Les mythiques, adorables et insupportables Parisiennes se dévoilent au Musée Carnavalet. Yummy.
Qui ne les connaît pas ? Les sublimes évaporées de Kiraz, héroïnes d’albums, de magazines (Marie-Claire, Gala, Paris-Match, Elle,
Playboy US) et autres publicités légendaires (Canderel, Clio Chipie, Nivéa), parlent à toutes les générations et ne se démodent jamais. Un peu comme les vraies belles pièces de
haute-couture ou le Chanel 5, elles ne prennent pas une ride. Et toujours nous dérident (oui, j’aime les jeux de mots faciles).
Le musée Carnavalet a eu l’excellente idée de monter la toute première rétrospective des oeuvres d’Edmond Kiraz (Kirazian de son véritable nom), avec près de 250 œuvres réunissant
joyeusement gouaches originales, peintures inédites, dessins, photographies, coupures de presse ou affiches publicitaires. On s’y balade avec gourmandise, avide de lire chaque accroche, chaque
fois plus parfaite que la précédente. En revanche, conseil d’amie : vu que c’est écrit tout petit, il vaut mieux y aller à une heure de faible affluence (je me suis mangée le vernissage, je sais
de quoi je parle).
Nées dans les années 50, inspirées de Modigliani (mais oui, regardez les grands yeux, les petits seins, les jambes improbables et le postérieur racé), les Parisiennes ne sont drôles
que parce qu’elles sont vraies, même si un peu poussées. Sensuelles sans être vulgaires, cruelles sans être méchantes, légères sans être stupides, piquantes, émouvantes et hilarantes, elles nous
touchent. Tout en cherchant un homme parfait, riche de préférence, soumis mais viril, fidèle mais successfull (ben voyons), elles shoppent (beaucoup), imaginent ("J'ai trouvé un grand cheveu
blond sur son veston ; mais c'est peut-être celui d'un copain"), ragotent ("Elle m'a dit tant de choses qu'il ne faut pas que je te répète que je ne sais plus par où commencer"), se dorent la
pilule en rêvant mariage (« "Dommage que je n'ai personne sous la main : le blanc va si bien à mon bronzage"), pestent (« Il m’a lâchement abandonnée après m’avoir donné des goûts de luxe »), se
font arrêter par la police ("Je n'emmène jamais ma carte grise avec mon tailleur rose"), et même prient Dieu ("Je suis désolée de vous importuner, mais le garçon que vous m'avez fait rencontrer,
ce n'est pas encore ça"). Crédit photographique Laurent Lecat