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Musique

MARIE CLAIRE


David Lynch en vrai


Août 2008


 

Après le cinéma, la peinture, la photo et la musique, le monstrueux génie d’Hollywood a choisi de se raconter dans un livre. Rencontre et balade dans un cerveau pas comme les autres, surprises comprises.


 







Ce qui est intéressant avec les films de Lynch, c’est que contrairement aux Ch'tits, ils ne font pas l’unanimité. La plupart du temps, leur évocation suffit à provoquer chez les gens moult réactions variées - virulentes de préférence. Certains crient au foutage de gueule (surtout depuis le nébuleux INLAND EMPIRE de l’année dernière), d'autres s'inquiètent gentiment du taux de drogue que le réalisateur doit s’enfiler, des cyniques proposent que ses films soient sponsorisés par l'Institut National du Sommeil, tandis que les inconditionnels - comme l'auteure de ces lignes - tombent brutalement en pâmoison à l'évocation du Maître. Du surréaliste Eraserhead (1976) à l'envoûtant Lost Highway (1997), du torride Mulholland Drive (2001) à la riche exposition artistique de la Fondation Cartier (The Air Is On Fire, 2007), en passant par ses productions musicales (Blue Bob en 2002 et les B.O de ses films), Lynch étonne, dérange, trouble, fascine. Tout en accumulant grands prix d’Avoriaz, Césars, Palme d'Or, nominations aux Oscars et Lion d'Or de la Mostra, toujours muni de son sourire tranquille, sa mèche rebelle et une éternelle clope au bec. Le cinéaste reste d'autant plus déroutant que, amoureux de l’abstraction oblige, il déteste donner des explications à son travail, préférant nous laisser interpréter les choses à notre manière. Force du mystère. Cette fois pourtant, Lynch lève un coin de voile avec Mon histoire vraie(1), entre autobiographie et recueil de pensées. Il y explique la façon dont lui viennent ses idées, sa vision du monde et du cinéma, les bienfaits de la Méditation Transcendantale ou encore pourquoi il aime les Français, Fellini, les pins d’Oregon et la beauté du feu. De cet ouvrage et de notre entretien lors de son passage à Paris, il ressort qu’en vrai, le créateur de Twin Peaks est un homme (presque) normal, certainement pas banal, et surtout jamais là où on l’attendrait. La preuve par cinq.



1 --- David Lynch est un homme heureux
Malgré ce que ses oeuvres hantées de meurtres sanglants, fœtus d’animaux et autres schizophrènes délirants pourraient laisser craindre, le réalisateur de Blue Velvet n'est pas un psychopathe maniaco-dépressif. Il est équilibré, ne se drogue pas (excepté à son propre café(2)) et reste émerveillé par la vie : « Un jeu fantastique, la vie. » Mais alors, pourquoi ces films dark ? « Ce sont des histoires ! Qui reflètent notre monde tel qu’il est, avec des hauts, des bas, des bons et des méchants. On n’a pas besoin d’être dépressif pour écrire ça, ni de commettre un meurtre pour filmer un meurtre … Au contraire : le bien-être protège comme un gilet pare-balles, et rend créatif. » Le réalisateur aurait-il subi une bonne psychanalyse pour arriver à cet état de béatitude ? Même pas. « Une fois, je suis allé voir un psychiatre. Je lui ai demandé : « Pensez-vous que la thérapie soit susceptible d’endommager ma créativité ? » Il a répondu oui. Alors je lui ai serré la main, et j’ai fichu le camp. » Dommage pour le psy, qui a laissé filer le patient de sa carrière. Tant mieux pour nous.


2 --- David Lynch n'est pas Tom Cruise
L’explication de son bonheur, le cinéaste l’étale tant dans son livre que durant notre entretien : c’est la Méditation Transcendantale, technique de relaxation profonde et de développement de la conscience inspirée de l’hindouisme. « Je médite deux fois par jour depuis trente-cinq ans. Cette expérience, unique, amplifie le plaisir de vivre et chasse la négativité. » Il a même créé une fondation(3) pour qu’elle soit enseignée dans les écoles : « La MT aide les enfants à surmonter le stress, fait reculer la violence, et améliore les performances scolaires ». Lynch serait-il à la Méditation Transcendantale, parfois classée comme mouvance sectaire(4), le VRP-people que Tom Cruise est à la scientologie ? « C’est une technique mentale, une forme de méditation antique, pas une secte ! Vous n’avez pas à changer de religion, donner votre argent, vous agenouiller devant un gourou ou renoncer à quoique ce soit. Je serais bien le dernier à vouloir faire ça. Quand les sceptiques s’informent, ils découvrent que leurs craintes étaient infondées, et que des études prouvent l’efficacité de la méthode. Tout ce qu’ils risquent, c’est plus de paix. » Le débat reste ouvert, mais on admet que ce discours est autrement plus supportable que le prosélytisme forcené d’un Cruise au mieux de sa forme. Avec en sus, un effet dans leurs métiers respectifs un poil plus convaincant ...


3 ---David Lynch est poissonnier
Tout fan (ou journaliste) croisant le réalisateur d’Elephant Man a envie de lui demander d’où lui viennent ses idées dérangeantes et poétiques. De ses cauchemards ? D’un shoot d’héro ? D’une nuit sans lune riche en inspirations fantastiques ? Réponse du cinéaste de l’étrange : « Les idées sont comme des poissons. Les petits sont proches de la surface de l’eau, et les gros – plus beaux, plus purs - nagent en profondeur. Plus votre conscience s’élargit, plus vous plongez loin et trouvez de gros poissons. » Vous l’aurez compris, la Méditation Transcendantale a encore frappé. « Moi, j’utilise cette technique pour attraper des poissons-idées de cinéma, mais il existe toutes sortes de poissons-idées : pour le design, l’informatique, le commerce … » On imaginait une muse plus glamour, traversant langoureusement ses rêves. « Je n’ai pratiquement jamais tiré d’idées de mes rêves. Les poissons, pensez aux poissons ! » Un mythe s’écroule. Et dans notre esprit embrouillé, le Captain Igloo danse avec les hindous.


4 --- David Lynch est un authentique rockeur
Dans notre précédent article sur la « Rock’n roll attitude » (Marie Claire N°668), nous aurions pu citer le réalisateur coiffé de sa singulière banane. Fan de blues, de rockabilly et d’Elvis, compositeur et guitariste, truffant ses films de jeunes motards en perfecto et de B.O mythiques (Lou Reed, Bowie …), Lynch admet être un « rock’n roller » amoureux de la musique, mais pas un vrai musicien. Selon nous, il incarne surtout l’esprit rock par son indépendance : « Je tiens avant tout à être libre de faire un film comme je l’entends, de A jusqu’à Z. Si d’autres personnes s’en mêlent, le projet n’est pas cohérent et devient un échec, comme ce fut le cas pour Dune ». Il est également attristé par les formules qui régissent le cinéma aujourd’hui : « Si vous voulez faire quelque chose, faites-le ! Conservez votre propre voix, et cassez les codes ! Il n’y a pas de règles en art ». Philippe Manœuvre applaudirait.


5 --- David Lynch est presque français
Dans son livre, le réalisateur de The cow-boy and the Frenchman(5), officier de la Légion d’Honneur, avoue : « J’adore les Français ». On ne va certainement pas le contredire, mais on aimerait savoir pourquoi. « Paris est réellement la plus belle ville que j’ai jamais vue. Votre gastronomie est incroyable, l’architecture aussi. Tout est spécial, chez vous, très abouti culturellement ... Mais surtout, votre pays respecte merveilleusement les droits des artistes. J’ai eu beaucoup de chance d’être financé par des productions françaises ». Alors, à quand un film tourné à Paris ? « Il faudrait qu’une idée surgisse … » On prie donc pour qu’un poisson bien de chez nous aille nager dans les eaux lynchiennes tout prochainement.



ENCADRÉ :  SON ACTU SANS MYSTÈRES
Contrairement à ce que vous pourriez lire sur le Net, David Lynch ne travaille pas à une suite de Twin Peaks, ni à une adaptation de La Métamorphose de Kafka ou du Lolita de Nabokov (même si ces deux derniers projets lui trottent effectivement dans la tête). Pour l’instant, il se concentre sur sa peinture, de nouvelles photos et sa musique, ainsi qu’un documentaire sur la tournée mondiale qu’il a effectué pour promouvoir la Méditation Transcendantale. Il a également produit (sans intervenir sur la réalisation) le film de sa fille Jennifer Lynch, Surveillance, présenté hors compétition au dernier festival de Cannes. Pour la prochaine réalisation du père, il va falloir attendre un peu. Patience !


(1)    Ed. Sonatines, 19 €
(2)    Dingue de café, il a créé sa propre marque bio et équitable, le David Lynch Signature Cup Coffee.
(3)    Notamment par l’Unadfi, Union Nationale des Associations de Défense des Familles et de l'Individu, agréé par le Ministère de l'Éducation.
(4)    Fondation David Lynch pour l’éducation basée sur la conscience et la paix mondiale, http://thelynchfoundation.com.
(5)    Court-métrage, 1988.


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"Convertie" de Marie d'Auzon


juillet 2008



La religion est belle, l'extrémisme moins : une jeune Française raconte.






"Convertie", c'est l'histoire pas banale d'une jeune banlieusarde française un peu paumée qui découvre avec l'Islam la foi, la vraie, celle qui rend pur, fort et heureux. Envol direct au paradis par les tripes, par surprise et grâce à Allah.

Problème : ceux qu'elle va côtoyer abusent de cette croyance, traînent les femmes dans la boue et bâtissent un minuscule et cruel univers sur les piliers de leur névrose.

Des coups à l'enfermement en passant par des conditions de vie aberrantes, Marie d'Auzon raconte sans pathos ni affectation son étrange et difficile parcours au sein d'une communauté extrémiste au Sénégal, faisant clairement (et c'est là que ce bio-roman est intéressant) la part des choses entre beauté de la religion et perversion de certains de ses officiants. Ce qui, vous l'avouerez volontiers, est un problème souvent rencontré dans les basses cuisines de la foi ... toutes les fois (à la base, il paraît que Dieu n'est pas forcément un salaud, mais hélas, ses porte-paroles ne lui ressemblent pas toujours).

Au final, "Convertie" est un récit brut, sensible et nu qui vous emporte sans vous laisser indemne, tout en vous apprenant plein de choses avec une plume honnête. Et c'est ce qu'on peut attendre d'un bon livre.

"Convertie" de Marie d'Auzon (Editions du Toucan, 11 €).

 

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Tribute to Bob Dylan au Divan du Monde

juin 2008



Fans de Bob, réjouissez-vous ! Le 19 juin, c'est soirée Folk & Cinéma au Divan du Monde. We want you !



 
Dans la série de ses Ciné Party, le Divan du Monde a déjà fait très fort – notamment lors de son hommage à David Lynch, où une poignée de fidèles a pu visionner des courts-métrages, assister au concert inédit "Twin Peaks", et surtout rencontrer le maître himself lors de son passage à Paris.


Cette fois, c'est une soirée dédiée à Bob Dylan que nous propose la jolie salle parisienne le jeudi 19 juin : concerts, projections et DJ Set sont prévus pour fêter dignement la sortie du DVD de « I'm Not There », le film déjà culte de Todd Haynes sorti l'hiver dernier et retraçant à travers plusieurs personnages les différentes facettes de l'insaisissable chanteur (dieu que cette phrase est longue).



Au menu de la fête, d'abord quelques projections d'extraits du film, avec notamment Cate Blanchett (« Maggie's Farm » en version électrique), Christian Bale, Julianne Moore … Et surtout la fameuse scène d'amour d'Heath Ledger et Charlotte Gainsbourg, filmée sur la so culte chanson « I Want You » (chanson dont je suis personnellement totalement maboule, et que je conseille d'écouter à fond le matin pour démarrer la journée d'un joyeux pied plein d'entrain et/ou de luxure).


Et comme une soirée dédiée à un chanteur manquerait un peu de piment si elle ne proposait pas de concert, Nicolas Ullmann - master of ceremony définitivement indispensable à toute bonne soirée parisienne – invite sur scène des artistes fans du monsieur pour interpréter ses meilleurs morceaux. Dont Lilly Wood & The Pricks pour « I Want You » (Vous ai-je déjà parlé de cette chanson ?).



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Beau livre : Fifties, pin-ups et frigidaires

5 juin 2008



Ou comment entrer dans le monde merveilleux des années 50 grâce à un joli petit pavé en carton.

 
Voilà un bouquin qui ne passe pas inaperçu. Pour preuve : je l’ai laissé quelques temps sur mon bureau au journal (je travaille pour un magazine qui commence par Marie et finit par Claire), et nuit et jour, environ trois douzaines de personnes ont essayé de me le piquer fourbement - après avoir gloussé d’extase devant. Heureusement, j’avais l’œil.

Cartonné, coloré et parfaitement dosé, cet imagier rassemble le meilleur des fifties comme on les rêve, et, apparemment, comme elles étaient vraiment (d’après celles qui l’ont vécu, genre ma mère et une de mes copines de bureau à cheveux blancs).

Des couvertures de magazines mythiques (Votre Mode, Le Jardin des Modes, Arts Ménagers, Paris Match…) aux publicités tout aussi fringantes (réfrigérateurs Brandt, Bic, Sopalin, machine à écrire Hermès Baby, Vespa) en passant par les pin-ups (celles d’Esquire, d’Alfred Buell ou de Harry Ekman) ou les illustrations de déco intérieures à tomber par terre, impossible de ne pas hululer de bonheur à chaque page.



Ce qui est drôle, c’est que tout cela nous séduise tant aujourd’hui. A l’heure où acheter un litre de pétrole ou cent grammes de jambon grève le budget des ménages français, on salive devant l’insouciance et la consomm-action de cette période bénie d’après-guerre, très American way of life. A l’heure des iPhone et autres films d’animation bluffants, on regarde avec moult émerveillement et nostalgie des grille-pains préhistoriques et des publicités ultra basiques.


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MARIE CLAIRE

David Abiker (livre)

Juillet 2008





 
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