EKWO
"OGM : des vertes et des bien mûres"
Sortie du film "Future of Food" en DVD
Juin 2006
Vous avez quelques tomates dans votre jardin, ou un pot de basilic sur le rebord de votre fenêtre? Imaginez que quelqu’un se présente à votre porte et vous dise que ces légumes lui appartiennent ; voire, que vous lui devez de l’argent. Caméra cachée, science-fiction ? Pas du tout. Sauf que l’affaire est bien plus juteuse quand elle concerne des tonnes de colza plutôt qu’un pauvre pot de ciboulette. Dans « Future of Food », Deborah Koons Garcia dénonce les délires de la biopiraterie, au terme d’une enquête qu’elle a mené pendant trois ans. Parce que la loi autorise de breveter le vivant (vous avez bien lu), des transnationales comme Monsanto laissent leurs graines génétiquement modifiées se balader dans la nature, et viennent ensuite réclamer des milliers de dollars aux agriculteurs qui n’y comprennent rien. Et pour cause : l’espion de la firme est le pollen, et son indic, le vent. Difficile à croire, et pourtant. La réalisatrice règle aussi son compte à la légende selon laquelle la transgénèse est « un espoir pour faire reculer la faim dans le monde » : la famine n’est pas un problème de production, mais d’accès, et pour l’instant la recherche biogénétique se consacre bien plus aux pesticides qu’à la productivité ou à un quelconque intérêt nutritionnel. Tout en écoulant ses productions hybrides à un prix que les PVD ne peuvent concurrencer. Le film aborde également la crainte, légitime, du contenu de l’assiette de demain, la santé de nos enfants, ou encore la perte de la biodiversité aux profits de quelques variétés élues. Notre dernier édito parlait d’un nouveau cinéma d’éthique : dans la lignée des docus coups de poing, « Future of Food » est une pépite. A regarder, et à diffuser, pour que l’Europe reste une épine douloureuse dans le pied des géants de l’abus.
Sortie le 9 juin
Le site du magazine : www.ekwo.org
Vacances Pratiques
"Dans la jungle de Borneo"
Tourisme au Sarawak
Novembre 2006
Une île mythique, la forêt vierge, des grands singes et les chasseurs de tête : Bornéo, loin du tourisme de masse, invite à un voyage pas comme les autres.
Lorsqu’on atterrit au Sarawak, état malaisien du nord-ouest de Bornéo, c’est d’abord l’humidité qui frappe. Une chaleur étouffante qui peut se transformer en pluie violente : avec un tel climat, on comprend mieux pourquoi cette région, recouverte par la plus ancienne forêt primaire du monde, abrite une vie animale et végétale exubérante. La jungle, la vraie, telle qu’on la fantasme depuis l’enfance … Nous avons une semaine pour en explorer les richesses, à partir de la ville de Kuching, capitale du Sarawak et point de départ idéal des voyageurs.
LE PARC NATIONAL DE BAKO
Parallèlement à une déforestation effrénée (le Sarawak fournit près de 30% des exportations mondiales de bois de charpente), la Malaisie développe un solide réseau de parcs nationaux. Cette prise de conscience écologique est possible grâce à la bonne santé économique du pays. Nous avons choisi de visiter le parc de Bako, qui est le plus ancien. A moins de deux heures de Kuching, cet espace protégé se rejoint par bateau depuis Kampung Bako (80RM* aller-retour pour 6 personnes, +10RM l’entrée du parc). Sur le trajet, on admire la mangrove et son rideau de palétuviers qui protège le rivage, les plages de sable blanc, et les falaises sculptées par le temps – comme cette tête de serpent géante jaillie de l’eau.
Une fois sur la rive, le trek commence : sous les assauts des moustiques (prévoir un bon répulsif), nous progressons silencieusement dans la jungle dense et verte. Et enfin, nous les voyons : les nasiques, des singes au nez concombresque vivant uniquement sur Bornéo. C’est un mâle et son harem qui passent d’arbre en arbre sous nos yeux médusés – personne n’ose bouger, et nous n’entendons que le bruit de scierie des cigales locales. Le parc propose 17 sentiers de randonnée, bien indiqués, et celui que nous avons choisi grimpe tout en haut d’un point de vue exceptionnel sur la côte et la mer de Chine – ça valait le coup. Sur le chemin du retour, pas de calao rhinocéros (oiseau emblématique du Sarawak à énorme bec rouge et jaune), mais des macaques peu farouches (et voleurs !), des lézards géants, et des fleurs carnivores pansues, les nepenthes. Bon à savoir, le parc a une cafétéria (où nous mangeons pour 6RM), un centre d’information et des chalets où passer la nuit (de 50 à 300RM).
SEMENGGOH : LE PARADIS DES ORANGS-OUTANS
Etape suivante, la réserve naturelle de Semenggoh. Au cœur de cette forêt classée, à une demi-heure de bus de Kuching, se trouve le Centre de Réhabilitation des orangs-outans. Ceux-ci, qu’on ne trouve qu’à Bornéo et Sumatra (Indonésie), ont vu leur nombre diminuer de façon dramatique en raison de la déforestation galopante et du braconnage. Il n’en reste même pas 2000.
Quand un singe est sauvé, il est amené au centre. On commence par le soigner afin de le rendre à la forêt en parfaite possession de ses moyens, tout en évitant qu’il s’habitue trop à l’homme. Pendant un temps, bien que lâchés dans la jungle environnante, ils viennent s’alimenter ici. Pour les voir, nous marchons à travers la forêt jusqu’à nous trouver à une vingtaine de mètres de la plate-forme où les « hommes de la forêt » (orangs-outans en malais) vont venir déjeuner. Dominic, un des employés, dispose sur l’estrade bananes, œufs, papayes et noix de coco, que certains des primates, avec leurs petits, attrapent déjà. Soudain, un murmure parcourt l’assistance : au loin, les arbres immenses se ploient comme des roseaux, et une énorme masse rousse s’approche. C’est Ritchie, mâle de 100 kilos, star du centre, qui s’installe tranquillement en promenant sur nous des yeux blasés. Saisissant. Le regard d’un orang-outan n’est pas le même que celui d’un autre animal. L’émotion est étrange, très forte.
De retour à la clinique, nous discutons avec Abdul Rahman, le manager, qui travaille ici depuis trente ans. Passionné, à la limite de la colère, il nous parle du trafic d’orangs-outans et ses motivations plus glauques les unes que les autres : cirques, pubs, combats, mais aussi la mode des NAC (Nouveaux Animaux de Compagnie), hobbie pathétique de certains VIP – le plus célèbre étant Mickaël Jackson. On paie un million de ringitts (environ 215.000€) pour un bébé orang-outan, sachant que pour attraper le petit il faut tuer la mère, voire d’autres singes venus en renfort … Pour Abdul Rahman, la victoire, c’est quand le primate soigné ne met plus un orteil au centre. Ca signifie que la mission est accomplie, dit-il en souriant enfin.
SEJOUR CHEZ LES COUPEURS DE TÊTE
Le Sarawak offre aussi une autre aventure : la rencontre avec les ethnies locales, qui constituent plus de la moitié de la population du pays. Nous nous rendons dans un village Iban, atteint après quatre heures de route cahoteuse et une demi-heure de pirogue sur la rivière Lemanak (images sublimes). Accueillis en musique, nous montons les étroites marches du tronc encoché : nous voici à l’intérieur de la longhouse, maison communautaire en bois de 200 mètres de long qui abrite une vingtaine de familles sous le même toit. La longue véranda où nous nous trouvons est le ruai, l’espace commun, et les portes alignées le long du mur ouvrent sur les logements de chaque famille. A l’extérieur, des planches branlantes constituent une sorte de terrasse parallèle, où traînent la volaille et quelques chiens. Respectant l’étiquette, nous enlevons nos chaussures et buvons le rituel verre de tuak (alcool de riz) offert à l’arrivée. Puis, assis par terre autour d’un thé, nous rencontrons quelques familles, et le chef du village, Kanyah, répond à nos questions : la culture iban, leur artisanat, leur mode de vie, leurs tatouages … Notamment, la tortue qu’arborent certains hommes sur le cou, et qui indique leur bravoure - rappel discret de leur tradition de chasseurs de tête (malgré l’interdiction légale, la pratique subsiste). Soit ! Il est temps d’aller se laver à la rivière (en sarong), puis de manger, à même le sol. Durant le succulent repas que nous prenons chez l’une des familles (fin, épicé et copieux), nous voyons les voisins défiler pour grignoter ou papoter, les portes ne cessant de s’ouvrir. Ce sera la même chose au petit-déjeuner ! Puis, lors de la cérémonie traditionnelle avec danses en costume, nous offrons nos cadeaux (papeterie, thé, café), et recevons en échange un nouveau verre de tuak. La soirée finit en discussions animées à la lueur des lampes à pétrole.
La nuit est courte sous les moustiquaires, les coqs réveillant les hommes dès 4h du matin pour leur départ aux champs – et nous avec ! Après un petit-déjeuner gargantuesque (riz, oeufs, café et beignets de banane), nous avons droit à une démonstration de sarbacane, puis nous traînons dans le ruai pour nous imprégner de la vie des habitants. Si les animations sont programmées pour chaque groupe de touristes (ici quelques personnes deux fois par semaine), et malgré le problème de la langue, il reste des instants spontanés où nous communiquons sur un regard, un geste ou un rire. La bêtise faite par un enfant, les aléas du temps ou le goût d’un plat font parfois s’évanouir les barrières linguistiques et culturelles. Une expérience à vivre.
*Ringgits malaisiens. 5RM = 1€.
L’HISTOIRE DU BON ET DU MAUVAIS TOURISTE
Lors d’un voyage comme celui-ci, le sort des Amérindiens ou d’autres ethnies (comme les Padawng en Thaïlande) clignote dans notre esprit : le tourisme est-il une bonne chose ? La réponse des locaux est affirmative : les Iban ont besoin de cette nouvelle source de revenus, pour éviter les exils en ville - leur économie étant ruinée par la déforestation et la mondialisation. Les parcs nationaux aussi, pour continuer leur programme de protection. Et le pays entier bénéficie des apports étrangers. Mais il faut toujours penser à faire les choses de manière correcte. Car nous voyons encore trop de touristes mépriser les coutumes locales (et heurter les habitants), jeter leurs déchets n’importe où, utiliser le flash pour photographier les orangs-outans (les rendant aveugles) … la liste est longue. Les gouvernements locaux ne sont pas seuls responsables de la préservation de la jungle et de ses habitants : c’est aussi notre rôle, en visant un échange culturel enrichissant et respectueux. Le monde change inexorablement, mais nous pouvons peut-être orienter ce changement dans le bon sens. Et ce, avec plaisir !
• Formalités : Pas besoin de visa pour un séjour inférieur à trois mois, ni de vaccin spécifique. Le passeport doit être valide six mois après la date de retour.
• Deux agences pour organiser vos expéditions :
- Lotus Asia, à Kuala Lumpur
D-5-4 Megan Phileo Promenade, 189 Jalan Tun Razak
Tel. 03-2161-7075 Email: malaysia@lotusasiatours.com
- Borneo Transverse Tours & Travels, à Kuching.
No. 15, Ground Floor, Jalan Green Hill
Tel. 6082- 257 784 Email: bntv@po.jaring.my
www.vacancespratiques.com
ELLE à Paris
Page "URBAN ECOLO"
News environnementales à Paris
Octobre 2006
AGENDA
Salon Marjolaine
Du 3 au 12 novembre, le Parc Floral accueille le plus grand salon français dédié au bio et à la nature : 500 exposants pour une foule d'idées écocitoyennes. www.spas-expo.com , 01 45 56 09 09.
Journée Mondiale Sans Achat
J'achète donc je suis ? Une journée pour réfléchir à la surconsommation et laisser dormir la carte bleue, c'est le 25 novembre et c'est pas du luxe.
Atelier gourmand pour les petits
Le 22 octobre, les enfants découvrent la « Diversité des fruits et des graines sauvages », au jardin naturel du XX° arrondissement. Bientôt ce sont eux qui vont nous éduquer. Rens. www.paris.fr
LA COLO ECOLO
Parce qu'un ado a plus envie d?écouter un moniteur de ski (beau, fort, bronzé et trop cool) qu'un prof ou ses parents, l?UCPA participe cet hiver à la campagne « Eco Rider Attitude » de l'association Mountain Riders : durant leurs vacances, à travers jeux, infos et animations, les jeunes sont responsabilisés et sensibilisés à la préservation de la montagne et de l'environnement en général. Au-delà du message, un geste concret : pour chaque inscription, l'UCPA verse 1€ à l'association. Séjours 7/17 ans, à partir de 370€, www.ucpa.com.
CA FAIT CHAUD AU COEUR
- Le tramway à Paris, c'est 1000 nouveaux arbres et 36.000 m2 de gazon en plus.
- Pour compenser leur contribution à l'effet de serre lors de leurs tournées, le groupe Pearl Jam verse 100.000 $ à des associations qui combattent le réchauffement climatique.
- 72% des Français choisissent désormais des produits avec moins d'emballage (sondage Ifop).
CA FAIT FROID DANS LE DOS
- Selon l'OMS, 24% des maladies sont dues à des causes environnementales qui pourraient être évitées.
- Les glaciers alpins pourraient avoir complètement disparu d'ici 100 ans sous l'effet de la hausse des températures (CNRS).
- 8 Français sur 10 aimeraient s'exprimer sur la question du nucléaire par référendum. Mais l'Etat a oublié de leur demander leur avis.
SHOPPING
Aujourd'hui, on peut s'habiller « environment friendly » sans ressembler à un ermite afghan ou un disciple de Raël. Pour preuve, ce jean équitable 100% coton bio de chez Ideo, LA marque qui sait conjuguer éthique, mode et sex-appeal, et ce sac Pikolinos (griffe espagnole amoureuse de la planète), en cuir de tannage végétal, colle à eau, gomme et colorants naturels. Jungle Jean Ideo, 129€, www.ideocollection.com. Sac Pikolinos, 100€, points de vente 01 55 80 70 54.
LE LIVRE
Les produit bios, trop chers ? Lylian le Goff balaie les idées reçues en nous aidant à respecter trois potes à nous en même temps : la Terre, notre corps et notre banquier. Médecin passionné par l'alimentation saine, il explique concrètement pourquoi le bio fait vraiment du bien, et comment le payer au juste prix - tout en livrant au passage quelques menus pour cuisiner telle la biochef. Parce que « manger bio, c'est pas du luxe, c'est une nécessité ». Tant mieux, c'est meilleur ... Manger bio, c'est pas du luxe, Lylian le Goff, éd. Terre Vivante, 17€.
LES BONS GESTES AU BUREAU
1. Préférez un joli mug perso aux gobelets en plastique de la machine à café.
2. Abusez des coups de fil, mails et autres visioconférences : vive la communication propre.
3. Calmez-vous sur les envois par coursier ! Il y en a sûrement des superflus.
4. Utilisez bien sûr les papiers (recyclés) dans leurs moindres recoins : un employé de bureau consomme en moyenne 75 kg de papier par an.
5. Shoppez sur www.unbureausurlaterre.com : agrafeuse sans agrafe, marqueur à base d'eau ou carnet en pneu recyclé, découvrez le matos de bureau intelligent.