MARIE CLAIRE
Adieu Bling-bling !
Juillet 2009
Fallait s’en douter, avec la crise, on allait faire plus simple, moins tape- à-l’œil. Un retour aux sources qui, du mojito à la
déco, s’impose comme la valeur classe 2009. Pour vivre vrai, suivez les nouveaux codes.
Par Elise Gruson-Godet et Caroline Rochet, avec Christine Lerche et Virginie Seguin.
L’AVIS DE L’EXPERT / DOMINIQUE LOREAU
«Vivre avec moins peut être une source de légèreté»
Marie Claire: Pensez-vous que la surconsommation a fait son temps?
Dominique Loreau*: Je ne pense pas que les mentalités changent aussi radicalement. Les gens, malheureu-
sement, n’ont marre ni du bling-bling, ni de la surabondance. Ils sont tout simplement acculés à y renoncer.
Mais s’ils comprennent, par cette période de crise «imposée», que vivre avec moins peut être une source
de légèreté et une nouvelle forme d’esthétique née de la retenue et de la sobriété, la crise aura eu du bon.
Vous dites souvent que trier, c’est laisser plus de place à ce que l’on aime vraiment...
Faire du tri, c’est faire des choix. Fréquenter moins de monde, avoir plus de temps pour tout simplement ne rien faire ou se «poser» afin de prendre conscience de
la chance que nous avons de vivre, d’avoir des amis, de la nourriture, un toit... Il ne suffit pas d’avoir des plaisirs, il faut savoir les reconnaître! N’est-ce pas cela le bonheur?
A votre avis, ce phénomène va-t-il durer?
Je ne suis ni voyante ni engagée dans la politique. Je crois plutôt à la conscience personnelle. Plus
que la crise, c’est l’ampleur que la technologie prend dans nos vies qui m’effraie. Que deviendra-t-on lorsqu’on n’aura même plus à aller faire son marché pour
se procurer des pommes? L’écolo- gie, ce n’est pas seulement protéger la planète. C’est aussi, et peut-être même surtout, veiller à ne pas perdre notre humanité, nos rêves, notre
condition d’êtres infiniment plus intelligents et sensibles qu’un ordinateur ou un robot!
(*) Auteure de «L’art de la simplicité», best-seller mondial remettant en cause la société de consommation (éd. Marabout, 5,90€).
L’AVIS DE L’EXPERT / VINCENT GRÉGOIRE
«On cherche un nouveau zen, plus humain»
Marie Claire: Quoi de neuf côté mode et déco?
Vincent Grégoire*:D’une manière générale, on se tourne vers des tonalités neutres: du beige, du gris... Rien de radical:
un canapé orange, un tail- leur rose pétard, c’est joli, c’est marrant, ça «fait du bien»... mais on n’irait pas le mettre chez soi non plus. Il y a une
certaine méfiance face à l’excès. On cherche un nouveau zen plus humain, avec une grande qualité.
La tendance est-elle à la non-conso?
Je ne dirais pas cela. Bien sûr, la crise a un impact sur les gens: ils veulent consommer différemment et se posent
davantage de questions («D’où cet objet vient-il?» «En ai-je vraiment besoin?», etc.). Même les people se calment sur l’os- tentation. Mais attention: nous restons, quoi qu’il arrive, dans une société de consommation, de consolation...
Mais chez les riches, il y a quand même un ras-le-bol du bling-bling?
Le bling-bling n’est pas parti, il a juste changé de visage. On voit l’émergence de deux tendances: celle du «faux pauvre»,
minimaliste, neutre, qui retourne aux essentiels chics, aux matières brutes de grande qualité; et celle du dandy surréaliste, qui reste dans l’ostentation
mais avec moins d’arrogance, dans un esprit drôle et décalé. Dans l’un comme dans l’autre, il reste de l’excès, de la frime, du show. Il y en aura
toujours.
Alors, au fond, la crise change quoi?
A chaque crise, il y a un avant et un après, de nouvelles habitudes, de nouveaux réflexes qui resteront. Economie,
écologie, finances: on va de toute façon devoir tout remettre en question, et les gens l’ont compris. C’est une bonne chose!
(*) Directeur du département art de vivre de l’agence de style Nelly Rodi (www.nellyrodi.fr).
On se pschitte à l’eau de source
Chez les parfumeurs, on est tous d’accord: 2009 est l’année du retour en force des eaux fraîches et de la sacro-sainte Cologne! Simple, conviviale, tradi, l’eau
sent-bon de nos grands-mères fait un come-back remarqué chez Dior (Escale à Pondichéry), Diptyque et, bien sûr, Prada avec son Infusion d’Iris qui cartonne depuis quelques mois. A adopter
aussi: le dernier-né de Zadig & Voltaire, «La Pureté», dont le design est une ode à l’anti-bling-bling.
On se branche nature
Même l’hypissime «Technikart» s’est mis à l’heure du naturel, avec ce numéro spécial distribué lors de la dernière fashion week.
L’AVIS DE L’EXPERT / CLEMENT CHOVIN
«Du régressif plein la pub»
Marie Claire: Comment la crise a transformé la pub?
Clément Chovin*: D’abord par une économie de moyens... En période de crise, les marques évitent les
superproductions à trois millions d’euros tournées à l’autre bout du monde... Les mises en scène sont plus réalistes, on veut de l’humain à l’état brut.
Côté discours, on se concentre non sur la marque mais sur son utilité. La Société Générale, par exemple, vient d’opter pour une stratégie rappelant sa fonction «service de proximité»:
pour la dernière campagne, on est allé voir de vrais clients, prêts à raconter comment leur
banque les a aidés, et un photographe de reportage les a shootés sans stylisme ni maquillage. Ça change.
Quelles sont les valeurs qui marchent?
En temps de crise, on cherche toujours des valeurs refuges, rassurantes, émotionnelles... Il y a un retour du régressif aussi –on pense au succès de Petit Bateau
ou de Bonne Maman. Ces derniers mois, à New York, le secteur qui a le plus grimpé est celui de la petite confiserie et du chocolat! Enfin, bien sûr, tout ce qui est simple cartonne: Pepsi et
son modèle «Raw» (brut), au design épuré et à la formule plus nature; American Apparel avec ses modèles basiques et ses pubs «girl next door»... Mais attention, si la publicité a longtemps
fait des promesses galvaudées sur le «goût des choses simples» (comme Herta et ses saucisses industrielles sous vide), aujourd’hui le consommateur n’est plus dupe: il attend des faits, des
preuves. A nous de les lui donner.
(*) Directeur général adjoint de l’agence Saatchi & Saatchi.
On épure comme Beyoncé
Avant, la diva à paillettes ne sortait jamais sans sa quincaillerie porta-
tive.Et maintenant, fraîche et virginale, miss Knowles a intégré les nouveaux codes fashion. Attention, quelques strass sont restées collées sur ses
stilettos...
On invite sans chichis
Déco
Eté 2008 - Concours de vaisselle hype, coupes en cristal et sautoirs de perlouses dorées sur 8km enroulés-jetés sur la table, le salon était sobre comme un sa-
pin de Noël américain.
Eté 2009 - Dîner dans la cuisine, sur des sets et dans de la vaisselle en plastique.
Sur la table ou le bar, un bouquet de fleurs du jardin dans un pichet flashy.
Ambiance
Eté 2008 - On accueillait les copains avec Amy Winehouse (grand exemple de so-
briété). Puis, une fois sous vodka-trip, on sautillait sur Rihanna et Beyoncé, dont les tenues et les bijoux braillaient plus fort que leurs
choristes.
Eté 2009 - On privilégie des chanteurs «frais»,comme l’adorable Québécoise
Cœur de Pirate puis, une fois la soirée lancée, on balance «Ça m’énerve» d’Helmut Fritz, qui fustige la passion du luxe avec un certain à-propos.
Apéro
Eté 2008 - On ruinait chez le traiteur, parce que c’était trop bon (et qu’on n’avait pas le temps de les faire nous-mêmes). Quant au rosé, on le choisissait à
bulles, pour faire plus classe.
Eté 2009 - On oublie les bulles (c’est sur- fait), because vive le vin bio. Et on ne jure plus que par les produits bruts, d’une qualité de psychopathe étoilé:
saucisson Conquet, burrata de la Coopérative Ita-
lienne, Mont-d’Or Hervé Mons... Résultat: ça coûte encore plus cher qu’avant, mais «ça fait vivre les petits producteurs».
Dîner
Eté 2008 - On pensait que plus notre plat était compliqué, plus on aurait assuré grave dans un «Vis ma vie» avec le chef Eric Fréchon.
Eté 2009 - On préfère le plat ultra-simple mais bien fait, comme un bœuf-carottes de compèt, autrement plus classieux qu’un plat cosmique nécessitant GPS et
dico. D’ailleurs, Michelle Obama a récemment déclaré que les frites étaient son plat préféré.
On refait l’amour!
La crise,un retour aux vraies valeurs? Oui,et au lit
aussi! Depuis la fin de l’année dernière,les Français font plus l’amour (1),les Anglais citent le sexe
comme passe-temps favori (2), et les ventes de préservatifs et de sex-toys cartonnent.Allez hop, on pose tout de suite ce magazine et on suit la tendance.Un
plaisir qui ne coûte rien.
1. Sondage Flagrants Délices. 2. Sondage YouGov.
On frime avec une anti-Rolex
«Si à 50 ans,on n’a pas une Rolex,c’est quand même qu’on a raté sa vie.» La phrase de Jacques Séguéla
a fait couler beaucoup d’encre,et l’intéressé lui-même a reconnu «avoir dit une immense connerie».Pas bégueule,le collectif Sauvons les Riches* lui a offert une
montre Casio premier prix.Une idée à piquer: son look eighties et anti-bling la rend absolument cultissime.
(*) http://sauvonslesriches.fr.
L’AVIS DE L’EXPERT / ALEXANDRE CAMMAS
«La bouffe revit Mai 1968»
Marie Claire: Le retour aux basiques, une mode française ou générale?
Alexandre Cammas*: Générale! En ce moment, le maître
mot, c’est «frugality». Le monde change, on effectue tous un retour aux sens, au nécessaire, à l’utile. C’est fini l’époque «empire romain» où il fallait douze
cuistots pour fabriquer un entremets... Idem pour la cuisine «labo» et les plats si compliqués qu’ils deviennent illisibles dans l’assiette. A Brooklyn, il y a un nouveau mouvement alimentaire
très fort, une sorte de Mai 68 de la bouffe: marchés verts, restaurants bio et authentiques...
Qu’en pense le Fooding?
On est ravis! Rendre enfin leurs lettres de noblesse à des produits simples, bruts mais délicieux, c’est justement l’idée de base du Fooding. Il vaut mieux une
bonne boîte qu’un mauvais cuisinier, et on teste aussi bien le meilleur chef de Paris que la meilleure pizza à domicile (plat récemment redevenu «noble»). On aime qu’un cuisinier fasse du
très bon avec n’importe quelle matière première.
Et chez les grands chefs?
Il existe un mouvement de chefs malins, qui utilisent des ingrédients basiques et «cheap» (comme le chou) afin de pouvoir proposer des plats sublimes et créatifs
sans ruiner les
clients. Il n’y a pas que la truffe dans la bonne gastronomie!
(*) Cofondateur du mouvement Fooding (www.lefooding.com).
On paie le juste prix
Payer le prix qu’on estime juste pour un bouquin, un CD, un resto ou une nuit d’hôtel? C’est possible.
Lancé en 2007 par le groupe britannique Radiohead, le concept d’acheter un album sur Internet au prix que l’on veut a fait des petits. Un hôtel (Singapour), des
restaurants (Londres, Montréal, Marseille...), un éditeur (Faber & Faber), et même un site de ventes privées (BrandAlley), certains se sont rués sur cet intelligent levier marketing,
d’ailleurs rentable: l’offre étant alléchante, elle attire beaucoup plus de clients qu’un prix «normal». Clients qui, plutôt que de profiter de la situation, semblent donner des sommes très
correctes. Peut-être parce qu’après des années de grand n’importe quoi, où les prix n’avaient plus aucun sens, on se ré- approprie enfin l’acte d’achat? Jouer en vrai au «Juste prix», ça
fait prendre conscience de la valeur des cho-
ses et nous redonne le pouvoir d’acteurs responsables dans le système
économique. A méditer.
Par Caroline Rochet
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MARIE
CLAIRE
Mobile, Wifi, Bluetooth ... Les ondes vont-elles nous tuer ?
Mars 2009
Et si le high tech était le prochain scandale sanitaire ? De la migraine à la tumeur, certains effets néfastes sont prouvés. Entre industriels rassurants et scientifiques affolés, notre
enquête sur un sujet ultrasensible.
Ca peut vous arriver du jour au lendemain. Grosse fatigue, maux de tête, insomnies, irritations des yeux … Des symptômes qui empirent dans les lieux fréquentés
(métro, gare, bar), face à votre ordi ou en passant un coup de fil. Vous n’y comprenez rien, votre médecin non plus, et pourtant cette curieuse maladie porte un nom : l’électrosensibilité.
Autrement dit, un rejet physique des champs et ondes électromagnétiques qui nous entourent. Vous n'en aviez jamais entendu parler ? Préparez-vous à ce que ça change, car ça pourrait bien être
un des scandales sanitaires du siècle.
DE QUOI PARLE-TON ?
L’électrosensibilité (ou "hypersensibilité électromagnétique"), dont le doux nom pourrait signifier un penchant particulier pour la musique électro, est un
fléau bien identifié. Elle caractérise les problèmes de santé dûs à l'exposition aux champs électro-magnétiques, soit les antennes-relais de téléphonie mobile, lignes à haute tension, écrans
d'ordinateur, wifi, et autres téléphones portables - bref, tout notre environnement "naturel" (!) du XXI° siècle. Les symptômes, ultra variés, peuvent être bénins, ou si gravement affecter
les gens qu'ils sont obligés de totalement changer de vie. Comme Matthias Moser, dit "Matthias des Bois", ancien instituteur qui ne peut plus vivre en agglomération et réside désormais dans
un champs, sous une bâche ... Si on entendait peu parler de ce phénomène il y a quelques années, le buzz prend de plus en plus d'ampleur : les études scientifiques se multiplient (mais sont
souvent étouffées), certains gouvernements le reconnaissent officiellement comme handicap (Suède), et selon les pays, les proportions d'électrosensibles varient de quelques personnes par
million à 8 % des personnes interrogées. En France, la résistance s'organise : procès intentés aux opérateurs ou aux immeubles autorisant la pose d'antennes (Sabine Rinckel, à Strasbourg),
lutte contre les d'antennes-relais trop proches des écoles (voir encadré), lanceurs d'alerte, syndicats en lutte (les bibliothécaires de la Ville de Paris souffrant du wifi) ... On
s’affole.
QUAND NOTRE CORPS PASSE AUX
MICRO-ONDES
Pour qui n'est pas scientifique, ça peut paraître abstrait, mais le principe de l’électrosensibilité est simple. On l’utilise d’ailleurs tous les jours via
notre four à micro-ondes. Les ondes électromagnétiques, absorbées par les molécules d'eau de notre corps, les entraînent à se frotter, ce qui produit de la chaleur - d'où l'impression
d'oreille qui chauffe parfois ressentie lors d'un appel prolongé sur le portable ... Bien entendu, ces micro-ondes ne sont pas fortes au point de nous cuire comme un poulet, mais parfois bien
assez pour provoquer les symptômes décrits plus hauts. Peut-être parce que les normes d'émission maximale de ces ondes dépassent monstrueusement ce que l'ensemble des scientifiques préconise
? S'ils estiment qu'elles ne devraient pas excéder les 0,6 V/m pour préserver notre santé, la loi française les a fixées à ... 41 V/m ! Point besoin d'être expert pour comprendre qu'il y a là
un problème au niveau des chiffres. Surtout quand l'ancien responsable de ce sujet à l'OMS(1) reconnaît que ce taux n'a pas été fixé en fonction des données scientifiques, mais selon
des accords avec ... les industriels. Oui, ceux-là même qui nous vendent des téléphones.
DANGER : MAIS QUE FAIT LA POLICE ?
Le nombre de personnes souffrant de ces maux monte en flèche, et la communauté scientifique donne l’alarme. Pourtant, quand on interroge l'OMS ou le Ministère
de la Santé sur le sujet, c'est le black-out : même s’ils reconnaissent le syndrome, et recommandent un « usage modéré » pour les enfants, ils estiment qu’aucune étude scientifique n'a encore
réellement prouvé le lien entre l'exposition aux champs électromagnétiques et les symptômes des électrosensibles. Et l’OMS d'ajouter : "S'il y avait de quoi s'alarmer, on vous le dirait."
Vraiment ? Pourtant, en 2007, un rapport d'experts scientifiques du monde entier a fait l'effet d'une bombe : le rapport BioInitiative, fruit de 1500 travaux internationaux sur les champs
électromagnétiques, validé par l'Agence Européenne de l'Environnement. Les conclusions sont accablantes : perte d'étanchéité de la barrière sang/cerveau, génotoxicité (cassures de l’ADN),
perturbation des cellules, effets sur le système immunitaire, troubles du comportement et du sommeil, formation de tumeurs au cerveau, leucémies ... Les faits sont là. Le Professeur Leif
Salford, chercheur en neuro-cancérologie (Lund, Suède), a carrément déclaré : « Un adolescent qui a un portable contre la tête une demi-heure ou plus par jour aura un Alzheimer à trente ans
». Et selon le Professeur Belpomme(2), éminent cancérologue, il n'y a plus de débat : "Il faut arrêter de botter en touche ! Le lien est fait entre téléphones portables et cancer du cerveau :
il y a un risque de développer une tumeur cérébrale ou du nerf acoustique après dix ans d’utilisation plus d'une heure par jour. Si le risque individuel est faible, l’utilisation du portable
s’est tellement généralisée que ce risque est important en termes de santé publique. Il est également prouvé que les enfants vivant à proximité de lignes à haute tension développent plus de
leucémies. Nous sommes dans un déni scientifique, comme à l'époque où les marques de cigarettes tentaient d'étouffer ceux qui voulaient avertir le public des dangers du tabagisme."
UNE ECONOMIE QUI PESE LOURD
Un avis partagé par l’association Robin des Toits(3), qui se bat pour obtenir une réglementation compatible avec la santé publique : "Que fait l'Etat ? Pourquoi
ne baisse-t-on pas les taux d'exposition aux ondes face à de telles preuves ? Et où sont les campagnes de prévention ?", s'interroge Etienne Cendrier, leur porte-parole(4). Aux dernières
nouvelles, l’INPES(5) préparerait enfin une campagne. Lors du Grenelle de l'Environnement, une proposition de l’association, visant à baisser le seuil d’exposition aux ondes à un niveau
respectueux de la santé, avait été retenue. Depuis, elle semble avoir été reléguée aux oubliettes. Récemment, Etienne Cendrier s'est vu répondre par le secrétariat d'Etat au développement de
l'économie numérique (Eric Besson) qu'il n'y avait "aucune volonté politique d'abaisser les seuils d'exposition. » La raison ? « Les opérateurs ne sont pas d'accord." ... Ca laisse sans voix.
Serait-ce à Bouygues Telecom, SFR et Orange de décider de notre santé ? C'est que le marché de la téléphonie mobile pèse lourd : 52 millions de clients, 21 milliards d'euros de chiffres
d'affaires, soit une contribution à la richesse nationale non négligeable. Sans oublier l’amitié liant Martin Bouygues à notre président de la République. A noter : ces industriels financent
95% des études scientifiques sur le sujet (le rapport BioInitiative n'en faisant pas partie, bien sûr). Etudes qui, selon l’épidémiologiste américain George Carlo, « ont six fois plus de
chances de ne rien trouver que celles financées de façon indépendante. » Remarquons au passage que ces opérateurs n'ont pas donné suite à nos demandes d'interview. C’est bien
dommage.
UNE SOLUTION
Bonne nouvelle : nous pourrions parfaitement garder un réseau impeccable, et le confort du téléphone mobile avec, sans pour autant se ruiner la santé. La parade
? Multiplier les antennes-relais, ce qui permettrait de baisser drastiquement leur niveau d'émission. Mais là encore, les opérateurs refusent : c'est qu'installer une antenne coûte cher ...
100.000 euros environ. Et qu'il est plus aisé de booster leur puissance (au détriment de notre santé) que d'en produire de nouvelles. Pourtant, en 2003, la moitié des Français se déclaraient
déjà inquiets face aux antennes-relais, et selon une étude récente, un Français sur trois pense que le téléphone mobile est dangereux pour la santé(6). Rappelons que selon l'article 1er de la
Charte de l'Environnement, "Chacun a le droit de vivre dans un environnement équilibré et respectueux de la santé." Il serait temps d’honorer cet article avant qu’il ne soit trop
tard.
(1) Michael Repacholi (2) Professeur de cancérologie, président de l'ARTAC (Association pour la Recherche Thérapeutique Anti-Cancéreuse www.artac.info), et
auteur de "Avant qu'il ne soit trop tard" (Ed. Fayard, avril 2009) (3) Association Nationale pour la sécurité sanitaire dans les technologies sans fil, www.robindestoits.org (4) Auteur
de "Et si la téléphonie mobile devenait un scandale sanitaire ?", éd. du Rocher, 9€90. (5) Institut national de prévention et d’éducation pour la santé (6) TNS SOFRES
TEMOIGNAGES :
ANDRE, MUSICIEN, MARIE, DEUX ENFANTS DE 9 ET 10 ANS
« C'est arrivé d'un coup, il y a deux ans. Maux de tête, trous de mémoire, vue trouble, insomnies, mal dans les os ... Ca a très vite dégénéré. Je n'ai pas
compris tout de suite, et les médecins non plus, évidemment. Quand j'ai remarqué que ça allait mieux hors de mon appartement, j'ai fait le lien avec ces antennes-relais UMTS(1) que des
ouvriers installaient sur mon toit, et la carte wifi que je venais de mettre dans ma freebox. J'ai alors cherché des informations et ai découvert l'association Robin des Toits. Avec
l’électrosensibilité, ma vie a changé : musicien, je ne peux plus assurer ni concerts, ni tournée. Et encore, j'ai de la chance, puisque j'ai trouvé le moyen de continuer à vivre de la
musique en restant chez moi - certains doivent totalement renoncer à leur métier, leurs passions ... J'ai également changé d’alimentation pour limiter les dégâts : je bois une eau spéciale,
me nourris bio et fais des cures de compléments alimentaires. Tout ça, je l'ai découvert en tâtonnant, selon ce qui réduisait ou augmentait les symptômes. Ma casquette et mon gilet sont
tapissés d'une feuille d'argent, pour blinder le passage des ondes. J'ai aussi dû équiper mes fenêtres de rideaux protecteurs et recouvrir les murs de mon appartement de feuilles d'aluminium.
Aujourd’hui, je suis responsable du réseau Electro hypersensibilité chez les Robin des Toits, qui met en relation les gens comme moi. Dieu merci, ma femme est mes enfants ne sont pas
électrosensibles … Mais du coup, ils sont très au courant des risques des technologies sans fil ! »
(1) Qui permet la 3G et le web sur les téléphones portables, encore plus puissante que les classiques, NDLR
SILVANA, 31 ANS, ATTACHÉE DE PRESSE
« Mon cas n'est pas très grave, mais assez clair pour être gênant. Depuis que j'en parle, j'ai découvert que beaucoup de gens en souffrent. Tout a commencé par
des migraines terribles, surtout la nuit, qui se sont soldées par l'explosion d'une petite veine dans ma tête. A l'hôpital, ils m'ont fait des examens, et lors de l'IRM, les douleurs
ont repris. Je vis dans un immeuble composé uniquement de studios, et au mois de septembre, plein d'étudiants avaient emménagé, apportant avec eux ... leurs box internet. Je recevais une
quinzaine de réseaux wifi chez moi ! Surtout, ma voisine avait installé son émetteur contre la paroi jouxtant mon oreiller. Quand j'ai fait le lien, j'ai été voir tous mes voisins. Certains
n'y croyaient pas, mais la plupart ont bien voulu revenir à la connexion filiaire : depuis que je ne reçois que deux ou trois réseaux chez moi, tout va bien. L’impact des ondes est
scandaleux. Il faut en parler. Il faut que les choses bougent. »
ENCADRÉ 1 : LES FEMMES ENCEINTES ET LES ENFANTS D'ABORD
Les scientifiques sont unanimes : c'est pour les enfants et le foetus que le danger est le plus grand. Le cerveau des petits, moins protégé que le nôtre en
raison d'une paroi crânienne plus fine, est non seulement plus sensible aux ondes électromagnétiques (il en absorbe 60% de plus que nous !), mais en plus, il est en plein développement. Sans
oublier que contrairement à nous, ils sont "nés dedans" et y seront exposés toute leur vie. En 2006, 70% des petits Européens de 12-13 ans et 23% des 8-9 ans possédaient déjà un mobile. Ne
contentant pas de s'en servir pour téléphoner, ils l'utilisent en continu pour envoyer des sms, prendre des photos, jouer ... Evidemment, le marché fait tout pour les "draguer", tant du côté
des opérateurs (en 2007, SFR proposait une offre "renversante" pour équiper les petits) que des fabricants de téléphones (le MO1 d'Imaginarium, dès 6 ans). Une aberration qui, heureusement,
pourrait changer : suite au Grenelle, l’éventualité d’une interdiction de ce type de publicité pour les enfants est actuellement examinée. A souligner : la console de jeux Wii (un carton chez
Nintendo, utilisant la technologie du Bluetooth) ou le lapin Nabaztag (fonctionnant par wifi) les exposent également aux ondes. Concernant les antennes-relais, des associations se battent
pour les éloigner des écoles, comme le collectif lyonnais Ecole Sans Antennes. On se remémore l’affaire de St Cyr l'Ecole, où 11 cas de cancers ont été relevés en 12 ans (soit deux à trois
fois plus que la normale, dont deux décès par la très rare tumeur du tronc cérébrale) dans un établissement scolaire coiffé de quatre antennes-relais. A Grasse, SFR a été condamné a déplacer
une antenne proche d'une école suite à des troubles de santé des enfants. A Courbevoie, le maire a fait supprimer toutes les installations wifi des écoles de sa commune. Si les enfants sont
particulièrement vulnérables, le fœtus l’est aussi : ses cellules, tout comme l'eau du placenta, sont très sensibles à l'énergie dégagée par un téléphone mobile. Le Pr Belpomme, dont les
risques de cancer chez les enfants ou chez les futurs adultes, suite à une exposition à des facteurs environnementaux durant l’enfance, sont le cheval de bataille, insiste : si les femmes
enceintes ne doivent jamais approcher un portable de leur ventre, l'idéal est de cesser complètement de l'utiliser pendant la grossesse, et de supprimer toute source de wifi de leur domicile.
Avis aux futures mamans …
ENCADRE 2 : QUE FAIRE POUR SE PROTEGER ?
Si notre article vous a fait paniquer, rassurez-vous : il existe des solutions pour réduire les risques en attendant que la loi change. Notre top ten des
conseils des experts.
1 - Pas de portable pour les enfants avant 15 ans !
2 - Ne téléphoner que quand le réseau est très bon (sinon, le téléphone rayonne encore plus fort pour fonctionner)
3 - Pas de portable en voiture, train, métro ... Le mouvement obligeant le téléphone à sans cesse chercher du réseau, augmentant la puissance d'émission des
ondes, et la structure métallique autour les emprisonnant et les répercutant sur vous (effet cage de Faraday).
4 - Utiliser systématiquement un kit-piéton (avec fil).
5 - Désactiver le wifi sur les "box" internet et préférer une connection filiaire.
6 - Reprendre l'usage du téléphone fixe ... mais pas un sans-fil ! Un bon vieux combiné classique. Ca tombe bien, ils en font de très beaux en ce
moment.
7 - Ne pas porter votre téléphone portable contre le coeur, l'aisselle, la hanche, ou près des parties génitales (oui, on oublie les poches).
8 - Limiter le nombre et la durée des appels (l'idéal : pas plus de 5 appels de 3 mn par jour !)
9 - Eteindre votre téléphone portable la nuit (vous verrez, votre sommeil changera radicalement).
10 - Penser au "téléphonisme passif" ... Eloignez-vous de vos amis quand vous passez un coup de fil !
Photos Christian McManus, portraits Franck Courtès
Par Caroline Rochet
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Publié dans : Société
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