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MARIE CLAIRE

Mobile, Wifi, Bluetooth ... Les ondes vont-elles nous tuer ?

   Mars 2009



Et si le high tech était le prochain scandale sanitaire ? De la  migraine à la tumeur, certains effets néfastes sont prouvés. Entre industriels rassurants et scientifiques affolés, notre enquête sur un sujet ultrasensible.




Ca peut vous arriver du jour au lendemain. Grosse fatigue, maux de tête, insomnies, irritations des yeux … Des symptômes qui empirent dans les lieux fréquentés (métro, gare, bar), face à votre ordi ou en passant un coup de fil. Vous n’y comprenez rien, votre médecin non plus, et pourtant cette curieuse maladie porte un nom : l’électrosensibilité. Autrement dit, un rejet physique des champs et ondes électromagnétiques qui nous entourent. Vous n'en aviez jamais entendu parler ? Préparez-vous à ce que ça change, car ça pourrait bien être un des scandales sanitaires du siècle.

DE QUOI PARLE-TON ?
L’électrosensibilité (ou "hypersensibilité électromagnétique"), dont le doux nom pourrait signifier un penchant particulier pour la musique électro, est un fléau bien identifié. Elle caractérise les problèmes de santé dûs à l'exposition aux champs électro-magnétiques, soit les antennes-relais de téléphonie mobile, lignes à haute tension, écrans d'ordinateur, wifi, et autres téléphones portables - bref, tout notre environnement "naturel" (!) du XXI° siècle. Les symptômes, ultra variés, peuvent être bénins, ou si gravement affecter les gens qu'ils sont obligés de totalement changer de vie. Comme Matthias Moser, dit "Matthias des Bois", ancien instituteur qui ne peut plus vivre en agglomération et réside désormais dans un champs, sous une bâche ... Si on entendait peu parler de ce phénomène il y a quelques années, le buzz prend de plus en plus d'ampleur : les études scientifiques se multiplient (mais sont souvent étouffées), certains gouvernements le reconnaissent officiellement comme handicap (Suède), et selon les pays, les proportions d'électrosensibles varient de quelques personnes par million à 8 % des personnes interrogées. En France, la résistance s'organise : procès intentés aux opérateurs ou aux immeubles autorisant la pose d'antennes (Sabine Rinckel, à Strasbourg), lutte contre les d'antennes-relais trop proches des écoles (voir encadré), lanceurs d'alerte, syndicats en lutte (les bibliothécaires de la Ville de Paris souffrant du wifi) ... On s’affole.


QUAND NOTRE CORPS PASSE AUX MICRO-ONDES
Pour qui n'est pas scientifique, ça peut paraître abstrait, mais le principe de l’électrosensibilité est simple. On l’utilise d’ailleurs tous les jours via notre four à micro-ondes. Les ondes électromagnétiques, absorbées par les molécules d'eau de notre corps, les entraînent à se frotter, ce qui produit de la chaleur - d'où l'impression d'oreille qui chauffe parfois ressentie lors d'un appel prolongé sur le portable ... Bien entendu, ces micro-ondes ne sont pas fortes au point de nous cuire comme un poulet, mais parfois bien assez pour provoquer les symptômes décrits plus hauts. Peut-être parce que les normes d'émission maximale de ces ondes dépassent monstrueusement ce que l'ensemble des scientifiques préconise ? S'ils estiment qu'elles ne devraient pas excéder les 0,6 V/m pour préserver notre santé, la loi française les a fixées à ... 41 V/m ! Point besoin d'être expert pour comprendre qu'il y a là un problème au niveau des chiffres. Surtout quand l'ancien responsable de ce sujet à l'OMS(1)  reconnaît que ce taux n'a pas été fixé en fonction des données scientifiques, mais selon des accords avec ... les industriels. Oui, ceux-là même qui nous vendent des téléphones.


DANGER : MAIS QUE FAIT LA POLICE ?
Le nombre de personnes souffrant de ces maux monte en flèche, et la communauté scientifique donne l’alarme. Pourtant, quand on interroge l'OMS ou le Ministère de la Santé sur le sujet, c'est le black-out : même s’ils reconnaissent le syndrome, et recommandent un « usage modéré » pour les enfants, ils estiment qu’aucune étude scientifique n'a encore réellement prouvé le lien entre l'exposition aux champs électromagnétiques et les symptômes des électrosensibles. Et l’OMS d'ajouter : "S'il y avait de quoi s'alarmer, on vous le dirait." Vraiment ? Pourtant, en 2007, un rapport d'experts scientifiques du monde entier a fait l'effet d'une bombe : le rapport BioInitiative, fruit de 1500 travaux internationaux sur les champs électromagnétiques, validé par l'Agence Européenne de l'Environnement. Les conclusions sont accablantes : perte d'étanchéité de la barrière sang/cerveau, génotoxicité (cassures de l’ADN), perturbation des cellules, effets sur le système immunitaire, troubles du comportement et du sommeil, formation de tumeurs au cerveau, leucémies ... Les faits sont là. Le Professeur Leif Salford, chercheur en neuro-cancérologie (Lund, Suède), a carrément déclaré : « Un adolescent qui a un portable contre la tête une demi-heure ou plus par jour aura un Alzheimer à trente ans ». Et selon le Professeur Belpomme(2), éminent cancérologue, il n'y a plus de débat : "Il faut arrêter de botter en touche ! Le lien est fait entre téléphones portables et cancer du cerveau : il y a un risque de développer une tumeur cérébrale ou du nerf acoustique après dix ans d’utilisation plus d'une heure par jour. Si le risque individuel est faible, l’utilisation du portable s’est tellement généralisée que ce risque est important en termes de santé publique. Il est également prouvé que les enfants vivant à proximité de lignes à haute tension développent plus de leucémies. Nous sommes dans un déni scientifique, comme à l'époque où les marques de cigarettes tentaient d'étouffer ceux qui voulaient avertir le public des dangers du tabagisme."


UNE ECONOMIE QUI PESE LOURD
Un avis partagé par l’association Robin des Toits(3), qui se bat pour obtenir une réglementation compatible avec la santé publique : "Que fait l'Etat ? Pourquoi ne baisse-t-on pas les taux d'exposition aux ondes face à de telles preuves ? Et où sont les campagnes de prévention ?", s'interroge Etienne Cendrier, leur porte-parole(4). Aux dernières nouvelles, l’INPES(5) préparerait enfin une campagne. Lors du Grenelle de l'Environnement, une proposition de l’association, visant à baisser le seuil d’exposition aux ondes à un niveau respectueux de la santé, avait été retenue. Depuis, elle semble avoir été reléguée aux oubliettes. Récemment, Etienne Cendrier s'est vu répondre par le secrétariat d'Etat au développement de l'économie numérique (Eric Besson) qu'il n'y avait "aucune volonté politique d'abaisser les seuils d'exposition. » La raison ? « Les opérateurs ne sont pas d'accord." ... Ca laisse sans voix. Serait-ce à Bouygues Telecom, SFR et Orange de décider de notre santé ? C'est que le marché de la téléphonie mobile pèse lourd : 52 millions de clients, 21 milliards d'euros de chiffres d'affaires, soit une contribution à la richesse nationale non négligeable. Sans oublier l’amitié liant Martin Bouygues à notre président de la République. A noter : ces industriels financent 95% des études scientifiques sur le sujet (le rapport BioInitiative n'en faisant pas partie, bien sûr). Etudes qui, selon l’épidémiologiste américain George Carlo, « ont six fois plus de chances de ne rien trouver que celles financées de façon indépendante. » Remarquons au passage que ces opérateurs n'ont pas donné suite à nos demandes d'interview. C’est bien dommage.


UNE SOLUTION
Bonne nouvelle : nous pourrions parfaitement garder un réseau impeccable, et le confort du téléphone mobile avec, sans pour autant se ruiner la santé. La parade ? Multiplier les antennes-relais, ce qui permettrait de baisser drastiquement leur niveau d'émission. Mais là encore, les opérateurs refusent : c'est qu'installer une antenne coûte cher ... 100.000 euros environ. Et qu'il est plus aisé de booster leur puissance (au détriment de notre santé) que d'en produire de nouvelles. Pourtant, en 2003, la moitié des Français se déclaraient déjà inquiets face aux antennes-relais, et selon une étude récente, un Français sur trois pense que le téléphone mobile est dangereux pour la santé(6). Rappelons que selon l'article 1er de la Charte de l'Environnement, "Chacun a le droit de vivre dans un environnement équilibré et respectueux de la santé." Il serait temps d’honorer cet article avant qu’il ne soit trop tard.


(1) Michael Repacholi (2) Professeur de cancérologie, président de l'ARTAC (Association pour la Recherche Thérapeutique Anti-Cancéreuse www.artac.info), et auteur de "Avant qu'il ne soit trop tard" (Ed. Fayard, avril 2009)  (3) Association Nationale pour la sécurité sanitaire dans les technologies sans fil, www.robindestoits.org (4) Auteur de "Et si la téléphonie mobile devenait un scandale sanitaire ?", éd. du Rocher, 9€90. (5) Institut national de prévention et d’éducation pour la santé (6) TNS SOFRES



TEMOIGNAGES :

ANDRE, MUSICIEN, MARIE, DEUX ENFANTS DE 9 ET 10 ANS
« C'est arrivé d'un coup, il y a deux ans. Maux de tête, trous de mémoire, vue trouble, insomnies, mal dans les os ... Ca a très vite dégénéré. Je n'ai pas compris tout de suite, et les médecins non plus, évidemment. Quand j'ai remarqué que ça allait mieux hors de mon appartement, j'ai fait le lien avec ces antennes-relais UMTS(1) que des ouvriers installaient sur mon toit, et la carte wifi que je venais de mettre dans ma freebox. J'ai alors cherché des informations et ai découvert l'association Robin des Toits. Avec l’électrosensibilité, ma vie a changé : musicien, je ne peux plus assurer ni concerts, ni tournée. Et encore, j'ai de la chance, puisque j'ai trouvé le moyen de continuer à vivre de la musique en restant chez moi - certains doivent totalement renoncer à leur métier, leurs passions ... J'ai également changé d’alimentation pour limiter les dégâts : je bois une eau spéciale, me nourris bio et fais des cures de compléments alimentaires. Tout ça, je l'ai découvert en tâtonnant, selon ce qui réduisait ou augmentait les symptômes. Ma casquette et mon gilet sont tapissés d'une feuille d'argent, pour blinder le passage des ondes. J'ai aussi dû équiper mes fenêtres de rideaux protecteurs et recouvrir les murs de mon appartement de feuilles d'aluminium. Aujourd’hui, je suis responsable du réseau Electro hypersensibilité chez les Robin des Toits, qui met en relation les gens comme moi. Dieu merci, ma femme est mes enfants ne sont pas électrosensibles … Mais du coup, ils sont très au courant des risques des technologies sans fil ! »
(1) Qui permet la 3G et le web sur les téléphones portables, encore plus puissante que les classiques, NDLR


SILVANA, 31 ANS, ATTACHÉE DE PRESSE
« Mon cas n'est pas très grave, mais assez clair pour être gênant. Depuis que j'en parle, j'ai découvert que beaucoup de gens en souffrent. Tout a commencé par des migraines terribles, surtout la nuit, qui se sont soldées par l'explosion d'une petite veine dans ma tête. A l'hôpital, ils m'ont fait des examens, et  lors de l'IRM, les douleurs ont repris. Je vis dans un immeuble composé uniquement de studios, et au mois de septembre, plein d'étudiants avaient emménagé, apportant avec eux ... leurs box internet. Je recevais une quinzaine de réseaux wifi chez moi ! Surtout, ma voisine avait installé son émetteur contre la paroi jouxtant mon oreiller. Quand j'ai fait le lien, j'ai été voir tous mes voisins. Certains n'y croyaient pas, mais la plupart ont bien voulu revenir à la connexion filiaire : depuis que je ne reçois que deux ou trois réseaux chez moi, tout va bien. L’impact des ondes est scandaleux. Il faut en parler. Il faut que les choses bougent. »




ENCADRÉ 1 : LES FEMMES ENCEINTES ET LES ENFANTS D'ABORD

Les scientifiques sont unanimes : c'est pour les enfants et le foetus que le danger est le plus grand. Le cerveau des petits, moins protégé que le nôtre en raison d'une paroi crânienne plus fine, est non seulement plus sensible aux ondes électromagnétiques (il en absorbe 60% de plus que nous !), mais en plus, il est en plein développement. Sans oublier que contrairement à nous, ils sont "nés dedans" et y seront exposés toute leur vie. En 2006, 70% des petits Européens de 12-13 ans et 23% des 8-9 ans possédaient déjà un mobile. Ne contentant pas de s'en servir pour téléphoner, ils l'utilisent en continu pour envoyer des sms, prendre des photos, jouer ... Evidemment, le marché fait tout pour les "draguer", tant du côté des opérateurs (en 2007, SFR proposait une offre "renversante" pour équiper les petits) que des fabricants de téléphones (le MO1 d'Imaginarium, dès 6 ans). Une aberration qui, heureusement, pourrait changer : suite au Grenelle, l’éventualité d’une interdiction de ce type de publicité pour les enfants est actuellement examinée. A souligner : la console de jeux Wii (un carton chez Nintendo, utilisant la technologie du Bluetooth) ou le lapin Nabaztag (fonctionnant par wifi) les exposent également aux ondes. Concernant les antennes-relais, des associations se battent pour les éloigner des écoles, comme le collectif lyonnais Ecole Sans Antennes. On se remémore l’affaire de St Cyr l'Ecole, où 11 cas de cancers ont été relevés en 12 ans (soit deux à trois fois plus que la normale, dont deux décès par la très rare tumeur du tronc cérébrale) dans un établissement scolaire coiffé de quatre antennes-relais. A Grasse, SFR a été condamné a déplacer une antenne proche d'une école suite à des troubles de santé des enfants. A Courbevoie, le maire a fait supprimer toutes les installations wifi des écoles de sa commune. Si les enfants sont particulièrement vulnérables, le fœtus l’est aussi : ses cellules, tout comme l'eau du placenta, sont très sensibles à l'énergie dégagée par un téléphone mobile. Le Pr Belpomme, dont les risques de cancer chez les enfants ou chez les futurs adultes, suite à une exposition à des facteurs environnementaux durant l’enfance, sont le cheval de bataille, insiste : si les femmes enceintes ne doivent jamais approcher un portable de leur ventre, l'idéal est de cesser complètement de l'utiliser pendant la grossesse, et de supprimer toute source de wifi de leur domicile. Avis aux futures mamans …



ENCADRE 2 : QUE FAIRE POUR SE PROTEGER ?

Si notre article vous a fait paniquer, rassurez-vous : il existe des solutions pour réduire les risques en attendant que la loi change. Notre top ten des conseils des experts.
1 - Pas de portable pour les enfants avant 15 ans !
2 - Ne téléphoner que quand le réseau est très bon (sinon, le téléphone rayonne encore plus fort pour fonctionner)
3 - Pas de portable en voiture, train, métro ... Le mouvement obligeant le téléphone à sans cesse chercher du réseau, augmentant la puissance d'émission des ondes, et la structure métallique autour les emprisonnant et les répercutant sur vous (effet cage de Faraday).
4 - Utiliser systématiquement un kit-piéton (avec fil).
5 - Désactiver le wifi sur les "box" internet et préférer une connection filiaire.
6 - Reprendre l'usage du téléphone fixe ... mais pas un sans-fil ! Un bon vieux combiné classique. Ca tombe bien, ils en font de très beaux en ce moment.
7 - Ne pas porter votre téléphone portable contre le coeur, l'aisselle, la hanche, ou près des parties génitales (oui, on oublie les poches).
8 - Limiter le nombre et la durée des appels (l'idéal : pas plus de 5 appels de 3 mn par jour !)
9 - Eteindre votre téléphone portable la nuit (vous verrez, votre sommeil changera radicalement).
10 - Penser au "téléphonisme passif" ... Eloignez-vous de vos amis quand vous passez un coup de fil !


Photos Christian McManus, portraits Franck Courtès
Tag(s) : #Société - Lifestyle