éclatement de la crise financière : ces dernières années, le fabuleux monde du commerce s'est pris quelques coups dans le marketing. Et, face à des clients désenchantés, a du amorcer un tournant original. On pourrait croire que seules les marques de luxe sont touchées, et les foules lambdas non concernées. Erreur ! C'est d'ailleurs là que ça devient intéressant : toutes les structures semblent contaminées, y compris celles à taille humaine. Parfois, c'est très malin, et rafraîchissant de créativité dans le monde sclérosé du shopping. D'autre fois … moins. Dans tous les cas, c'est la nouvelle ruée vers l'or (de nos cartes bleues), et l'on ne s'y trompe pas : artistiques, humanitaires, fun ou théâtrales, ces boutiques-là n'oublient pas leur but premier. Créer le buzz oui, mais pour vendre envers et contre tout. Inventaire zinzin des boutiques du futur.


◊ LA BOUTIQUE-BUS
Et si les boutiques s'inspiraient des camions à pizza ? Mobiles pour encore mieux nous attraper, les marques peuvent désormais carrément venir nous chercher là où nous sommes. Puma l'a bien compris et s'est lancé dans l'aventure avec sa "Puma Mobile Unit", un magasin en tôle ondulée rouge transportable au gré des événements, soirées V.I.P ou ... près des magasins d'autres marques de sport. Nike a carrément créé son van, tandis qu'à New York, la marque colorée Uniqlo promène ses containers mobiles. En Angleterre, c'est le London Fashion Bus qui affole les modeuses, avec son showroom de jeunes créateurs sur roues - cabine d'essayage et sound system inclus. Plus besoin de GPS pour localiser sa boutique préférée.


◊ LA BOUTIQUE-MAISON
Comme quelques boites de nuit et restaurants branchés, certaines boutiques peuvent aussi tenter l'option cocooning, habilement déguisées en appartements. A Londres, on peut buller tranquille avec un café dans un lieu charmant appelé "Not Another Phone Shop" (littéralement : "Pas un autre magasin de téléphone"), sans qu'aucune enseigne ni affiche promo ne nous apprenne qu'on est ici ... chez Orange. Pas de guichet non plus, mais, tiens, on peut y essayer des téléphones, recharger le sien ou discuter avec des employés pédagogues. A Tokyo, les joggeurs du bitume peuvent aller se doucher gratuitement à ... l'Asics Running Store, magasin de la marque de sport. Ce qui permet de jeter un oeil, au passage, aux jolies tenues qui trônent dans les allées menant aux salles de bains. Dans le genre home sweet home, le couturier Dirk Bikkembergs a fait encore plus fort : à Milan, sa nouvelle boutique est conçue comme une maison, et le joueur de foot Andrea Vasa y vit pour de vrai. On peut le voir se laver, dormir, et arpenter son petit espace dans ses beaux vêtements siglés. On vous rassure, parfois, il a le droit de fermer le rideau pour s'isoler.


◊ LA BOUTIQUE-JEU
Mais pour toucher le consommateur, les marques peuvent aussi réveiller le grand enfant qui est en lui. Castelbajac le sait, et aime parsemer ses boutiques d'aires de jeu avec des gros nounours. Pour buzzer au maximum, les boutiques aiment également nous inviter à une partie de cache-cache, en multipliant les "pop-up stores", ces magasins éphémères qui apparaissent et disparaissent pour mieux se faire désirer : Comme des Garçons (dans plusieurs pays), Nike à New York, Vuitton ou Cool Cats à Los Angeles, Azzaro à Londres ... Et cette fois, la France n'est pas en reste : Cacharel et sa capsule Liberty, Uniqlo, Thierry Mugler, Colette mais aussi Prada (place Beauvau jusqu'à la fin de l'année) jouent avec l'éphémère. Funky, et efficace.


◊ LA BOUTIQUE-NIGHT
Et pour ceux qui préfèrent jouer à des jeux plus adultes ? Pas de problème : les boutiques peuvent aussi se looker comme des bistrots ou des boites de nuits. Si Paul Smith a osé poser ses élégantes pièces dans un vieux café-charbon de la rue de Grenelle à Paris (non, pas un bar élégant, plutôt un bougnat charmant mais cracra), Abercrombie la joue nightclub à New York City - avec musique à fond et éphèbes torse nu. Un concept également apprécié des Japonais à la Diesel Denim Gallery de Tokyo, pointue et arty. Enfin, pour les fashionistas qui préfèrent shopper après une virée en (vraie) boîte, le Dover Street Market de Londres ouvre à partir de minuit ses étages blindés de marques ultra branchées. Il n'y a plus d'heure pour en manger.


◊ LA BOUTIQUE-MUSEE
Expos, happenings, art contemporain ... Je ne fais pas du shopping, je me cultive ! Floutant la frontière entre art et consommation, aujourd'hui, nombreuses sont les boutiques qui poussent un peu leurs portants pour exposer quelques oeuvres, à l'instar de Liberty à Londres ou Hermès à Paris. Décors grandioses en marbre (la boutique Alaïa à Paris), ouvertures exceptionnelles de lieux mythiques (l'appartement Chanel pour le lancement de Mademoiselle), l'art et l'histoire font leur entrée dans les shops, et les modeuses peuvent même aller shopper au musée, comme le leur a déjà proposé Louis Vuitton avec son mini pop-up store situé au coeur d'une exposition du Musée d'Art Contemporain de Los Angeles. Oui, ça va loin.


◊ LA BOUTIQUE-LABO
Autre concept ingénieux du XXI° siècle, ces magasins où le client peut tout essayer, juger, voire créer. Un rôle amusant, mais aussi valorisant, que proposent notamment le Sample Lab de Tokyo, où les consommateurs, moyennant un mini forfait (7 € par an), peuvent jouer avec les produits (cosmétiques, aliments, high-tech...), les essayer chez eux et donner leur avis ; mais aussi le Nike ID Studio (Londres, New York) où l’on peut carrément créer sa propre paire de baskets unique et personnalisée. Le client est roi.


◊ LA BOUTIQUE-ONG
Dernière idée des nouveaux temples de la conso, l'orientation humanitaire ou écolo. Histoire de mettre en sourdine le côté super-conso, et coller au plus près de la tendance altruiste qui secoue le début du nouveau millénaire. On pense à Merci bien sûr, l'immense concept-store trendy qui reverse ses dividendes à des associations humanitaires (Paris), mais aussi à certaines initiatives malines plus ciblées, comme APC, qui recycle votre ancien jean contre une ristourne de 50% sur le nouvel achat, ou Patagonia, la marque de vêtements outdoor pionnière dans le recyclage de vêtements et de canettes. A Londres, c'est Eco-Age qui surfe sur la tendance green, avec une jolie boutique alimentée aux panneaux solaires, rassemblant le best-of de la mode, la déco et la beauté environment-friendly. Crise ou pas, qu’on se rassure : le commerce a apparemment encore de beaux jours devant lui …


L'AVIS DE L'EXPERT
Vincent Grégoire, Directeur du département art de vivre de l’agence de style Nelly Rodi.

Pourquoi ces nouveaux concepts de boutiques ?
Les marques sont arrivées au bout d'un tunnel, et ces derniers temps, tout le commerce (discount comme haut de gamme) a été très chahuté. Le surmarketing a lassé, manquant singulièrement d'émotion et de création. La crise a été la goutte d'eau qui a fait déborder le vase, et il a fallu réinventer la suite. Les consommateurs ont toujours envie d'acheter, mais ils ont mûri : plus responsables, plus demandeurs, ce sont eux qui font la loi désormais, et les commerçants s’alignent. C'est une bonne chose.

La France semble un peu en retard sur le sujet, pourquoi ?
Ce sont surtout les pays anglosaxons et asiatiques (Etats-Unis, Angleterre, Japon, Hong-Kong) qui aiment tester de nouveaux concepts spectaculaires. Ici, on est un peu plus timide, voire brouillon. Mais les exemples commencent à se multiplier, on y vient !

Quel type de commerce est concerné ?
Le monde du luxe s'essouffle, devenant trop prétentieux, arrogant et vide de sens. Ca manque de fond et de magie. Moi, ce qui me bluffe, ce sont toutes les entrées de gamme, les commerces de proximité, qui préfigurent une nouvelle notion de service. L'ami Jean, restaurant de chef à prix abordable, ou Daily Monop, en sont de bons exemples ; tout comme Muji avec ses boutiques adaptées aux lieux de vente (des articles de voyage dans un magasin situé dans une gare, par exemple). Mais il y a aussi ces petites boutiques qui organisent un dépôt-vente à l'intérieur de leur circuit, misent sur les relations humaines, les mouvements participatifs ... Avec la situation d'aujourd'hui, il faut être mercenaire et lancer des idées. Ca risque de vraiment bouger à la fin de l'année.





MARIE CLAIRE


Et si végétarien,
c'était bien ...?


 Août 2009



Mangeurs d'algues, baba-cools extrémistes ... les pires clichés collent à la peau des non-carnivores. Ouf, notre journaliste végétarienne tord le cou aux poncifs et l'affirme : les veggies sont nos amis. La preuve par cinq.
Illustrations Marie Perron.





CLICHÉ N°1 : LE VEGGIE PRÉFÈRE LES ANIMAUX AUX PETITS ETHIOPIENS
Certains voient les anti-viandes comme des farouches amis des animaux, hostiles au sort des poulets en batterie, des oies gavées à Noël et autres cochons égorgés à l'aube. L'Homo Vegetariens s'entend donc parfois dire : "A lieu de protéger les animaux, tu ferais mieux de t'intéresser aux enfants qui crèvent de faim". Et bien justement, il s’y intéresse. D'une part, parce que si on réduisait tous notre consommation de viande, il y aurait plus à manger sur terre pour l'humanité. En effet, un boeuf fournit 200 kg de viande, soit 1 500 repas. Or, les céréales qu'il a mangées auraient pu produire  … au moins 10 fois plus de repas. Plus du tiers des céréales produites dans le monde (et plus particulièrement le Tiers Monde) sert à nourrir le bétail des nations riches. Mais ce n'est pas tout. Les veggies pensent également au sort de toute l'humanité en protégeant la planète sur laquelle elle vit. Car mauvaise nouvelle, la viande est anti-écolo : produire un kilo de bœuf ou de veau engendre de 25 à 75 fois plus d'émissions de gaz à effet de serre et nécessite près de 50 fois plus d'eau potable que produire un kilo de fruits, légumes, céréales ou soja. Comme quoi, le veggie s'inquiète tout autant du bien des êtres humains que de celui des bestioles ... C'est également ce que pensaient Kant, Léonard de Vinci ou Albert Einstein. Des hommes pas exactement réputés pour leur ignorance, donc.


CLICHÉ N°2 : LE VEGGIE N'EST PAS TRÈS SOCIABLE
C'est bien connu, le végétarien embête tout le monde. Au resto, il réclame au serveur un boeuf bourguignon sans boeuf, et aux dîners entre amis, il apporte son propre doggy-bag avec tofu intégré - tout en traitant les convives de nécrophiles. D'ailleurs, on le soupçonne de honnir l'alcool, rejeter la société de consommation et passer ses soirées à militer pour le sort du faisan sauvage de Nouvelle-Ecosse, tout en agitant une crécelle biodégradable sur fond de chants sectaires. Comment dire. Il se trouve que l'Homo Vegetariens est un bon vivant comme les autres, justement très amoureux de la bouffe, et qu'il peut même être sympathique et ouvert. Personnellement, je suis ultra gourmande, méga fêtarde, plutôt très sociable, et rentrer dans les ordres du végétarisme n'a pas changé grand-chose à cet état de fait. Dans la plupart des restaurants, de l'italien au chinois en passant par le français ou le marocain, on trouve des plats sans viande sans avoir à déranger le chef, ni coller la honte au chéri qui nous accompagne. Et en soirée chez les copains, il suffit de se venger un peu sur le fromage. Bref, la vie sociale n'est pas si difficile pour le veggie moyen, et, dieu merci, le vin se fabrique avec des fruits.


CLICHÉ N°3 : LE VEGGIE MANGE DES ALGUES (VOIRE LE POISSON QUI VA AVEC)
Plus complexe que le nombre d'or, plus changeante que l'idéal socialiste, la définition du végétarisme varie gaiement d'un individu à l'autre, pouvant signifier à peu près tout et n'importe quoi. Quand j'avoue être végétarienne, on me demande avec humour si je ne me nourris que de persil, mais on s'étonne si j'affirme ne pas manger de saumon. Les clichés circulant sur l'Homo Vegetariens désignent généralement un baba-cool moyennement propre, se sustentant exclusivement de racines crues, amoureux des bébés veaux qu'il considère comme ses frères. La réalité est, dieu merci, un peu plus simple. Pour faire court, être "VG", c'est tout simplement ne pas manger de chair animale. Et par "chair animale", il faut entendre boeuf, poulet, porc, mais aussi poisson et crustacés (et oui). On a donc droit aux fruits et légumes évidemment, mais aussi aux céréales, légumineuses, sacro-saint soja (et autres tofus aux saveurs variées), oeufs*, fromage, yaourts, lait, beurre ... En revanche, le végétalien, dit aussi "vegan", rejette tout produit issu des animaux. C'est-à-dire oeufs, laitages, mais aussi miel (rapport à "l'exploitation" des abeilles), et vêtements en fourrure, cuir ou cachemire. Chacun son truc.



CLICHÉ N°4 : LE VEGGIE EST ANTI-SEXY
Pauvre végétarien. L'oeil éteint, le poil terne, un bout de salade coincé entre les dents, vêtu de chanvre tressé, il est forcément bizarre et anti-sensuel au possible. Le non-carnivore est même fortement soupçonné de ne pas aimer la vie, puisqu'il ne mord pas la chair à pleines dents - on en vient d’ailleurs à se demander s’il pratique le sexe, tant la viande le dégoûte. Et puis, forcément anémié (voir paragraphe suivant), à la limite de l'anorexie, il ne fait pas très envie. Hum. Pensons un instant à Madonna, Penelope Cruz, Joaquin Phoenix, Natalie Portman, Brad Pitt, Gwyneth Paltrow, David Duchovny, Nathalie Baye, Anthony Kiedis (le chanteur bombasse des Red Hot Chili Peppers), Reese Witherspoon ... Ce sont des végétariens convaincus, et "fade" ou "anti-sexy" ne sont pas exactement les termes qui les caractérisent le mieux. Peut-être parce que sans viande, le corps est sain, le mental au top, la peau claire et le poids allégé ? Voire, que le refus de chair animale implique au contraire une véritable passion pour la chair humaine, à dévorer goulûment lors de nuits agitées ? De là à penser que "veggie = super hot", il y a un pas subjectif que nous ne franchirons pas, bien sûr.


CLICHÉ N°5 : LE VEGGIE EST ULTRA CARENCÉ, LE PAUVRE
Voilà peut-être ce que le VG néophyte entend le plus lorsqu'il fait son coming-out : "Tu es fou, le corps humain a BESOIN de viande". Vraiment ? Pourtant, les professionnels de la santé sont formels : les régimes végétariens sont parfaitement équilibrés pour le corps humain. Mieux, le système digestif de l'homme, tout comme ses dents, sont plus naturellement adaptés à une alimentation herbivore que carnivore (... ça vous épate, hein ?). Et les veggies ont, selon différentes études, beaucoup moins de problèmes de cholestérol, maladies cardiovasculaires, cancers (merci aux graisses saturées) ou obésité, que leurs amis amateurs de viande rouge. Viande qui, au passage, accumule pesticides, métaux lourds et autres joyeusetés chimiques provenant des aliments destinés aux animaux. Et où les veggies se ravitaillent-ils en protéines, fer, calcium ? Heureusement, ces nutriments indispensables ne se trouvent pas que dans la bidoche, et il suffit de se renseigner un peu pour s'y retrouver et composer ses menus. Très vite, nos papilles nous guident direct sans GPS vers ce dont nous avons naturellement besoin. Alors, pas d’inquiétude, amis carnivores : en plus d’être sympathiques, sexy en diable, sociables et altruistes, nous autres végétariens ne manquons de rien. Sauf peut-être d’un peu de tolérance de votre part … Promis, on en fera de même pour vous. •

* De préférence bio, afin de favoriser de meilleures conditions d'élevage pour les poules pondeuses.



ENCADRE 1 : QUESTIONS A ANDRE MERY, PRESIDENT DE L'ASSOCIATION VEGETARIENNE DE FRANCE(1)

1/ Le végétarisme progresse-t-il en France ?
Il y a indéniablement une sensibilité qui progresse, puisque l’information est de plus en plus diffusée, et que de plus en plus de gens adoptent des « tendances » végétariennes. Ainsi, une personne qui fait un repas sur deux sans viande ne sera pas comptée comme végétarienne ; pourtant, d’un point de vue logique, deux personnes comme elle sont bien équivalentes à un végétarien à plein temps, si l’on s’en tient à l’impact sur les animaux d’élevage et la planète !

2/ Du point de vue de la santé, que disent les médecins du régime végétarien ?
Aux États-Unis, cela fait plus de vingt ans que l’association américaine des diététiciens a officiellement déclaré que : « les régimes végétariens bien conçus sont bons pour la santé, adéquats au plan nutritionnel, et bénéfiques pour la prévention et le traitement de maladies spécifiques. » Bizarrement, la France retarde, mais ça commence à bouger. Nous avons même depuis peu une association(2) de médecins et diététiciens végétariens en France !

3/ Quel est le but de votre association ?
Notre but est d’informer, via le site web et une revue trimestrielle. D’abord sur la santé (textes officiels référencés et traduits, conseils pour l’équilibre …), mais aussi sur les conséquences désastreuses de l’alimentation carnée sur l’environnement, les relations internationales et la malnutrition dont souffrent encore plus de 800 millions de personnes. Nous oeuvrons également pour que l’animal soit reconnu comme un sujet de droits (à la vie, à la liberté, au bien-être et au respect).

4/ Quelles sont les principales motivations des végétariens ?
Chacun se construit une motivation personnalisée, mais en gros, je dirais qu’on peut les compter sur les doigts d’une main : la santé, l’environnement, les humains, les animaux, l’âme (pour certains). Tout ceci aboutit à une belle cohérence : ça déborde de l’assiette, ça devient un projet de vie, une conception du monde… Aïe, ça vous fait peur ? Il ne faut pas. Tout l’intérêt du végétarisme est là : vous remplacez un steak par un tofu ? Que vous le vouliez ou non, vous soulagez l’atmosphère, libérez de la terre pour nourrir quelqu’un d’autre, diminuez les dépenses de santé, épargnez des animaux, économisez des céréales, gaspillez moins d’eau, etc. En définitive, que vous soyez plus motivés par un argument qu’un autre est secondaire : l’essentiel est de laisser parler sa sensibilité.

(1) www.vegetarisme.fr (2) www.alimentation-responsable.com


ENCADRE 2 : LE KIT DU VEGGIE DEBUTANT

Le trip VG vous tente ? Tous les trucs pour démarrer du bon pied.
- La bible : « Le végétarien sans peine » de Gabriel Bertaud (éd. Presses Du Châtelet). Clair, complet et ultra drôle, ce livre est absolument indispensable au veggie néophyte. Abordant tous les aspects de ce mode de vie avec une bonne dose d’humour, il se lit comme un roman et fait du bien sur tous les plans.
- Le site : Celui de l’Association Végétarienne de France. On y trouve toutes les infos possibles sur le sujet, ainsi que des forums, des recettes, des bonnes adresses et un « Kit des végétariens débutants ». www.vegetarisme.fr
- Les restos : Le « Guide des restaurants et des tables d'hôtes et/ou végétariens de France », des éditions La Plage, est régulièrement mis à jour. Utile pour les sorties ! De bonnes adresses aussi sur www.mangez-vegetarien.com
- Les recettes : Vous trouverez des milliers d’idées recettes sur Internet, et il existe pas mal de livres sur le sujet. On vous recommande surtout l’excellent « Ma cuisine végétarienne pour tous les jours », de Garance Leureux (éd. La Plage), testé et approuvé.
- La musique : Pour vous sentir veggie en chansons, rien de mieux qu’écouter les œuvres des musicos VG. Les Beatles, Leonard Cohen, Bob Dylan, Moby, PJ Harvey, Radiohead, Red Hot Chili Peppers, Coldplay … Apparemment, les non-carnivores font plutôt du bon son !


MARIE CLAIRE

Adieu Bling-bling !

Juillet 2009





Fallait s’en douter, avec la crise, on allait faire plus simple, moins tape- à-l’œil. Un retour aux sources qui, du mojito à la déco, s’impose comme la valeur classe 2009. Pour vivre vrai, suivez les nouveaux codes.
Par Elise Gruson-Godet et Caroline Rochet, avec Christine Lerche et Virginie Seguin.







L’AVIS DE L’EXPERT / DOMINIQUE LOREAU
«Vivre avec moins peut être une source de légèreté»
Marie Claire: Pensez-vous que la surconsommation a fait son temps?
Dominique Loreau*: Je ne pense pas que les mentalités changent aussi radicalement. Les gens, malheureu-
sement, n’ont marre ni du bling-bling, ni de la surabondance. Ils sont tout simplement acculés à y renoncer.
Mais s’ils comprennent, par cette période de crise «imposée», que vivre avec moins peut être une source
de légèreté et une nouvelle forme d’esthétique née de la retenue et de la sobriété, la crise aura eu du bon.
Vous dites souvent que trier, c’est laisser plus de place à ce que l’on aime vraiment...
Faire du tri, c’est faire des choix. Fréquenter moins de monde, avoir plus de temps pour tout simplement ne rien faire ou se «poser» afin de prendre conscience de la chance que nous avons de vivre, d’avoir des amis, de la nourriture, un toit... Il ne suffit pas d’avoir des plaisirs, il faut savoir les reconnaître! N’est-ce pas cela le bonheur?
A votre avis, ce phénomène va-t-il durer?
Je ne suis ni voyante ni engagée dans la politique. Je crois plutôt à la conscience personnelle. Plus
que la crise, c’est l’ampleur que la technologie prend dans nos vies qui m’effraie. Que deviendra-t-on lorsqu’on n’aura même plus à aller faire son marché pour se procurer des pommes? L’écolo- gie, ce n’est pas seulement protéger la planète. C’est aussi, et peut-être même surtout, veiller à ne pas perdre notre humanité, nos rêves, notre condition d’êtres infiniment plus intelligents et sensibles qu’un ordinateur ou un robot!
(*) Auteure de «L’art de la simplicité», best-seller mondial remettant en cause la société de consommation (éd. Marabout, 5,90€).



L’AVIS DE L’EXPERT / VINCENT GRÉGOIRE
«On cherche un nouveau zen, plus humain»
Marie Claire: Quoi de neuf côté mode et déco?
Vincent Grégoire*:D’une manière générale, on se tourne vers des tonalités neutres: du beige, du gris... Rien de radical: un canapé orange, un tail- leur rose pétard, c’est joli, c’est marrant, ça «fait du bien»... mais on n’irait pas le mettre chez soi non plus. Il y a une certaine méfiance face à l’excès. On cherche un nouveau zen plus humain, avec une grande qualité.
La tendance est-elle à la non-conso?
Je ne dirais pas cela. Bien sûr, la crise a un impact sur les gens: ils veulent consommer différemment et se posent davantage de questions («D’où cet objet vient-il?» «En ai-je vraiment besoin?», etc.). Même les people se calment sur l’os- tentation. Mais attention: nous restons, quoi qu’il arrive, dans une société de consommation, de consolation...
Mais chez les riches, il y a quand même un ras-le-bol du bling-bling?
Le bling-bling n’est pas parti, il a juste changé de visage. On voit l’émergence de deux tendances: celle du «faux pauvre», minimaliste, neutre, qui retourne aux essentiels chics, aux matières brutes de grande qualité; et celle du dandy surréaliste, qui reste dans l’ostentation mais avec moins d’arrogance, dans un esprit drôle et décalé. Dans l’un comme dans l’autre, il reste de l’excès, de la frime, du show. Il y en aura toujours.
Alors, au fond, la crise change quoi?
A chaque crise, il y a un avant et un après, de nouvelles habitudes, de nouveaux réflexes qui resteront. Economie, écologie, finances: on va de toute façon devoir tout remettre en question, et les gens l’ont compris. C’est une bonne chose!
(*) Directeur du département art de vivre de l’agence de style Nelly Rodi (www.nellyrodi.fr).


On se pschitte à l’eau de source
Chez les parfumeurs, on est tous d’accord: 2009 est l’année du retour en force des eaux fraîches et de la sacro-sainte Cologne! Simple, conviviale, tradi, l’eau sent-bon de nos grands-mères fait un come-back remarqué chez Dior (Escale à Pondichéry), Diptyque et, bien sûr, Prada avec son Infusion d’Iris qui cartonne depuis quelques mois. A adopter aussi: le dernier-né de Zadig & Voltaire, «La Pureté», dont le design est une ode à l’anti-bling-bling.

On se branche nature
Même l’hypissime «Technikart» s’est mis à l’heure du naturel, avec ce numéro spécial distribué lors de la dernière fashion week.


L’AVIS DE L’EXPERT / CLEMENT CHOVIN
«Du régressif plein la pub»
Marie Claire: Comment la crise a transformé la pub?
Clément Chovin*: D’abord par une économie de moyens... En période de crise, les marques évitent les
superproductions à trois millions d’euros tournées à l’autre bout du monde... Les mises en scène sont plus réalistes, on veut de l’humain à l’état brut. Côté discours, on se concentre non sur la marque mais sur son utilité. La Société Générale, par exemple, vient d’opter pour une stratégie rappelant sa fonction «service de proximité»: pour la dernière campagne, on est allé voir de vrais clients, prêts à raconter comment leur
banque les a aidés, et un photographe de reportage les a shootés sans stylisme ni maquillage. Ça change.
Quelles sont les valeurs qui marchent?
En temps de crise, on cherche toujours des valeurs refuges, rassurantes, émotionnelles... Il y a un retour du régressif aussi –on pense au succès de Petit Bateau ou de Bonne Maman. Ces derniers mois, à New York, le secteur qui a le plus grimpé est celui de la petite confiserie et du chocolat! Enfin, bien sûr, tout ce qui est simple cartonne: Pepsi et son modèle «Raw» (brut), au design épuré et à la formule plus nature; American Apparel avec ses modèles basiques et ses pubs «girl next door»... Mais attention, si la publicité a longtemps fait des promesses galvaudées sur le «goût des choses simples» (comme Herta et ses saucisses industrielles sous vide), aujourd’hui le consommateur n’est plus dupe: il attend des faits, des preuves. A nous de les lui donner.
(*) Directeur général adjoint de l’agence Saatchi & Saatchi.


On épure comme Beyoncé
Avant, la diva à paillettes ne sortait jamais sans sa quincaillerie porta-
tive.Et maintenant, fraîche et virginale, miss Knowles a intégré les nouveaux codes fashion. Attention, quelques strass sont restées collées sur ses stilettos...

On invite sans chichis
Déco
Eté 2008 - Concours de vaisselle hype, coupes en cristal et sautoirs de perlouses dorées sur 8km enroulés-jetés sur la table, le salon était sobre comme un sa- pin de Noël américain.
Eté 2009 - Dîner dans la cuisine, sur des sets et dans de la vaisselle en plastique.
Sur la table ou le bar, un bouquet de fleurs du jardin dans un pichet flashy.
Ambiance
Eté 2008 - On accueillait les copains avec Amy Winehouse (grand exemple de so-
briété). Puis, une fois sous vodka-trip, on sautillait sur Rihanna et Beyoncé, dont les tenues et les bijoux braillaient plus fort que leurs choristes.
Eté 2009 - On privilégie des chanteurs «frais»,comme l’adorable Québécoise
Cœur de Pirate puis, une fois la soirée lancée, on balance «Ça m’énerve» d’Helmut Fritz, qui fustige la passion du luxe avec un certain à-propos.
Apéro
Eté 2008 - On ruinait chez le traiteur, parce que c’était trop bon (et qu’on n’avait pas le temps de les faire nous-mêmes). Quant au rosé, on le choisissait à bulles, pour faire plus classe.
Eté 2009 - On oublie les bulles (c’est sur- fait), because vive le vin bio. Et on ne jure plus que par les produits bruts, d’une qualité de psychopathe étoilé: saucisson Conquet, burrata de la Coopérative Ita-
lienne, Mont-d’Or Hervé Mons... Résultat: ça coûte encore plus cher qu’avant, mais «ça fait vivre les petits producteurs».
Dîner
Eté 2008 - On pensait que plus notre plat était compliqué, plus on aurait assuré grave dans un «Vis ma vie» avec le chef Eric Fréchon.
Eté 2009 - On préfère le plat ultra-simple mais bien fait, comme un bœuf-carottes de compèt, autrement plus classieux qu’un plat cosmique nécessitant GPS et dico. D’ailleurs, Michelle Obama a récemment déclaré que les frites étaient son plat préféré.

On refait l’amour!
La crise,un retour aux vraies valeurs? Oui,et au lit
aussi! Depuis la fin de l’année dernière,les Français font plus l’amour (1),les Anglais citent le sexe
comme passe-temps favori (2), et les ventes de préservatifs et de sex-toys cartonnent.Allez hop, on pose tout de suite ce magazine et on suit la tendance.Un plaisir qui ne coûte rien.
1. Sondage Flagrants Délices. 2. Sondage YouGov.


On frime avec une anti-Rolex
«Si à 50 ans,on n’a pas une Rolex,c’est quand même qu’on a raté sa vie.» La phrase de Jacques Séguéla
a fait couler beaucoup d’encre,et l’intéressé lui-même a reconnu «avoir dit une immense connerie».Pas bégueule,le collectif Sauvons les Riches* lui a offert une montre Casio premier prix.Une idée à piquer: son look eighties et anti-bling la rend absolument cultissime.
(*) http://sauvonslesriches.fr.


L’AVIS DE L’EXPERT / ALEXANDRE CAMMAS
«La bouffe revit Mai 1968»
Marie Claire: Le retour aux basiques, une mode française ou générale?
Alexandre Cammas*: Générale! En ce moment, le maître
mot, c’est «frugality». Le monde change, on effectue tous un retour aux sens, au nécessaire, à l’utile. C’est fini l’époque «empire romain» où il fallait douze cuistots pour fabriquer un entremets... Idem pour la cuisine «labo» et les plats si compliqués qu’ils deviennent illisibles dans l’assiette. A Brooklyn, il y a un nouveau mouvement alimentaire très fort, une sorte de Mai 68 de la bouffe: marchés verts, restaurants bio et authentiques...
Qu’en pense le Fooding?
On est ravis! Rendre enfin leurs lettres de noblesse à des produits simples, bruts mais délicieux, c’est justement l’idée de base du Fooding. Il vaut mieux une bonne boîte qu’un mauvais cuisinier, et on teste aussi bien le meilleur chef de Paris que la meilleure pizza à domicile (plat récemment redevenu «noble»). On aime qu’un cuisinier fasse du très bon avec n’importe quelle matière première.
Et chez les grands chefs?
Il existe un mouvement de chefs malins, qui utilisent des ingrédients basiques et «cheap» (comme le chou) afin de pouvoir proposer des plats sublimes et créatifs sans ruiner les
clients. Il n’y a pas que la truffe dans la bonne gastronomie!
(*) Cofondateur du mouvement Fooding (www.lefooding.com).


On paie le juste prix
Payer le prix qu’on estime juste pour un bouquin, un CD, un resto ou une nuit d’hôtel? C’est possible.
Lancé en 2007 par le groupe britannique Radiohead, le concept d’acheter un album sur Internet au prix que l’on veut a fait des petits. Un hôtel (Singapour), des restaurants (Londres, Montréal, Marseille...), un éditeur (Faber & Faber), et même un site de ventes privées (BrandAlley), certains se sont rués sur cet intelligent levier marketing, d’ailleurs rentable: l’offre étant alléchante, elle attire beaucoup plus de clients qu’un prix «normal». Clients qui, plutôt que de profiter de la situation, semblent donner des sommes très correctes. Peut-être parce qu’après des années de grand n’importe quoi, où les prix n’avaient plus aucun sens, on se ré- approprie enfin l’acte d’achat? Jouer en vrai au «Juste prix», ça fait prendre conscience de la valeur des cho-
ses et nous redonne le pouvoir d’acteurs responsables dans le système
économique. A méditer.



MARIE CLAIRE


Basta la crise

  Mai 2009


La résistance s'organise. Bons plans, ristournes, troc, on multiplie les astuces pour consommer mieux en dépensant moins. La radinerie serait-elle devenue tendance ? Analyse d'un phénomène et bonnes combines.


"RADIN, -INE, adj. Fam., pop. Qui lésine sur la dépense, avare." Autrefois péjoratif, voilà un terme qui pourrait bien gagner quelques lettres de noblesse. Crise financière oblige, les mentalités changent, les habitudes aussi. On a connu une époque bling-bling, toute d'or et de billets verts vêtue, où traquer le luxe était le nec plus ultra de la classe. Aujourd'hui, le vent a tourné. Ecoeurés par l'ostentation, fatigués par l'hyperconsommation, acculés par la baisse de leur fameux pouvoir d'achat, les Français changent leur fusil d'épaule. Et rivalisent d'imagination pour dépenser moins, avec plaisir.


EN QUOI C'EST NOUVEAU ?
L'Avare de Molière ne faisait pas envie. Aigri, calculateur, rigide, il accumulait des richesses pour en jouir dans son coin, sans même les dépenser. L’économe du XXI° siècle, enfant de la crise mais aussi de la surconsommation, a un tout autre profil : hédoniste, positif, il jouit de ses dépenses tant qu'elles sont intelligentes. Paradoxal ? « Le consommateur est un être humain qui a toujours besoin de plaisir, explique Danielle Rapoport, psychosociologue spécialisée dans les évolutions des modes de vie et de la consommation(2). Il arbitre ses choix en fonction de ses besoins, mais aussi de ses désirs, qui correspondent aujourd’hui à des achats astucieux, débrouillards, où il ne subit pas mais agit. » A noter, ce « radin 2009 » appartient à presque toutes les couches de la société (extrêmes exceptées). Les moins riches, qui ont toujours fait attention au porte-monnaie, se voient rejoints par les classe moyennes, alertées, et parfois même les plus nantis, devenus méfiants : dans la danse de la débrouille, tous les salaires valsent en choeur. Et si avant, être grippe-sou malgré un revenu confortable était assez mal vu, aujourd'hui, c'est naturel, voire valorisé. Ou comment Picsou est devenu un génie. "Le radin-rat, qui ne dépense jamais rien, et le radin-crétin, qui achète n'importe quoi sous prétexte que c'est en promo, laissent place au radin-malin, qui sait séparer le bon grain de l'ivraie, prend le contrôle de son porte-monnaie et augmente son pouvoir d'achat en dépensant mieux", explique Michel Droulhiole, journaliste et auteur du "Dico-Guide du Radin Malin"(1).


LOW-CONSOMMATEURS : DÉPENSER MOINS EN CONSOMMANT MIEUX
Mais attention, si l’économie est devenu un sport universel, tous les néoconsommateurs ne poursuivent pas le même but. Parmi les résistants à la récession, deux grandes familles se distinguent : ceux qui consomment moins, et ceux qui consomment rusé. Chez les premiers, il existe souvent une prise de conscience environnementale, qui colle très bien aux nouvelles habitudes du porte-monnaie. Locavores (adeptes des produits locaux), décroissants dits aussi "downshifters" (partisans d'une consommation moindre), créatifs culturels (prônant la faible dépendance aux modes de consommation industrialisés, soucieux de l'environnement et centrés sur l'humain), défenseurs du recyclage, des doubles-vitrages ou du covoiturage ... Dans la tribu des "low-consommateurs", économie et écologie vont souvent bien ensemble. « Aujourd’hui, épargner rentre dans la logique du développement durable, et la chasse au gaspillage n’a pas seulement une valeur matérielle », ajoute Danielle Rapoport. La planète souffre, nos finances aussi, et en aidant l'une, on soulage les autres.


RECESSIONISTAS : DÉPENSER MOINS EN CONSOMMANT AUTANT
La deuxième tribu des nouveaux acheteurs, moins portée sur la sauvegarde de la planète, n'a pas renoncé à l'achat et ne rejette pas la société de consommation. Au contraire. Faisant de la chasse aux bonnes affaires une religion, cette frange de la population est à l'affût du moindre bon plan pour garder ses habitudes malgré la crise. C'est le cas des fameuses "recessionistas", les fashionistas de la débrouille qui défraient la chronique dans les pays anglo-saxons. En France, elles cartonnent aussi : des ventes privées sur Internet aux trocs entre copines, des customisations aux marques cheap mais chic, ces dingues de mode économique jubilent quand le vintage redevient à la mode ou que Michelle Obama s'affiche en H&M (voir nos bons plans, encadré 1). Et la hype du low-cost s'étend à tous les domaines. Téléphone, alimentation, automobile, musique, décoration, vacances (nos astuces en encadré 2), tous les moyens sont bons pour se faire plaisir malgré la morosité financière ambiante, et garder un train de vie riche en plaisirs divers. Bien sûr, pour traquer les bons plans, le web a pignon sur rue (voir encadré 3).


LE RÈGNE DU NOUVEAU RADIN VA-T-IL DURER ?
Le livre de Michel Droulhiole est paru en septembre 2008, soit juste avant la crise. Le mouvement de la nouvelle radinerie serait-il né avant le fameux krach ? "C'est une tendance que l'on sentait déjà venir depuis quelques années, confirme l’auteur. En 1968, on était dans le refus de la société, et de la consommation. Aujourd'hui, c'est l'inverse : chacun veut devenir un bon petit gestionnaire. La France, qui a toujours eu un problème avec l'argent (quand on n'en gagne pas, ça ne va pas, quand on en gagne beaucoup, ça ne va pas non plus), est en train de le réapprivoiser." Quant à la pérennisation du mouvement, elle dépendra, bien sûr, de ce que l'économie mondiale nous réserve. Mais pas seulement ! La conscience écologique, qui ne risque pas de s'éteindre dans les années à venir, ainsi que le développement du web, ont tous deux leur rôle à jouer. "La toile, qui  offre aussi bien des produits à vendre, et des possibilités de réduction, que des blogs ou forums de consommateurs avec des échanges permanents et fouillés, laisse penser que la tendance du radin-malin va perdurer", ajoute Michel Droulhiole.


L’UNION FAIT LA FORCE
Ce qui donne un autre aspect plutôt positif aux économes de l'an 9 : la sociabilité. « La crise a favorisé un fort retour du facteur humain, précise Danielle Rapoport. D’abord en rendant la paupérisation visible, ce qui entraîne de la compassion envers ceux qui vont plus mal que nous. Ensuite en rassemblant ceux qui souhaitent s’en sortir, et s’échangent des tuyaux via des espaces consommateurs sur Internet, par exemple. Aux Etats-Unis, la récession a même un effet de rapprochement intergénérationnel, avec le retour des seniors appauvris dans la maison de leurs enfants ou petits-enfants. » Troc de fringues entre bloggeuses, conseils-débats sur les forums du web, ou encore rapprochement entre citadins et ruraux grâce aux réseaux de type AMAP(3) : la débrouille semble en effet passer d’abord par la communication avec l'autre. ou Qu'on se le dise, le nouveau radin est un bon copain.

(1) Ed. Leduc.s, 9 € 90 (2) www.rapoportconseil.com (3)Associations pour le Maintien d'une Agriculture Paysanne, mettant en rapport des agriculteurs avec des citadins pour des paniers de fruits et légumes en direct, rens. http://alliancepec.free.fr

 

ENCADRÉ : BONS PLANS SUR LE WEB

Envie de surfer sur la vague des économies fûtées ? Internet regorge d'astuces en pagaille. Notre sélection.


- Voiture : On n'hésite plus à covoiturer, et pas seulement en temps de grève (www.123envoiture.com, www.covoiturage.fr, www.envoituresimone.com), voire à partager sa place de parking en alternance (www.monsieurparking.com). Une idée maline en plus : faire transporter un colis, même encombrant, à un particulier en voiture, plutôt que d'utiliser la Poste. Moins cher pour l'expéditeur, avantageux pour le transporteur (www.colis-voiturage.fr). Pour connaître le prix de l'essence près de chez soi et trouver la station la plus économe, on fonce sur www.prix-carburants.gouv.fr. Enfin, pour contester un PV, il y a www.aaallopv.com.
- Téléphone : Bien sûr, on ne se lasse pas de Skype, qui permet de téléphoner via Internet partout dans le monde sans dépenser un sou (www.skype.com).
- Musique : Désormais, plus besoin d'acheter un album entier lorsqu'une seule chanson nous plaît, grâce à l'achat à l'unité de l'iTunes Store (logiciel à télécharger gratuitement sur www.apple.com/fr/itunes/download, puis 1 € la chanson environ). Pour ne rien payer du tout, on peut écouter tout ce qu'on veut sur Deezer, gratuit, efficace et légal (www.deezer.com).
- Meubles, objets divers : Pour trouver un canapé ou une lampe à l'oeil, on cherche sur les sites de don, sortes d'eBay gratuits (www.recupe.net, http://donnons.org).
- Sport : Les clubs Moving, dans la France entière, offrent 8 jours d'abonnement gratuit pour tester leurs salles (www.moving.fr) !
- Supermarchés : Pour connaître les promos des hypers, rendez-vous sur www.promoconso.net. Les promotions y sont classées par enseignes et par types de produits.
- Papeterie : Un grand classique des cartes de visite, tampons-encreurs et autres blocs notes personnalisés gratis : le site www.vistaprint.fr. Et pour otenir une cartouche d'encre à imprimante à 0 €, il y a www.inkclub.com.
- Divers : Enfin, pour obtenir des échantillons de produits, gagner de l'argent en surfant sur le web, trouver des bons de réduction et toutes sortes de divers services qui ne coûtent pas un sou, on se balade des heures sur les sites de radins assumés, très fournis (www.radins.com, www.lesradins.com, www.pasuneuro.com, www.blog-generation-debrouille.com), et on feuillette le "Dico-Guide du Radin Malin" de Michel Droulhiole (Ed. Leduc.s, 9 € 90).




MARIE CLAIRE


Mon patron m'a relookée

      Avril 2009
 




Coiffure, make-up, stylisme... Et si votre boss vous offrait un relooking? Les boîtes qui rendent belle, ça n’existe pas que dans le milieu de la mode ou au pays des fantasmes. Ça pourrait même vous arriver. Une chance ou pas?

Photos Grégoire Korganow.


Vous êtes propre et soignée, vous avez l’œil vif et le poil brillant. Vous êtes une fille, donc pas vraiment allergique au coiffeur ou à l’esthéticienne, et vous vous rendez rarement au boulot vêtue d’un jogging soldé sous le premier mandat de Jacques Chirac. Pourtant, un beau matin, stupeur: votre entreprise vous propose gentiment de participer à un atelier de «coaching image», nom politiquement correct du relooking. Vous auraient-ils confondue avec la fille illégitime de Shrek et de Zézette? Non, rassurez-vous: il s’agit seulement d’une coutume anglo-américaine qui atteint la France. Aux Etats-Unis, le concept existe depuis quarante ans. «Aujourd’hui, je dispense des formations en Espagne, en Israël et à Dubaï. Ici, nous sommes un peu à la traîne», souligne Nadine Jalmain, de la société Imag’ence(1). Prendre en main l’image de leurs salariés, c’est la nouvelle marotte des boîtes au top de la hype.


À QUI ON S’ADRESSE?
Autrefois réservé aux politiques et hauts dirigeants, le relooking pro, ou amélioration de l’image par le look et le comportement, concerne désormais hommes, femmes, jeunes, moins jeunes, hauts postes, bas salaires... Tout ce qui touche, en fait, aux métiers à clientèle. Des femmes de chambre aux big managers, des entreprises de bricolage aux avocats, des hauts cadres du bâtiment... aux chômeurs (voir encadré).Les tarifs de ces ateliers oscillent entre 700 et 1800€ pour un groupe de quatre à huit personnes. La bonne nouvelle, c’est que c’est le patron qui paie. Un «cadeau» pris sur un budget spécifique: celui de la formation professionnelle (Opca ou Dif)(2). Donc normalement accessibles à la plupart des entreprises, qui commencent à s’y intéresser de près. La mauvaise nouvelle, c’est que c’est tout de même une atteinte à votre intégrité physique.


PLUS T’ES BEAU, MIEUX TU VENDS
Si l’erreur de look n’est pas une faute professionnelle, l’image est reine: plus de 70% des messages qu’on envoie sont non verbaux, et on est vu avant d’être entendu. Dans notre société où la com, le marketing et leurs amis prennent de plus en plus d’importance, certains patrons, plus malins que pervers, souhaitent donc contrôler ce que dégagent leurs équipes. «J’ai toujours été convaincue de l’importance de l’apparence. Elle est capitale pour que nos employés aient davantage confiance en eux, explique Anne-Françoise Brambach, responsable du recrutement et de la formation dans un grand groupe hôtelier. Et puis, si nous voulons qu’ils chouchoutent nos clients, nous devons les chouchouter aussi!» Purement altruiste, la démarche? Pas seulement, bien sûr: l’entreprise a tout à y gagner. «Aujourd’hui, on sait bien qu’on ne peut pas recevoir un client dans un bureau sale ou mal décoré. Le raisonnement est le même pour le look: l’habit ne fait pas le moine, mais il peut fermer des portes... et des marchés», poursuit François Thibault, de l’agence FTConseil(3). Attention: vous devez non seulement donner envie, mais aussi coller à l’image de la société qui vous emploie. Car on ne représente pas une agence de pub comme un cabinet d’avocats.


UN CONCEPT GAGNANT-GAGNANT
Alors l’entreprise veut-elle nous cloner comme des produits? Doit-on perdre notre identité pour coller à sa charte? Devenir de vulgaires packagings? Hurlement collectif des coachs image: «Bien sûr que non! Même si nous travaillons dans l’esprit de l’entreprise qui les envoie, nous sommes d’abord là pour mettre les gens en valeur, selon leur personnalité et leurs atouts», martèle Aude Roy, formatrice en image professionnelle(4) comptant parmi ses clients Bouygues Telecom, Givenchy ou HEC. Si certains employés sont réticents au début (vexés ou pas convaincus), la plupart sortent de ces ateliers apparemment ravis: «C’est la première fois que quelqu’un me coupe lescheveux comme il faut. Je me sens tellement mieux... Et cette journée entière à s’occuper de soi plutôt qu’être au boulot, ce n’est franchement pas désagréable», reconnaît Marie, réceptionniste au Westin. Mais à part un cours de maquillage récréatif, des idées de fringues et une bonne poilade à regarder nos collègues mâles s’automanucurer, on y gagne quoi? Parfois une occasion de monter en grade: «Une personne peut être très compétente et bardée de diplômes, mais rater un entretien par manque de confiance en soi ou pour cause d’apparence négligée», insiste Corinne Bouet Venutolo, fondatrice de Co Relook’in(5). Sur le sujet «belle apparence =meilleur boulot», Kristof Bruand, conseiller en image(6), va plus loin: «C’est un peu rude de le dire comme ça, mais quelqu’un de mal habillé n’est pas crédible. Mon métier n’est pas de transformer les gens en fashion victims ni de les formater, simplement de les valoriser.» Charitable, il ajoute: «Ce qui leur fait aussi du bien dans leur vie personnelle...» Reste que tout le monde n’a pas forcément envie d’être décortiqué par le regard impitoyable d’un conseiller en image. Question de personnalité, de goût et d’identité. Alors c’est obligatoire? «Bien sûr que non! Dans la charte de déonto- logie de l’Association française de l’image personnelle et professionnelle (Afipp), explique Aude Roy, on s’engage à valider la demande de la personne elle-même lors de la première consultation.» Même son de cloche chez Anne-Françoise Brambach et son groupe hôtelier: «Les salariés ont entièrement le droit de refuser une formation, mais le cas ne se pose pas dans notre entreprise, puisque le “relooking” se fait uniquement dans le cadre du Dif, en formation. Ce sont eux qui s’inscrivent.» Attention, ce n’est pas le cas partout: chez Westin (voir «On a testé pour vous»),les filles de l’accueil sont obligées de s’y coller. Idem pour les sociétés avec lesquelles travaille Kristof Bruand: «Quand les formations sont prises en charges par l’employeur, les salariés doivent être présents. J’ai déjà eu des absents pour cause de maladie... Je ne sais pas si c’était vrai ou pas.» Au pire, si ça vous arrive, rappelez-vous que rien ne vous empêche d’y aller sans vous laisser transformer. Et profitez simplement de tous ces conseils beauté offerts par Big Boss. ■

1.www.imagence-relooking.com. 2.Opca: organismes paritaires
collecteurs agréés. Dif: droit individuel à la formation.
3.www.ftconseil.com. 4.www.auderoy.com. 5.www.co-relooking.com.
6.www.kristofbruand.com.



ON A TESTÉ POUR VOUS : LA JOURNÉE QUI REND (ENCORE) PLUS BELLE

Elles arrivent l’une après l’autre, silencieuses, intimidées, limite terrorisées. Marie, Jennifer, Lucille, Diana, Victoria et Marie-Charlotte sont réceptionniste, apprenties, agent d’accueil ou commis de restauration à l’hôtel Westin. Elles sont là pour une «journée beauté» et ne savent pas très bien ce qui les attend. Certaines d’entre elles sont même sur la défensive: «Quand mon patron, qui me reproche souvent de ne pas me maquiller, m’a parlé de cette formation, je l’ai mal pris: c’était quoi son message, que j’étais moche? Puis j’ai appris que tout le personnel y passait, et ça m’a rassurée», explique Victoria. Marie-Charlotte, plus détendue, ajoute: «C’est ma copine Lucille qui m’a proposé de le faire avec elle. On s’est dit que c’était une occasion de rigoler! En revanche, je n’ai aucune envie d’un relooking radical...»

Primo: se recoiffer le moral
Dans les locaux douillets du Bureau d’image*, Cynthia Cohen, jolie styliste devenue conseillère en image, commence par rassurer tout le monde: «Ne vous mettez surtout pas de pression. Vous êtes ici pour vous faire plaisir, et on ne va pas vous métamorphoser par un monstrueux tour de magie. A la fin de la journée, vous serez gagnantes.» Fatiha Nagmar, sa responsable beauté (sorte d’Eva Longoria), renchérit: «La formation est professionnelle, mais le bénéfice sera aussi privé. L’idée, c’est de vous fournir les outils pour reproduire chezvous ce qu’on vous fait aujourd’hui: sinon, ça ne sert à rien...

Deuxio: ce que je veux avec mes cheveux
Allez, on commence tout de suite avec les cheveux!» Rappel des bases, questions sur leurs habitudes, point sur les bonnes et les mauvaises marques de soins («Attention aux modes et aux pubs mensongères!»)... le ton de l’atelier est plus celui d’une réunion entre copines que d’un séminaire. Fatiha coupe trois mèches ici et là, montre quelques coiffures sublimes à faire en cinq secondes, les adapte aux tenues de travail des filles, blague à tout va et n’hésite pas à balancer son avis sur une coupe: «Argh, celui qui t’a fait ça, amène-le-moi!» Son credo: facilité, rapidité et glamour. «Je veux que vous soyez tous les jours comme quand vous sortirez d’ici.»

Tertio: un peu plus de bleu sur les yeux ?
Deux heures plus tard, Solène, son assistante, rejoint Fatiha pour l’atelier maquillage. Elles ont demandé aux participantes de venir avec leur matériel, histoire de leur montrer ce qu’elles peuvent faire avec: «On n’est pas ici pour pousser à l’achat, et si vous aimez vos produits, on ne va pas vous forcer à en changer.» Fatiha et Solène leur maquillent une moitié de visage, aux filles de faire l’autre. On réussit, on se plante, on rigole. Puis vient l’heure de la colorimétrie. Cynthia explique: «Peu connu, ce test permet de définir la gamme de couleurs d’une personne, celle qui lui donnera bonne mine et gommera ses cernes. Ce n’est pas parce que le violet est à la mode qu’il va à tout le monde...» La styliste explique à ses clients quelle est leur gamme, et leur suggère ensuite, dans son show-room, les vêtements qui correspondent à leur silhouette.

Ouf! Les mêmes en mieux
Plus on avance dans la journée, plus les filles embellissent et prennent confiance en elles. En bonne journaliste sceptique que je suis, je m’étonne de l’impact de ces ateliers sur l’attitude des filles, leur changement de ton, de démarche, d’humeur. Cynthia et Fatiha sont habituées: «Parfois, leurs DRH nous demandent d’un air ahuri: “Mais qu’est-ce que vous leur avez fait?” Nous, on se marre, on sait combien l’apparence change tout à l’intérieur...» Et moi je me demande si je ne vais pas prendre rendez-vous pour toute la rédaction.

*www.cynthia-cohen.com



--> COACHING IMAGE POUR CHÔMEURS
L’image est capitale lors d’un entretien d’embauche. Afin d’aider
les chômeurs paumés devant leur miroir et ayant perdu toute
confiance en eux, l’ANPE propose l’atelier «Communiquer par
votre image»(1), pour apprendre à s’adapter aux entreprises choi-
sies et donner une bonne «première impression». Dans un genre
plus axé beauté, l’association Force Femmes(2) propose, entre
autres conseils de pros aidant au retour à l’emploi, des ateliers
soins et maquillage pour les chômeuses âgées de plus de 45ans.
1.Gratuit et libre d’accès à tous les demandeurs d’emploi, www.anpe.fr.
2.www.forcefemmes.com.



 
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