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MARIE CLAIRE

"La folie des maisons en bois"

Une nouvelle donne immobilière en France : contexte, témoignages, idées reçues.

Décembre 2006




On a longtemps cru que les petites maisons en bois poussaient dans les prairies américaines et désespéraient les épouses. Erreur, elles ont la cote en France et leurs habitants sont de vrais gens heureux. Analyse d'un succès.


La phrase tombe avec un léger soupir : « Ca fait 10 ans qu’on est là, mais à chaque fois que je la vois, ça me fait toujours le même effet ! ». Anne, 48 ans, heureuse propriétaire d’une maison en bois parisienne, est une pionnière. Car si à l’étranger, le plus ancien matériau de construction du monde a la cote, la France est largement à la traîne : 90% des constructions individuelles en Amérique du Nord, presque autant en Scandinavie, 50% au Japon, 30% en Allemagne, et chez nous … un vaillant 6% (environ 10.000 maisons par an). Faiblard ? Pourtant, le marché connaît un véritable boom : en cinq ans, son taux de croissance a grimpé de presque 50%, et les salons spécialisés se multiplient. Selon les architectes interrogés, cet engouement est lié à la prise de conscience des problèmes environnementaux, avec un réel intérêt pour le renouvelable et une tendance « retour à la nature ». Ce que confirme Catherine Peguillan, du CNDB (organisme national de promotion du bois), qui ajoute que cette folie tardive est aussi le résultat d’une information qui commence enfin à circuler - en dégommant sans relâche une flopée d’idées reçues. Mais ce phénomène indique aussi un changement du rapport à l’habitat. Plus affectif ? Peut-être. D’abord parce qu’on la voit naître plus rapidement qu’une maçonnerie, et qu’on peut la modeler en cours de route : étant un assemblage de panneaux préparés en atelier, la maison bois s’élève sous les yeux de ses propriétaires avec une rapidité fulgurante, tout en étant modulable. « Je passais tous les jours sur le chantier, et quand je souhaitais des modifs, on les faisait main dans la main avec l’architecte », explique Anne. Affectif aussi parce que le bois est littéralement vivant : « La matière évolue tous les jours : l’odeur qui varie, la couleur qui change, le volume qui bouge … Je ne sais pas pourquoi, mais ça m’apaise », sourit Sophie, 3 enfants, propriétaire bois depuis deux ans. Affectif enfin, parce qu’à moins de le laisser brut (il se patine alors joliment en gris), il faut l’entretenir : on râle un peu, mais on  bichonne. Lasures à renouveler tous les 5 ans, peintures tous les dix ans, les choses se compliquent si l’on vit dans une région ensoleillée où le bois joue sans cesse – il faut gérer. Et donc aimer. Niveau gestion justement, les maisons bois traînent une mauvaise réputation budget – surprise, c’est un tort ! Car si le matériau est à la base plus onéreux que le parpaing, son surcoût est vite amorti. Un temps de chantier deux fois plus court (utile en cas de loyer ailleurs), moins de main d’œuvre, et surtout une notable économie d’énergie au quotidien : 15 fois plus isolant que le béton et 6 fois plus que la brique, le bois allège la facture d’électricité  de 20 à 30%. Sachant qu’aujourd’hui, on peut construire à partir de 1000€ le m2.
L’argument bien-être n’est pas non plus à négliger. Subjectif d’une part, avec l’impression « maison de vacances », souvent invoquée par les habitants et source de détente. Objectif aussi, avec de réels bénéfices santé : une étude menée par le VTT (Centre de Recherche Technique Finlandais) affirme qu’en régulant l’hygrométrie de manière idéale, le bois réduit les risques de déshydratation, d’allergies ou d’infections respiratoires. Plus étonnant, il permettrait une baisse du stress et des dépressions. Isabelle, 40 ans, habituée de la Suède, renchérit : « Je ne dors jamais mieux que dans une maison en bois ! ». On comprend mieux le proverbe nordique qui dit : « Si tu es malade, consulte un médecin. S’il ne peut plus rien pour toi, va vivre dans une maison en bois ». Et pourquoi pas ?



TROIS IDEES RECUES PARTIES EN FUMEE

IDÉE RECUE N°1 : UNE MAISON EN BOIS, ON DIRAIT UN CHALET
Faites un tour dans les pays nordiques, et vous constaterez avec stupeur que les gens ne vivent pas dans des cabanes à outils ni des chalets alpins. La matière unique du bois permet une grande liberté de dessin, son mariage à d’autres matériaux est généralement canon, et la créativité des architectes fait le reste. Mais certains maires, craignant « l’effet chalet », essaient encore de l’interdire (alors que le code de l’urbanisme autorise tout matériau !) : « Dans ces cas-là, il ne faut pas hésiter à se battre, affirme Antonino Cascio, architecte. Discuter, se renseigner auprès d’un avocat, défendre son projet ! J’ai eu des difficultés avec une maison à StPaul de Vence* : à force d’obstination, ça a marché ! ». Catherine Peguillan conseille en ces cas (rares, mais réels) d’insister et de s’informer : consultez les services d'urbanisme et le CAUE* de votre région, et travaillez bien le projet avec votre architecte.
* Maison Quadra, sur cascio-architecte.com
* Conseils d'Architecture, d'Urbanisme et de l'Environnement


IDÉE RECUE NUMÉRO 2 : UNE MAISON EN BOIS, C’EST FRAGILE
Merci aux Trois Petits Cochons, qui n’ont pas vraiment aidé la réputation des maisons en bois. Il faut croire que les Japonais, qui persistent à en construire sur leur terre de séismes, ne l’ont pas lu. Ni les Egyptiens, dont les structures des tombeaux sont toujours debout. Aussi résistant que l’acier, aussi durable que la pierre, adapté à tous les climats, antisismique et supportant une charge 5 fois supérieure au béton armé, le bois fait feu (ha, ha) de tout paradoxe et vieillit très bien. La pire crainte ? Il brûle … Certes. Mais alors, pourquoi les assurances ne demandent aucune surprime pour ces bâtiments ? Et pourquoi les pompiers sont-ils autorisés à intervenir plus longuement dans ces logements, arguant qu’une structure en bois conserve sa capacité de portance plus longtemps que les autres ? Dominique, chef du bureau de prévention du Service départemental d'incendie et de secours du Jura, explique : « Une charpente en bois résiste bien plus longtemps au feu : le métal, lui, se déforme, et tout s’effondre. Bien sûr, il faut que ce soit des poutres épaisses, pas de la frisette. Pensez aux vieilles maisons calcinées dont le squelette reste debout ! Vous ne verrez pas ça avec une maçonnerie ». Tout est cependant relatif à l’essence du bois, son épaisseur et son âge, bien sûr.


IDÉE RECUE NUMÉRO 3 : UNE MAISON EN BOIS, C’EST ANTI-ECOLO
Sacrilège : pour faire une maison en bois, nous tuons des arbres ! Halte : non seulement la forêt française va très bien grâce à sa législation rigoureuse (elle a doublé sa surface en deux siècles), mais en plus la coupe des vieux arbres laisse la place aux jeunes, qui absorbent plus de gaz carbonique que leurs aînés saturés. Or, quand un arbre brûle ou pourrit sur place, il libère  le carbone absorbé durant sa vie ; mais quand il devient une guitare, un cageot ou une maison, il le piège ! Résultat, un mètre cube de bois transformé, c’est une tonne de CO2 en moins dans l’atmosphère (environ 20 tonnes pour une maison). Construire en bois fait même partie des objectifs de Kyoto, c’est dire.

LA MAISON EN BOIS, VUE DE L’INTERIEUR
Trois familles ayant craqué pour le bois nous ouvrent leur porte. L’occasion de savoir si, oui ou non, la pratique rejoint la théorie.

Anne, 48 ans, en couple, deux enfants, Paris*.
Le bois était d’abord une idée comme ça. Puis il s’est révélé indispensable pour des raisons techniques, et aujourd’hui, je ne m’imagine plus dans une maçonnerie … Au niveau esthétique, on voulait tout sauf une cabane rustique ! Plutôt du contemporain, très construit, et on était obsédés par la lumière. On doit tout à notre architecte : elle qui n’avait encore jamais travaillé le bois, elle nous a beaucoup écouté et a bossé comme une folle. La différence au quotidien ? Une maison en bois est réellement vivante, chaleureuse. Le terme exact, pour moi, c’est « enveloppante ». On s’y sent à l’abri.
*Maison réalisée par Pascale Buffard, 05 45 90 00 62.


*** Photos : Richard Boutin


Tag(s) : #Société - Lifestyle

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