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MARIE CLAIRE


Basta la crise

  Mai 2009


La résistance s'organise. Bons plans, ristournes, troc, on multiplie les astuces pour consommer mieux en dépensant moins. La radinerie serait-elle devenue tendance ? Analyse d'un phénomène et bonnes combines.


"RADIN, -INE, adj. Fam., pop. Qui lésine sur la dépense, avare." Autrefois péjoratif, voilà un terme qui pourrait bien gagner quelques lettres de noblesse. Crise financière oblige, les mentalités changent, les habitudes aussi. On a connu une époque bling-bling, toute d'or et de billets verts vêtue, où traquer le luxe était le nec plus ultra de la classe. Aujourd'hui, le vent a tourné. Ecoeurés par l'ostentation, fatigués par l'hyperconsommation, acculés par la baisse de leur fameux pouvoir d'achat, les Français changent leur fusil d'épaule. Et rivalisent d'imagination pour dépenser moins, avec plaisir.


EN QUOI C'EST NOUVEAU ?
L'Avare de Molière ne faisait pas envie. Aigri, calculateur, rigide, il accumulait des richesses pour en jouir dans son coin, sans même les dépenser. L’économe du XXI° siècle, enfant de la crise mais aussi de la surconsommation, a un tout autre profil : hédoniste, positif, il jouit de ses dépenses tant qu'elles sont intelligentes. Paradoxal ? « Le consommateur est un être humain qui a toujours besoin de plaisir, explique Danielle Rapoport, psychosociologue spécialisée dans les évolutions des modes de vie et de la consommation(2). Il arbitre ses choix en fonction de ses besoins, mais aussi de ses désirs, qui correspondent aujourd’hui à des achats astucieux, débrouillards, où il ne subit pas mais agit. » A noter, ce « radin 2009 » appartient à presque toutes les couches de la société (extrêmes exceptées). Les moins riches, qui ont toujours fait attention au porte-monnaie, se voient rejoints par les classe moyennes, alertées, et parfois même les plus nantis, devenus méfiants : dans la danse de la débrouille, tous les salaires valsent en choeur. Et si avant, être grippe-sou malgré un revenu confortable était assez mal vu, aujourd'hui, c'est naturel, voire valorisé. Ou comment Picsou est devenu un génie. "Le radin-rat, qui ne dépense jamais rien, et le radin-crétin, qui achète n'importe quoi sous prétexte que c'est en promo, laissent place au radin-malin, qui sait séparer le bon grain de l'ivraie, prend le contrôle de son porte-monnaie et augmente son pouvoir d'achat en dépensant mieux", explique Michel Droulhiole, journaliste et auteur du "Dico-Guide du Radin Malin"(1).


LOW-CONSOMMATEURS : DÉPENSER MOINS EN CONSOMMANT MIEUX
Mais attention, si l’économie est devenu un sport universel, tous les néoconsommateurs ne poursuivent pas le même but. Parmi les résistants à la récession, deux grandes familles se distinguent : ceux qui consomment moins, et ceux qui consomment rusé. Chez les premiers, il existe souvent une prise de conscience environnementale, qui colle très bien aux nouvelles habitudes du porte-monnaie. Locavores (adeptes des produits locaux), décroissants dits aussi "downshifters" (partisans d'une consommation moindre), créatifs culturels (prônant la faible dépendance aux modes de consommation industrialisés, soucieux de l'environnement et centrés sur l'humain), défenseurs du recyclage, des doubles-vitrages ou du covoiturage ... Dans la tribu des "low-consommateurs", économie et écologie vont souvent bien ensemble. « Aujourd’hui, épargner rentre dans la logique du développement durable, et la chasse au gaspillage n’a pas seulement une valeur matérielle », ajoute Danielle Rapoport. La planète souffre, nos finances aussi, et en aidant l'une, on soulage les autres.


RECESSIONISTAS : DÉPENSER MOINS EN CONSOMMANT AUTANT
La deuxième tribu des nouveaux acheteurs, moins portée sur la sauvegarde de la planète, n'a pas renoncé à l'achat et ne rejette pas la société de consommation. Au contraire. Faisant de la chasse aux bonnes affaires une religion, cette frange de la population est à l'affût du moindre bon plan pour garder ses habitudes malgré la crise. C'est le cas des fameuses "recessionistas", les fashionistas de la débrouille qui défraient la chronique dans les pays anglo-saxons. En France, elles cartonnent aussi : des ventes privées sur Internet aux trocs entre copines, des customisations aux marques cheap mais chic, ces dingues de mode économique jubilent quand le vintage redevient à la mode ou que Michelle Obama s'affiche en H&M (voir nos bons plans, encadré 1). Et la hype du low-cost s'étend à tous les domaines. Téléphone, alimentation, automobile, musique, décoration, vacances (nos astuces en encadré 2), tous les moyens sont bons pour se faire plaisir malgré la morosité financière ambiante, et garder un train de vie riche en plaisirs divers. Bien sûr, pour traquer les bons plans, le web a pignon sur rue (voir encadré 3).


LE RÈGNE DU NOUVEAU RADIN VA-T-IL DURER ?
Le livre de Michel Droulhiole est paru en septembre 2008, soit juste avant la crise. Le mouvement de la nouvelle radinerie serait-il né avant le fameux krach ? "C'est une tendance que l'on sentait déjà venir depuis quelques années, confirme l’auteur. En 1968, on était dans le refus de la société, et de la consommation. Aujourd'hui, c'est l'inverse : chacun veut devenir un bon petit gestionnaire. La France, qui a toujours eu un problème avec l'argent (quand on n'en gagne pas, ça ne va pas, quand on en gagne beaucoup, ça ne va pas non plus), est en train de le réapprivoiser." Quant à la pérennisation du mouvement, elle dépendra, bien sûr, de ce que l'économie mondiale nous réserve. Mais pas seulement ! La conscience écologique, qui ne risque pas de s'éteindre dans les années à venir, ainsi que le développement du web, ont tous deux leur rôle à jouer. "La toile, qui  offre aussi bien des produits à vendre, et des possibilités de réduction, que des blogs ou forums de consommateurs avec des échanges permanents et fouillés, laisse penser que la tendance du radin-malin va perdurer", ajoute Michel Droulhiole.


L’UNION FAIT LA FORCE
Ce qui donne un autre aspect plutôt positif aux économes de l'an 9 : la sociabilité. « La crise a favorisé un fort retour du facteur humain, précise Danielle Rapoport. D’abord en rendant la paupérisation visible, ce qui entraîne de la compassion envers ceux qui vont plus mal que nous. Ensuite en rassemblant ceux qui souhaitent s’en sortir, et s’échangent des tuyaux via des espaces consommateurs sur Internet, par exemple. Aux Etats-Unis, la récession a même un effet de rapprochement intergénérationnel, avec le retour des seniors appauvris dans la maison de leurs enfants ou petits-enfants. » Troc de fringues entre bloggeuses, conseils-débats sur les forums du web, ou encore rapprochement entre citadins et ruraux grâce aux réseaux de type AMAP(3) : la débrouille semble en effet passer d’abord par la communication avec l'autre. ou Qu'on se le dise, le nouveau radin est un bon copain.

(1) Ed. Leduc.s, 9 € 90 (2) www.rapoportconseil.com (3)Associations pour le Maintien d'une Agriculture Paysanne, mettant en rapport des agriculteurs avec des citadins pour des paniers de fruits et légumes en direct, rens. http://alliancepec.free.fr

 

ENCADRÉ : BONS PLANS SUR LE WEB

Envie de surfer sur la vague des économies fûtées ? Internet regorge d'astuces en pagaille. Notre sélection.


- Voiture : On n'hésite plus à covoiturer, et pas seulement en temps de grève (www.123envoiture.com, www.covoiturage.fr, www.envoituresimone.com), voire à partager sa place de parking en alternance (www.monsieurparking.com). Une idée maline en plus : faire transporter un colis, même encombrant, à un particulier en voiture, plutôt que d'utiliser la Poste. Moins cher pour l'expéditeur, avantageux pour le transporteur (www.colis-voiturage.fr). Pour connaître le prix de l'essence près de chez soi et trouver la station la plus économe, on fonce sur www.prix-carburants.gouv.fr. Enfin, pour contester un PV, il y a www.aaallopv.com.
- Téléphone : Bien sûr, on ne se lasse pas de Skype, qui permet de téléphoner via Internet partout dans le monde sans dépenser un sou (www.skype.com).
- Musique : Désormais, plus besoin d'acheter un album entier lorsqu'une seule chanson nous plaît, grâce à l'achat à l'unité de l'iTunes Store (logiciel à télécharger gratuitement sur www.apple.com/fr/itunes/download, puis 1 € la chanson environ). Pour ne rien payer du tout, on peut écouter tout ce qu'on veut sur Deezer, gratuit, efficace et légal (www.deezer.com).
- Meubles, objets divers : Pour trouver un canapé ou une lampe à l'oeil, on cherche sur les sites de don, sortes d'eBay gratuits (www.recupe.net, http://donnons.org).
- Sport : Les clubs Moving, dans la France entière, offrent 8 jours d'abonnement gratuit pour tester leurs salles (www.moving.fr) !
- Supermarchés : Pour connaître les promos des hypers, rendez-vous sur www.promoconso.net. Les promotions y sont classées par enseignes et par types de produits.
- Papeterie : Un grand classique des cartes de visite, tampons-encreurs et autres blocs notes personnalisés gratis : le site www.vistaprint.fr. Et pour otenir une cartouche d'encre à imprimante à 0 €, il y a www.inkclub.com.
- Divers : Enfin, pour obtenir des échantillons de produits, gagner de l'argent en surfant sur le web, trouver des bons de réduction et toutes sortes de divers services qui ne coûtent pas un sou, on se balade des heures sur les sites de radins assumés, très fournis (www.radins.com, www.lesradins.com, www.pasuneuro.com, www.blog-generation-debrouille.com), et on feuillette le "Dico-Guide du Radin Malin" de Michel Droulhiole (Ed. Leduc.s, 9 € 90).



Tag(s) : #Société - Lifestyle

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