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Publié par Caroline Rochet

 

Lettre ouverte au cardinal Giovanni Battista Re, préfet de la congrégation pour les évêques au Vatican.

Dans un communiqué de presse de février dernier, le Vatican a formulé le voeu de “faire de l'Eglise un endroit sûr pour les enfants". Le Pape François y écrit que "les familles doivent savoir que l'Eglise fait tous les efforts possibles pour protéger les mineurs".

 

Dans la mesure où le cardinal Giovanni Battista Re figure toujours au Collège des Cardinaux, et qu’il pourrait participer au synode d’octobre 2015 à Rome, une réflexion de l’Eglise sur la mission de la famille dans le monde contemporain, il nous a semblé important de revenir sur un fait qui nous avait profondément choquées en 2009.

 

"A vous, qui avez osé affirmer que le viol d’une petite fille de 9 ans, est “moins grave que l’avortement”, nous vous adressons cette lettre au nom de la liberté des femmes et du respect de l’enfance.

 

Nous vous écrivons aujourd’hui parce que vos propos sont scandaleux, insupportables, intolérables.

 

Rappelons les faits. En 2009, au Brésil, une petite fille de 9 ans est régulièrement violée par son beau-père. Elle tombe enceinte. De jumeaux. La loi brésilienne autorisant l’IVG en cas de viol ou de grave danger de santé (ce qui était doublement le cas pour cette enfant), elle se fait avorter à l’hôpital grâce à l’aide de sa mère, qui ignorait tout des faits et fuit le domicile conjugal pour sauver ses enfants. C’est alors que l’archevêque de Recife juge bon d’excommunier cette petite fille, sa mère, et tout le corps médical ayant pratiqué l’IVG. Face à la polémique, le Vatican le soutient, en la personne du cardinal Giovanni Battista Re.

 

 

Le beau-père, lui, le violeur, le criminel, n’a pas été excommunié. Et non. Parce que, comme vous l’avez dit, “le viol est moins grave que l’avortement”. Écoeurement. Stupéfaction. Nous rappelons que cet homme abusait de l’enfant depuis ses 6 ans, ainsi que de sa sœur aînée de 14 ans, de surcroît handicapée. Cet homme, selon vous, mérite de rester dans votre Eglise, mais pas cette petite fille abusée, meurtrie, torturée, ni ceux qui ont voulu l’aider. Mais messieurs, quel genre d’Eglise est votre Eglise …?

 

C’est cette même Eglise, bien sûr, qui condamne encore et toujours l’avortement, obstinément fermée à cette idée même au 21ème siècle. A Marie Claire, nous défendons au contraire ce droit car nous sommes féministes, et qu’être féministe, c’est lutter pour l’avortement libre et gratuit. Permettez nous à ce sujet de citer “l’Appel des 343”, texte historique français (1971) : “Les femmes sont celles de qui la condition est unique dans l’histoire : les êtres humains qui, dans les sociétés modernes, n’ont pas la libre disposition de leur corps. Jusqu’à présent, seuls les esclaves ont connu cette condition.” Cette petite fille était une esclave. Permettez-nous également de vous confier un scoop : le fait que l’avortement soit légal ou non dans un pays ne change que très peu le nombre d’IVG qui y est pratiqué. Car une femme qui a décidé d’avorter en trouvera toujours le moyen, quitte à mettre sa vie en péril.

 

Toutes les 9 minutes, dans le monde, une femme meurt d’un avortement clandestin. Aurait-on du ajouter au calvaire de cette petite fille violée le danger mortel d’un avortement illégal ? Expliquez-nous un peu, messieurs, expliquez-nous un peu quelle est cette Eglise, quel est ce Dieu qui garde en son estime un homme capable de violer un enfant, mais rejette l’enfant violée ? Expliquez-nous comment et pourquoi nous devrions croire que ce Dieu est “amour” ? Votre argument, je cite, est que "Il faut toujours protéger la vie”, et que “les jumeaux conçus étaient des personnes innocentes qui ne pouvaient être éliminées”.

 

Mais c’est cette petite fille, la vie, c’est cette petite fille, l’innocente ! Avez-vous eu 9 ans, cardinal ? Avez-vous, à défaut, déjà vu un(e) enfant de 9 ans ? Pouvez-vous imaginer ce qu’est réellement le viol d’un être si petit ? Vous représentez-vous concrètement le calvaire qu’a subi cette petite, la peur, la honte, la torture, la pénétration d’un sexe adulte, la douleur, la souffrance infinie, et ce dans l’univers clos de son foyer ? Probablement non, puisque, déjà en 2002, vous défendiez les cardinaux américains un peu trop cléments envers les pratiques pédophiles de l'Église catholique ... Et que vous avez même signé "la demande du Vatican aux évêques américains de revenir sur la décision d'appliquer désormais une tolérance zéro contre les religieux coupables d'abus sexuels".

 

Si c’est de cette Eglise là que ces personnes ont été excommuniées, nous considérons alors que c’est un honneur pour elles que de ne plus faire partie de cette communauté, car elle va à l’encontre de toutes les valeurs humanistes qui devraient régir la société. Nous espérons que comme l’écrit le pape François dans son dernier communiqué, l’Eglise prendra désormais réellement en consideration les victimes d’abus sexuels et ne fermera plus les yeux."

 

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SRU de Nantes 15/05/2015 17:00

J'ai beaucoup apprécié votre initiative de lettre ouverte au cardinal Giovanni Battista Re. J'éprouvais en effet un sentiment d'indignation profond sans avoir le talent (et aussi le courage) nécessaires pour l'exprimer à d'autres qu'à mon entourage direct. Je ne m'étendrai pas sur ma vision des instances religieuses, quelles qu'elles soient, car mes opinions sont tout à fait en accord avec celles de Lilith, qui résume les choses avec efficacité et pugnacité.
Je souhaitais juste vous dire merci. Merci pour votre courage. Merci pour votre lucidité. Merci de vous élever contre les aberrations que constituent les dogmes religieux et contre leurs conséquences aberrantes et inhumaines.
Stéphanie R

Lilith 13/05/2015 11:57

Ce silence frileux et qui du coup va dans le sens de la tolérance de ces choses infâmes ne m'étonne pas. Dans cette Eglise et dans toutes les grandes instances religieuses ( mais aussi des instances politiques, avec des faits récents qui nous le rappelle ), il règne une complicité qui n'est plus à démontrer hélas face à la pédophilie, et d'autres actes de barbaries envers les femmes, les plus faibles. Je soutiens au moins moralement votre combat ! Mais je le dis sans détour : je ne me gêne pas non plus pur envoyé des lettres, faire des commentaires là il le faut. J'appuie aussi toutes les pétitions nécessaires pour faire bouger les choses lorsqu'il s'git de lutter plus efficacement contre l'exploitation sexuelle des enfants et des femmes.
Que les prêtres se marient et aient des enfants ? Vous n'y pensez as ! Songez que Jésus n'est-ce pas était un homme célibataire !!! Ben voyons : avec tout ce que l'on a appris sur Marie-Madeleine et Jésus !!!! Enfin bon, on va pas refaire le monde ici. Moi, je m'exprime sur le net et je ne me gêne franchement pas pour même envoyer des lettres !
Merci d'avoir répondu à mon commentaire. Je suis heureuse de voir à chaque fois des gens comme vous qui osent et qui dérangent, chamboulent, dénoncent fièrement et publiquement de telles obscénités, surtout quand il s'agit de dénoncer ces horreurs au sein même de ces religions qui parlent de respect, de morale, de paix, d'amour. Et j'englobe toutes les religions là-dedans !

lilith 13/05/2015 00:02

Merci d'avoir osé écrire cette lettre ouverte.
j'aimerais savoir ce qu'en pensent les évêques? si cela les fait réfléchir ? si cela le s interpelle ? Ou pas ? J'aimerais avoir des suites de l'affaire.
personnellement, je ne suis guère étonnée de des propos tenus par cet Evêque. L'Eglise Catholique, et c'est à le regretter, mais c'est ainsi, est un repère de pédophiles jamais vraiment inquiétés, ou si peu...Je ne regrette vraiment pas d'être sortie de cette Eglise très perverse, aux antipodes de ce qu'Elle prétend croire, et d'être sortie en claquant la porte. Ils ( et elles ! ) me dégoûtent trop !

caroline rochet 13/05/2015 09:29

Bonjour
Merci pour votre commentaire. Avant d'écrire cette lettre, j'ai voulu interviewer un ou des représentants de l'église catholique en France, mais je me suis prise une porte fermée ... Ils n'ont jamais voulu donner suite. Tant pis pour eux, c'est dommage, ils auraient pu prendre position et donner leur opinion.
Je suis d'accord avec vous sur le fait que ce dogme abrite hélas beaucoup de pédophiles (preuves à l'appui) mais les choses bougent tout doucement puisque l'on commence à en parler et à les juger, enfin. Mais ça ne va pas assez vite et il y a encore trop de tolérance douteuse parfois. Peut-être pourraient ils déjà autoriser les prêtres à avoir une vie sexuelle et aux femmes à célébrer le culte, ça ne changerait pas tout mais ça limiterait probablement un peu la casse (moins de frustration n'éradique pas la pédophilie mais c'est quand même une des clefs du problème).
Quant à votre dernier point, je vous rejoins : moi même baptisée, scolarisée en école privée catholique, première communion et profession de foi, j'ai grandi, compris et claqué cette porte avec fracas et d'ailleurs celle de toutes les religions - qui laissent toujours les plus faibles sur le côté malgré leurs grands principes, abêtissent les enfants (créationnisme et cie), rabaissent les femmes (voile, interdiction de décider de leur corps, interdiction d'avoir un rôle dans l'église ou dans la vie, etc etc), jugent, nient la science, évitent d'être responsable de ses actes (c'est dans les mains de dieu et autres stupidités) et bien sûr servent de prétexte lamentable pour faire la guerre. Je pourrais écrire un livre sur le sujet :-)
Bonne journée

paulexou 20/03/2015 10:45

Bonjour,

Grâce aux maternelles, j'ai pu prendre connaissance de votre article. Juriste avec une spécialité sur les droits de l'enfants, je ne peux qu'approuver votre excellent article. Il est grand temps que le Vatican dépoussière leurs évéques, cardinaux et autres qui ont de tels propos. A t-on des chances de la constater avec le pape François ????
Il faudrait que ces hommes donneur de leçons se rappellent (entre autre) de l'article 19 sur les droits de l'enfant :
Selon l'Article 19 de la Convention Internationale des droits de l'enfant (20 novembre 1989), la maltraitance renvoie à "toutes formes de violences, d'atteintes ou de brutalités physiques et mentales, d'abandon ou de négligences, de mauvais traitements ou d'exploitation, y compris la violence sexuelle" ainsi que l'article 24 "L’enfant a le droit de jouir du meilleur état de santé possible et de bénéficier de services médicaux. L’État met un accent particulier sur les soins de santé primaires et les soins préventifs, sur l’information de la population ainsi que sur la diminution de la mortalité infantile. Les États encouragent à cet égard la coopération internationale et s’efforcent d’assurer qu’aucun enfant ne soit privé du droit d’avoir accès à des services de santé efficaces".
Pour ma part, j'ai mis sur mon compte fb votre article en espérant qu'il puisse être partagé et lu au maximum.
Enfin, juste en parenthèse, il est bon d'écouter après avoir lu votre article la chanson de Francis Cabrel "les cardinaux en costume".
Bonne journée et encore merci

caroline rochet 20/03/2015 11:28

https://www.youtube.com/watch?v=vgybFfh08-s#t=135

caroline rochet 20/03/2015 11:05

MERCI ...! Merci beaucoup pour votre commentaire mais surtout de faire ce métier.
Et pour Cabrel, je plussoie ;)
Bonne journée à vous

potez 20/03/2015 09:31

Effarant...... En qui faut-il croire ? Qu'ont fait les hommes des religions ! Cette jeune fille maintenant a sa vie bien abimée, qui s'en soucie ? Nous avons encore du travail !!!!!!!

caroline rochet 20/03/2015 09:35

oui :-(
c'est terrifiant. et ce cardinal vient ensuite donner des leçons sur la Famille ...? Sérieusement ? !