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Environnement



HOLALA

Pub & Environnement : le défi !

Juillet 2008


 

Sus aux publicités foutage de gueule ! Le Grenelle a frappé.

 

La pub a parfois du bon ... et souvent du mauvais (et c'est une ex pubarde qui vous le dit ! Oui, j'ai fait partie du monde de 99 Francs, et oui, j'ai même travaillé pour Total. On peut encore apercevoir de la marée noire sous mes ongles).

Côté environnement, par exemple, c'est parfois un véritable festival : des messages aberrants du type "achetez une voiture, c'est bon pour la planète" (je résume, mais vous voyez l'idée) sont plus ou moins acceptés sur votre petit écran. On rappelle au passage que 99 % des publicités automobiles ne respectent pas la loi concernant l’affichage des consommations de carburant et les émissions de CO2 par les véhicules. De même, n'importe quel fromage, ordinateur ou paire de chaussettes aime à se proclamer hautement écologique, conscients du juteux impact que ce genre de fausses justifications peut avoir sur les braves Français avides de vertitude. Ca s'appelle du "greenwashing", et ça marche tellement bien que le nombre de publicités utilisant l’argument écologique a triplé en l’espace d’une année !

Heureusement, il est bon de savoir que depuis le mois d'avril, des professionnels tentent activement de faire bouger les choses. En effet, suite au Grenelle de l'Environnement, une « charte d’engagement et d’objectifs pour une publicité éco-responsable » a été signée par le secteur professionnel de la publicité, le Ministère de l’écologie l’Ecologie, de l’Energie, du Développement durable et de l’Aménagement Territoire (MEEDAT), ainsi que le secrétariat d’Etat à l’industrie et à la consommation.

Concrètement, cette charte rassemble dans un Conseil Paritaire de la Publicité, des professionnels de la pub et des associations de consommateurs et de protection de l’environnement, pour éviter "la diffusion de messages incitant à des comportements éco-irresponsables" et limiter "les auto-proclamations environnementales". Voire même épingler les spots qui racontent n'importe quoi ("Les OGM, c'est bon pour la santé ! Vive les pesticides en intraveineuse ! Moi, mon secret de beauté, c'est la crème à l'amiante nucléaire !").

Pour l'instant, le travail se met doucement en place. Rendez-vous dans un an pour constater les améliorations ... ou pas ! On espère en tous cas que les véritables efforts verts seront mis en lumière, et les arnaques commercialo-mensongères définitivement rayées des spots, affiches et autres prints dont on nous bombarde quotidiennement. Voire, que l'intelligence créatrice des pubards (car j'en connais qui sont juste des dieux dans leur domaine) donne naissance à de purs joyaux environnement-friendly ... Personnellement, j'imaginerais même à Cannes (remise de prix internationale des meilleurs pubs, symbolisés par des Lions d'or, argent et bronze) un Lion Vert récompensant la meilleure pub vantant un réel produit green ... Avis aux kings de l'advertising !

 

--> Voir l'article sur le site Holala


Visuels : www.photo-libre.fr

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MARIE CLAIRE

Page Planète : news écolos

Mai 2008





DU VEGGIE A LA CANTINE
Les cantoches pourraient bien devenir plus vertes. L'Association Végétarienne de France a lancé une campagne pour que des menus végétariens variés et équilibrés soient disponibles chaque jour en restauration collective (écoles, entreprises, hôpitaux ...), et près de 25.000 personnes ont déjà signé. Le rapport avec la planète ? La future surpopulation du monde qu'il va bien falloir nourrir, sachant qu'il faut 20 fois plus de superficie pour fournir une calorie animale que pour fournir une calorie végétale(1), et que les 750 millions de tonnes de céréales qu'on donne aux animaux d'élevage permettraient de nourrir les 800 millions de personnes qui souffrent de la faim(1). Ce n'est pas tout : aujourd'hui, l'élevage monopolise 78 % des terres agricoles et 33 % des terres cultivées(1), et représente le principal secteur d'émission de gaz à effets de serre, dépassant même les dégâts des transports. C'est aussi un grand consommateur d'eau potable : il faut entre 20.000 et 100.000 litres d'eau pour produire 1 kg de viande de boeuf, contre 1.000 à 2.000 litres pour produire 1 kg de blé, riz ou soja (1) - le calcul est vite fait. Comme dirait Rajendra Pachauri (président du GIEC, le Groupe intergouvernemental d'experts sur l'évolution du climat), devenir végétarien est "une option a prendre en considération"(2) ... On y réfléchit au prochain dèj ? www.vegetarisme.fr/petition
(1) Source FAO, (2) AFP du 404/05/2007



A LIRE AVANT LE KRACH VERT
Les risques écologiques, sous-estimés ? Impossible, on ne parle que de ça ! Exact, répond la charmante Geneviève Ferone (directrice du développement durable chez Veolia Environnement), mais on agit bien peu. La croissance continue sa course effrénée, la population mondiale augmente à vitesse grand V, et les énergies fossiles restent nos préférées. En gros, on a beau savoir, on ferme les yeux bien fort. Le clash (ineluctable) apparaissant très, très lointain, les mesures décidées en haut lieu restent très, très légères. Pourtant, l’échéance de la catastrophe serait prévue pour … 2030. Si tous les livres écolos vous sont tombés des mains, celui-ci saura vous intéresser passionnément à votre propre cause : la spécialiste y pose le problème de façon frontale, claire et limpide, sans complaisance ni lamentation, mais avec une envie communicative de retrousser les manches pour affronter la tempête. Combien de fois faudra-t-il tirer cette sonnette d’alarme géante ? « 2030, le krach écologique » de Geneviève Ferone (Grasset, 17 € 90).



AGIR EN MUSIQUE
Quand Muse, Feist ou Harper Simon prêtent main forte à 40 associations écolos américaines, ça donne "The Green Owl Comp", un double CD/DVD dont chaque centime ira nourrir la lutte contre le réchauffement climatique. "The Green Owl Comp : A Benefit For The Energy Action Coalition", 17$98 sur www.amazon.com



UN MONDE PARFAIT
- Selon Greenpeace, les fabricants high-tech ont fait de réels progrès pour respecter l'environnement (Sony, Apple et Nokia notamment).
- Dans plus de 115 pays, environ 650 ONG, collectivités locales, municipalités et autres organisations travaillent actuellement sur des projets environnementaux (source PNUE).


APOCALYPSE NOW
- 1,1 milliard d'êtres humains n'ont pas accès à l'eau potable (source Action contre la faim).
- 3 millions de tonnes de couches jetables sont utilisées chaque année en France. Bilan : 5,6 millions d’arbres, 47 000 tonnes de pétrole, 200 à 500 ans de dégradation (CNIID).




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Image-5-copie-1.png MARIE CLAIRE

Champlan : Enquête sur un si pollué petit village

Avril 2008



Ca fait quoi d'habiter au-dessous d'un couloir aérien, près des lignes THT, à deux pas d'incinérateurs ? Champlan cumule tant de nuisances que le gouvernement y a lancé une étude, et les habitants jouent les cobayes verts. Nous avons, nous aussi, mené notre enquête.




"J'ai toujours vécu ici et pourtant regardez, ma main n'a pas six doigts !", plaisante un Champlanais, lassé de voir débarquer des journalistes dans sa paisible retraite. C'est que cette commune de 2400 habitants traîne une sacrée réputation. Autrefois surnommée "La poubelle de l'Essonne" et récemment qualifiée d'"enfer" par le journal Le Monde, elle semble pourtant loin du cauchemar : verdoyante, plus campagne que cité, peuplée de pavillons sans tour HLM et proche du RER (à 20 mn de Paris), elle apparaît comme un parfait paradis "rurbain". Alors, qu'est-ce qui cloche ? Simple : l'endroit a l'insigne honneur d'être réputé village le plus pollué d'Ile-de-France. Situé sous les couloirs aériens d'Orly (400 vols quotidiens à basse altitude), entouré d'un réseau routier particulièrement dense (A6, A10, N20, soit près de 500.000 véhicules par jour), et bordé de lignes à très haute tension (desservant le sud de Paris en électricité), il abrite également deux usines d'incinération d'ordures ménagères et un centre de broyage de béton. Plus "village dans les nuages" que "petite maison dans la prairie", donc.


UNE PREMIÈRE MONDIALE
Ce cocktail de pollutions diverses, qui inquiète depuis longtemps ses habitants, a attiré l'attention des politiques. Dont Nathalie Kosciusko-Morizet, députée de l'Essonne et Secrétaire d'Etat chargée de l'Ecologie, qui s'est démenée pour lancer une étude multicritère sur ces nuisances environnementales et l'impact de leur "mélange" sur la santé des habitants. Ce qui constituerait une première mondiale. "C'est une enquête pilote, où différentes agences d'expertise environnementale (l'ADEME(1), l'Afsset(2), l'InVS(3) et Airparif(4)) travaillent main dans la main : une rareté", indique François Moisan, directeur scientifique à l'ADEME et coordinateur du projet. Et qu'étudie-t-on sous le microscope ? Qualité de l'air, champs électromagnétiques, bruit, et même ressenti personnel des habitants, tout a été passé au crible. Les résultats ont parfois confirmé les craintes, comme en ce qui concerne la pollution sonore - une vraie catastrophe. Mais il y a aussi eu des surprises : l'air n'y serait finalement pas plus pollué qu'à Paris. Ironie du sort, le scoop le plus effrayant concerne la France entière : l'étude a en effet permis de remettre en relief la piètre qualité de l'air ... intérieur ! Maisons, bureaux ou écoles sont minés de polluants présents dans les revêtements de sol, les peintures ou la colle. Image-6-copie-1.png


POURQUOI C'EST INTÉRESSANT
L'utilité de cet examen multiple ? Marc Loué, maire de la commune, explique : "Le pire, c'est de ne pas savoir. Une fois tombées les idées reçues, on passera à l'action. Bien sûr, on ne va fermer Orly ou les autoroutes suite aux résultats ! Mais il y a des solutions". Qui nécessitent de l'argent. Enfouissement des lignes à haute tension, mesures aéroportuaires, couvertures et murs anti-bruit pour les autoroutes, constructions HQE  ... "Ce n'est pas tout. L'étude va permettre de mettre en relation les différents types de pollution et leur impact sanitaire, et servir de base pour d'autres études en France ou ailleurs", ajoute François Moisan. Ou comment une petite bourgade du 91 se fait pionnière du combat mondial du XXI° siècle.


DES HABITANTS DIVISÉS ...
Résultat des courses après deux ans d'étude : le village a beau pulluler d'émissions nocives, la concentration n'en serait pas si effrayante. Mais la polémique monte. D'un côté, les optimistes, comme le maire : "L'étude sociologique a démontré que notre qualité de vie champêtre à deux pas de la capitale séduit toujours. Le seul vrai souci, c'est le bruit. Mais il existe des aides à l'insonorisation des particuliers". Cédric, barman au Village Café, sourit : "Les avions ne volent pas la nuit, l'air n'est pas plus pollué que chez les Parisiens, et personne ne planque les pylônes électriques quand quelqu'un vient visiter une maison à vendre ... Malgré quelques inconvénients, on est bien ici. Et l'été, ma terrasse est toujours pleine !". Mais un client réplique, agacé : "Moi, j'habite juste à côté de l'autoroute. Et je ne peux pas ouvrir mes fenêtres la nuit, à cause du bruit". Il n'est pas le seul à être sceptique. Christian Leclerc, président de l'Association de défense de l'environnement champlanais, s'étonne : "Les résultats de mesure d'Airparif ont étrangement diminué de moitié en quatre ans. Et l'étude a été faite en plein hiver, quand la pollution de l'air ou le bruit sont beaucoup moins importants ... Je ne souhaite pas accuser qui que ce soit, mais j'ai l'impression qu'on a peur de faire peur, et qu'on n'assume pas les vrais résultats. Je suis sûr que d'ici quelques années, quand la science aura progressé et qu'on sera plus objectifs, on découvrira que ce cocktail de pollutions a des conséquences dramatiques sur la santé."


… ET MOTIVÉS
Et les Champlanais dans tout ça ? Plutôt contents que les pouvoirs publics prennent leur cas au sérieux, ils sont régulièrement informés des avancées de l'enquête et invités à participer activement : réunions de bilan, suggestions, volontariat pour porter les capteurs ... Ce qui, selon François Moisan, n'est pas banal dans ce genre de travaux. Pour mieux comprendre, nous avons rencontré deux de ces cobayes verts, actrices volontaires d’une étude pas comme les autres.


(1) (Agence de l'Environnement et de la Maîtrise de l'Energie), (2) (Agence française de sécurité sanitaire de l'environnement et du travail), (3) (Institut de veille sanitaire), (4) (Réseau de surveillance de la qualité de l'air en Île de France)



Image-7-copie-1.png ◊ Nathalie, 42 ans, mère au foyer, un fils de 7 ans, volontaire pour l'étude sur les champs électromagnétiques

"Je vis à Champlan depuis dix ans et j'adore sa verdure, sa convivialité, mon grand jardin ... C'est pour ça, et pour mon fils, que j'ai tenu à participer. Être volontaire pour porter un appareil de mesure, c'est comme de témoigner pour Marie Claire : un moyen de faire avancer les choses ! Il faut dire aussi que nous sommes plutôt concernés : notre maison est la plus exposée du village, avec d'énormes lignes à haute tension juste au dessus du toit, deux usines en face et l'autoroute en contrebas ! Ceux qui viennent nous rendre visite ont toujours un peu peur. Nous, non : j'attends de voir les résultats pour juger. Mon fils a du mal à dormir, mon mari et moi sommes un peu nerveux, mais qui sait si c'est la faute aux câbles ou juste une question de tempérament ? Idem pour la disparition progressive des vers luisants, des grillons, des plantes : est-ce particulier à Champlan ou généralisé sur certaines régions ? Cette étude est une très bonne chose, on a besoin de réponses concrètes. Mais je suis consciente, hélas, de sa complexité - il va falloir du temps (et des progrès) pour obtenir des certitudes. Et puis, si l'on pense aux conséquences que cela pourrait avoir, par exemple, sur les compagnies d'électricité, il y a un risque qu'on atténue volontairement les résultats ... Tout ceci est très délicat. Mais je suis consciente de vivre quelque chose d'important, et heureuse de m'y impliquer."



◊ Sandrine, 37 ans, attachée commerciale, deux enfants, secrétaire de l'Association de défense de l'environnement champlanais

"L'écologie me passionne, je milite pour le WWF et fais des animations bénévoles dans les écoles pour sensibiliser les enfants à l'environnement. Alors forcément, cette étude me parle ! Comme je ne travaille pas au village, je n'ai pas été retenue pour les tests de mesure, mais j'ai trouvé d'autres moyens de m'impliquer : présence à toutes les réunions, rencontre avec Nathalie Kosciusko-Morizet, porte à porte pour faire signer la pétition contre la station d'épuration ... Quand j'ai acheté cette maison, je ne savais rien du tout. Depuis, j'ai remarqué les odeurs d'hydrocarbures, la nervosité des gens, les enfants asthmatiques ... Cette étude ne nous fera pas revenir en arrière, mais elle est utile pour tirer le signal d'alarme : les Champlanais doivent réagir, dire stop. On a beau en parler beaucoup, l'écologie reste encore marginale, les gens n'ont pas le temps ou l'envie de s'y intéresser. Mais il ne faut pas désespérer : j'ai bien réussi à mettre en place les écogestes à mon bureau, convertir mes amies à la cosmétique bio, et mon compagnon, responsable d'une société de transport, aux véhicules propres ... Il suffit d'y croire !"


ENCADRÉ : PÉRIL EN LA DEMEURE ?
Nous passons plus de vingt heures par jour en environnement clos, dont une bonne partie dans notre home sweet home. Et celui-ci a beau reluire de propreté et sentir bon la lavande, des polluants physiques, chimiques ou biologiques d'origines diverses en font un véritable bouillon de culture. Meubles, matériaux de construction, déco, bricolage (colle, vernis, laque), équipement, bureautique, produits d’entretien … L'air qu'on respire peut entraîner de nombreux troubles de la santé (encore mal connus), tels que somnolence, irritation des yeux ou de la peau et allergies respiratoires - sans parler des substances cancérigènes comme le tristement célèbre formaldéhyde. Bien entendu, cette pollution affecte particulièrement les plus fragiles, âgés ou très jeunes. L'Observatoire de la qualité de l'air intérieur*, créé en 2001 par les pouvoirs publics, tente d'établir une réglementation dans ce domaine et d'apporter des solutions adaptées à sa prévention. Leurs conseils ? D’abord ventiler à tout va ! Surtout en cas de ménage, bricolage, humidité ou tabagisme (et ce, même s'il gèle dehors…). Pensez aussi à réparer les fuites, n’abusez pas des parfums d'ambiance et tombez amoureuse de votre aspirateur. Bref, boutez l’ennemi hors de vos foyers. *Plus de conseils sur www.air-interieur.org


ENCADRÉ : INTERDITES DE TÉMOIGNAGE
Trois enseignantes de l'ecole de Champlan, porteuses de capteurs pour la pollution de l'air, devaient témoigner dans nos pages afin de raconter leur engagement et les réflexions des enfants. Problème : l'inspectrice d'académie le leur a interdit. On ne saura jamais pourquoi.




*** Photos Grégoire Korganow



Faut-il avoir peur
des éco-terroristes ?


Enquête sur les extrémismes écolos

Eté 2007
(non paru)


Prêts à tout pour défendre bêtes et planète, les extrémistes écolos sont aujourd’hui pris très au sérieux par les organisations anti-terroristes. Véritable info ou énorme intox ? Le point sur un sujet encore plus chaud que le climat.



Courriers piégés, sabotages, agressions, incendies : la violence écologiste, qui affole tant les pays anglo-saxons, paraît hallucinante dans nos paisibles contrées. Chez nous, l'environnement comme les animaux se défendent avec une bonne vieille pancarte plutôt qu'avec une bombe, et notre José Bové national arrachant des OGM apparaît comme le comble de l'anarchie verte. Pourtant, ce qu’on appelle "écoterrorisme", traitant aussi bien des farouches défenseurs des animaux que des protecteurs de la nature les plus acharnés, semble être un mot à la mode. La section anti-terroriste du FBI, très attentive au phénomène, le définit comme "l'usage ou la menace d'utiliser la violence de manière criminelle, contre des victimes innocentes ou des biens, par un groupe d'orientation écologique, pour des raisons politiques liés à l'environnement". Soit : « Touche pas à ma planète ou je te pète la gueule ». Mais comment en est-on arrivés là ?



DES ASSOCIATIONS MUSCLÉES

Les mouvements écologistes, tout comme ceux militant pour le bien-être animal, se sont structurés au début des années 70. Et à côté d'associations purement pacifistes comme Greenpeace ou les Amis de la Terre, sont apparues des entités plus radicales. Lassées du manque de résultat et des compromis, elles considèrent que s'énerver un peu est le seul moyen de se faire entendre, et que la fin justifie les moyens. Un exemple célèbre ? L'ALF (Animal Liberation Front), qui combat la maltraitance et l'exploitation des bêtes. Officiellement non-violente, l'organisation compte pourtant à son actif un palmarès impressionnant. Selon le FBI, elle et son équivalent environnemental, l'ELF (Earth Liberation Front), auraient déjà commis plus de 1100 actes criminels rien qu'aux Etats-Unis, le montant des dommages s'élevant à environ 110 millions de dollars. Au programme,  vandalisme envers des boucheries, des fourreurs, des élevages, des fast-foods (des graffitis aux destructions), et harcèlement des responsables jusqu'à leur domicile. Mais l'organisation recenserait aussi des épisodes plus sinistres, frôlant le scénario de thriller. Comme en témoigne le journaliste de Channel 4, Graham Hall, qui déclare avoir été séquestré puis tatoué au fer rouge du sigle de l'ALF en 1999 ; cet épisode n’a cependant pas été officiellement revendiqué par l’organisation (voir encadré), et les spécialistes du sujet en Angleterre n'ont aucune certitude quant aux auteurs des faits. Autre exemple border-line, il y a trois ans, les menaces à l'encontre d'un éleveur de cobayes de Newchurch, suivies de la profanation de la tombe d'un membre de sa famille, là encore de certitude assez floue. L'organisation aurait revendiqué des actions dans plus de 20 pays, principalement en Amérique du Nord et en Europe, mais aussi en Israël, en Nouvelle-Zélande ou en Argentine. Pour plus d'efficacité, elle a opté pour un fonctionnement sans leader, et il suffirait d’agir pour faire partie du mouvement : leur site explique que "N'importe quel végétarien effectuant des actions selon des directives d'ALF a le droit de se considérer en tant qu'élément de l'ALF." Même système à l'ELF. Pas de chef, pas de tête : un système qui floute les repères.

Dans un registre plus purement écolo, il y a le cas Paul Watson. Cet activiste canadien, qui dans sa jeunesse pistait les trappeurs pour détruire leurs pièges, est un des cofondateurs de Greenpeace. Quelques années après avoir quitté l'association, qu'il trouvait trop modérée (on murmure qu'il s'en est fait expulser), il crée la Sea Shepherd Conservation Society. Enfin libre de ses mouvements, arpentant les mers pour défendre baleines et requins massacrés, ce pirate du XX° siècle n'hésite pas à éperonner des navires baleiniers illégaux en pleine mer ou à les saboter directement à quai, quitte à les envoyer par le fond. Sa réponse aux accusations ? "Si moi ou mon association étions des terroristes, nous ne serions pas légalement reconnus  et soutenus dans le monde entier ! Nous n'utilisons ni armes à feu, ni explosifs, et souhaitons uniquement faire respecter les lois internationales de protection marine".

Tout aussi écolo-musclée mais cette fois côté terre, l'association américaine Earth First! réunit des "saboteurs écologiques". Leur combat ? La préservation des sites naturels. Leurs actions ? Occuper des arbres ou des zones vouées à un chantier, attaquer des industries en justice, mais aussi détruire les engins de travaux (en sablant le réservoir ou en crevant les pneus), planter des clous à la base des arbres pour détruire les dents des tronçonneuses, voire éliminer à l'explosif des bâtiments jugés dangereux pour l'environnement.



UNE EXCEPTION FRANCAISE ?

Face à ces exemples internationaux, on peut s'interroger : la menace pointera-t-elle son nez chez nous ? Entre les démonteurs de Mac Do, les arracheurs de plants transgéniques et les manifestants antispécistes* qui sacrifient des peluches ou distribuent des tracts au Salon de l’Agriculture, il n'y a pas vraiment de quoi crier à la menace mortelle. Pourtant, certains s'inquiètent. Depuis fin 2006, une trentaine d'actions ont été revendiquées par l'ALF sur le territoire français : commerces de fourrure vandalisés, camions de boucherie et de cirque brûlés, animaux libérés ... Début mai, elle a revendiqué son premier incendie : celui de Tecniplast, société équipant des entreprises qui utilisent des animaux comme cobayes. Les experts restent cependant très mesurés : "Bien que les bases soient là, ce genre de système ne "prend" pas vraiment en France, explique Daniel Boy, spécialiste des mouvements écologistes et directeur de recherche au Cevipof (Centre de recherche politique de Sciences Po). Pourquoi ?  C'est une question très complexe, qu'on peut en partie expliquer par la religion : dans les pays du Nord, le protestantisme donne une grande place à la responsabilité individuelle, ce qui pousse plus les gens à s'impliquer dans les problèmes de société." Pour Guillaume Veillet, qui prépare une thèse sur le sujet, l'explication est surtout politique : "Le système bipartite anglais, rigide, ne laisse pas beaucoup de place aux contestations. Du coup, les Britanniques ont l'habitude d'exprimer leur opposition par des actions directes. C'est moins le cas en France, de culture non-violente, où les écolos ont d'autres moyens de s'exprimer." Pour Graeme Hayles, spécialiste des mouvements d'action directe écologistes en France et maître de conférences à l'Aston University (Angleterre), il faut aussi prendre en compte le facteur gastronomique : "Nous n’avons pas la même conception du terroir, et la place de l’animal dans l’imaginaire anglo-saxon diffère énormément de celle qu’elle occupe dans l’imaginaire français." Catholiques, cartésiens, non-violents et amateurs de foie gras, les Frenchies seraient en quelque sorte immunisés contre les dérives de l'éco-activisme.



ON N’EN FERAIT PAS UN PEU TROP ?

Mais la vraie question, ici ou ailleurs, est de savoir si l'on n'exagère pas le phénomène ... Ou si l’on ne mélange pas tout. Certes, à la lecture de certains faits, on pourrait fantasmer sur une révolte de khmers verts. Pourtant, on ne peut s'empêcher d'être un brin sceptique : ce danger n'est-il pas extrêmement marginal ? Et doit-on vraiment parler de "terrorisme" ? Ne fait-on pas trop facilement l’amalgame avec la désobéissance civile ? A noter : en plus de trente ans d'activité, aucun de ces mouvements n'a fait le moindre mort. Un bilan qui manquerait de sérieux chez les FARC ou au Hamas. Pour exemple, Paul Watson, désigné comme l'un des Héros Ecologistes du XX° siècle par Times Magazine, n'a jamais causé de dommage corporel à quiconque, et se garde bien d'en prendre le moindre risque. Comme le rappelle Graeme Hayes : "Alors que la désobéissance civile vise une cible précise (loi, politique d’affichage ou champ transgénique), le terrorisme se définit avant tout par sa nature violente et clandestine, le choix indiscriminé des victimes, et un climat de peur généralisée." Il précise aussi : "Seul l'ALF peut être ici qualifié de terroriste". Car si l'un de leurs principes est de "prendre toutes les précautions pour ne pas blesser un animal, qu'il soit humain ou non humain", cela leur semblerait possible à l’avenir (voir encadré). Mais leur système d’adhérence et de non-hiérarchie leur joue des tours : les épisodes les plus violents ne reflètent pas les agissements de tous ses adeptes, et encore moins ceux des autres associations militant pour les animaux, souvent mises - à tort - dans le même panier.

D’autre part, on se demande parfois si les gouvernements n'ont pas des réactions disproportionnées face aux militants écologistes. On se souvient par exemple d'une arrestation surréaliste en juin 2003, dans le Larzac : avec ce commando de policiers équipés de gilets pare-balles, chiens, boucliers et hélico, quelle figure du grand banditisme venait-on cueillir ? José Bové, dangereux sarcleur de maïs. Autre sentiment de démesure de l'autre côté de l'Atlantique : selon Graeme Hayes, la classification d'un groupe dissident de EarthFirst! comme première menace terroriste domestique aux Etats Unis par le FBI il y a quelques années était "non seulement une absurdité, mais aussi une opération idéologique qui a brouillé des distinctions morales fondamentales." Chez Greenpeace, en tous cas, on n'oublie pas un certain attentat survenu en 1985. Quand le Rainbow Warrior (crédit photo : John Miller/Greenpeace), bateau de l'association parti manifester (pacifiquement) contre les essais nucléaires de Mururoa, a été coulé à l'explosif par les services secrets français. Le photographe du bateau, Fernando Pereira, y a perdu la vie. Vous avez dit terrorisme ?

Pour ne rien arranger, et entretenir la paranoïa ambiante, on constate une diabolisation des militants. Dans les medias, même les plus respectables, des articles n'hésitent pas à inventer des témoins sanguinaires, voire à comparer certains mouvements à Al-Qaïda. Ce qui, constate Guillame Veillet, est non seulement injustifié, mais constitue un manque de respect envers les vraies victimes du terrorisme.


Le préoccupant ALF mis à part, les éco-extrémistes apparaissent donc surtout comme des provocateurs. Alors, faut-il paniquer et hurler au péril vert ? La plupart des spécialistes sont très dubitatifs, Graeme Hayes le premier : "Il faut dédramatiser cette idée, et bien garder en tête qu’un éco-saboteur n’est pas un terroriste, et un désobéissant civil encore moins." Pour Paul Watson, le mot même d'écoterrorisme fait partie de la stratégie de propagande de ceux dont l'économie est menacée par les mouvements écolos. Et à l’avenir ? Les soucis environnementaux pourraient éventuellement pousser les plus fervents défenseurs de la planète à s’énerver plus fort pour se faire entendre. Mais côté animaux, un recul est envisageable : récemment, The Guardian indiquait qu’il y aurait de moins en moins d'attentats directs liés à la cause animale en Grande-Bretagne, en raison notamment d'une réponse policière accrue et d’une mobilisation nouvelle pour l’expérimentation animale. Dans le doute, restons vigilants, mais évitons peut-être de brandir crucifix et gousses d’ail à la face du premier végétalien venu.


* L’antispécisme, basé sur la notion d’égalité animale, proteste contre le fait que les humains dominent et exploitent les autres espèces (alimentation, habillement, divertissements, etc).



IL EST CONTRE ...
HUBERT REEVES, DE LA LIGUE ROC :
« ECOLOGISME ET TERRORISME SONT INCONCILIABLES »


Trois questions à Hubert Reeves, astrophysicien et président de la ligue ROC, association pour la faune sauvage, l’animal sensible et les non-chasseurs.
Photo © Benoît Reeves

Les écoterroristes affirment être "obligés" d'aller jusqu'à la violence pour faire bouger les choses : quel est votre avis ?
Les mots écologisme et terrorisme sont pour moi inconciliables : devenir criminel pour dénoncer des actes, fussent-ils criminels eux aussi, exclut d'appartenir aux défenseurs du vivant. Certes, il est urgent de défendre la biodiversité dont l’érosion met l'humanité en péril, mais une prise de conscience se développe et je crois que l'écoterrorisme est susceptible de créer au contraire un désastreux phénomène de rejet de l'écologie.

Que pensez-vous de la position antispéciste, qui refuse de placer l’homme au-dessus de l’animal ?
Les humains, par leur intelligence, ont développé les sciences, comprenant ainsi les connexions qui nous lient aux autres espèces. Ils ont aussi développé l'art et la création, qui embellissent la vie et permettent d'ajouter de la diversité à la diversité originelle. Et surtout, ils ont développé la compassion, qui fait prendre en compte la souffrance d'autrui : celle des humains d'abord, celle des animaux ensuite. Cela aussi distingue notre espèce des autres, et me paraît tout à fait légitime.

L'écoterrorisme est beaucoup moins présent en France qu’à l’étranger. Selon vous, cela risque-t-il d’évoluer ?
Je constate avec satisfaction que si la tentation est grande, elle est marginale, et je l'espère sans avenir. Mais ce n'est pas si sûr : à ne pas faire évoluer certaines pratiques, on laisse s'installer un climat propice à l'exaspération, où la violence peut être envisagée comme dernier recours. Ce fut le cas en Grande-Bretagne, où la contestation de la chasse à courre s'est confondue avec une certaine lutte des classes, pour finalement mener à de violents affrontements. Un parti s'est alors engagé à abolir la pratique. Mais faut-il vraiment que la violence paie ? C'est de la responsabilité du monde politique d'agir pour anticiper les conflits.



IL EST POUR ...
JERRY VLASAK, DE L’ALF :
« SI LES AUTRES PROCEDES NE MARCHENT PAS,
IL EST MORALEMENT ACCEPTABLE D’UTILISER LA VIOLENCE ».

Trois questions à Jerry Vlasak, physicien, porte-parole de l’ALF (Front de Libération Animale) aux Etats-Unis.

L’ALF est-il une organisation terroriste ?
Nous sommes une organisation anti-terroristes. Les terroristes sont ceux qui torturent et assassinent des animaux qui, contrairement aux cibles de l’ALF, sont innocents. En 30 ans d’activisme, l’ALF n’a jamais blessé personne. L’affaire Graham Hall (le journaliste « tatoué ») est une mystification. Il n’y a d’ailleurs pas eu de véritable enquête de la part de la police. Cela n’aurait pas de sens pour nous de marquer quelqu’un au fer rouge du sigle de notre organisation. Soit Hall a tout inventé, soit l’agression a été commise par un groupe qui nous est étranger.

Mais vous dites pourtant trouver légitime d’utiliser la violence pour vous faire entendre. Iriez-vous jusqu’à agresser des personnes dans le futur ?
Les gens qui maltraitent les animaux doivent être arrêtés. Si les protestations ne sont pas suffisantes, si les mesures pacifistes restent sans résultat, alors nous considérons qu’utiliser la force et la violence devient moralement acceptable pour stopper cette exploitation.

Que pensez-vous de la situation de l’ALF en France ?
Je pense que les Français sont de plus en plus conscients des atrocités que l’on fait subir aux animaux dans leur pays, et qu’ils vont être de plus en plus nombreux à vouloir réagir. Nous espérons qu’un jour l’ALF sera aussi actif en France qu’il l’est en Grande-Bretagne ou aux Etats-Unis.








MARIE CLAIRE

MC Planète

Actus écolos

Novembre 2007


L'ÉCOLOGIE EN BARRE
La dernière news environnementale qui fait parler d'elle ? Le meilleur vendeur de framboises bios ? Une adresse de mode éthique canon ? Les infos écolos, il y en a peut-être plein le web, mais quand on n'est pas spécialiste, on ne sait pas toujours où les trouver. C'est là qu'intervient la géniale barre d'outils EcoloInfo : créée par une thésarde en sciences-économiques passionnée d'environnement, cet outil informatique nous simplifie la vie. Comment ça marche ? Facile : on télécharge un logiciel gratuit qui installe une nouvelle barre de menu dans notre navigateur Internet, juste sous la zone où l'on entre les adresses www. Dans cette barre, plusieurs onglets nous proposent la crème des sites web traitant d'écologie et de développement durable, triés par catégorie : infos (presse, radio, télé ...), blogs de particuliers (sur l'habitat, les fringues, la cuisine, la cosméto ...), associations (nature, équitable, éducation ...), et consom'action (boutiques et prestataires en tous genres). Le plus ? Un espace collaboratif où chacun peut laisser un message, un bon plan ou une news inédite. Très complet et à peu près aussi difficile à utiliser qu'un sommaire de magazine, ça ne nous laisse plus aucune excuse pour ne pas tout savoir. Zut alors. http://ecoloinfo.com


A LA POURSUITE DU CHATTEUR VERT
Vous chattez à fond sur Live Messenger ? Dans le cadre de sa "greenisation", l'ex MSN vous propose de défier vos contacts au Duel Live Ecolo, sorte de Trivial Pursuit vert à jouer en direct. Pour enfin savoir qui est l'Al Gore de la bande. A télécharger sur http://specials.fr.msn.com/DuelLive/ecolo


CONCOURS DOUX DOUX
Papili, la marque des doudous éthiques et fashion labellisée par Max Havelaar France, présente sa collection de sacs à goûter et d'adorables poupées de chiffon rétros. Toujours portée par de beaux projets humains (revenus décents pour les producteurs de coton, meilleures conditions de travail, écoles pour leurs enfants ...), la marque lance cet automne un concours de dessins sur le thème "Mon doudou et ma planète", en partenariat avec Planète Urgence : les petits sont invités à dessiner leur doudou idéal, et l'oeuvre gagnante servira de modèle pour un collector vendu tout au long de 2008. Une partie des ventes sera reversée à la campagne de reforestation "Un milliard d'arbres pour l'humanité", organisée par le Programme des Nations Unies pour l'Environnement. Equitable et écolo : il est bon de se dire que tous les jouets ne proviennent pas forcément d'usines à petits doigts ... www.papili.org, de 15,50€ à 29€.


UN MONDE PARFAIT
- La déforestation de la forêt tropicale d’Amazonie au Brésil a atteint le taux le plus bas depuis au moins sept ans, grâce à l'amélioration des contrôles.
- Se faire livrer ses courses permet de diviser par 8,3 les émissions de CO2, un seul camion livreur évitant à plusieurs clients de se déplacer (étude Estia). Vive la flemme.


APOCALYPSE NOW
- Selon l'OMS, 30% des maladies des enfants peuvent être attribuées à des risques liés à l'environnement.
- L'
Union mondiale pour la Nature (UICN) a recensé 15589 espèces animales menacées.
 
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